‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 173 sur 191 · Le Vasseur, Mémoires (rédigés par Roche), t. 11, p · texte numérisé non relu

Le Vasseur, Mémoires (rédigés par Roche), t. 11, p

2. Custine et Biron furent guillotinés. Théobald de Dillon fut massacré par ses soldats; on lui accorda, il est vrai, les honneurs du Panthéon. Arthur de Dillon fut guillotiné en 17(.)i.

maines '. Le chiffre semble exagéré, mais il montre combien de nobles étaient demeurés sous les drapeaux de la République. Beaucoup d'entre eux ne les quittèrent point et devinrent généraux, et même maréchaux sous l'Empire, comme Marmont et Davout. Le comité de défense, dirigé par Carnot2, était composé d'officiers excellents, comme Clarke, Cessac et Montalembert. Au siège de Mayence, l'habileté des officiers du génie formés sous l'ancien régime :î excitait l'admiration même de leurs adversaires. Un Anglais relate les éloges que des officiers allemands donnaient à l'habileté surprenante avec laquelle les travaux d'attaque avaient été dirigés ; tout l'art des plus grands maîtres y avait été appliqué. Jamais, suivant eux, pareil talent, pareils efforts n'avaient été

1. H. de Sybel , ffist. de l'Europe pendant la Révolution française, t. II, p. 413.

2. Au commencement de la Révolution, Carnot avait voulu réformer ce qu'il appelait le régime oppressif sous lequel était gouverné le corps du génie, sous la direction de M. de Fourcroy, qu'on désignait sous le sobriquet énergique de Uéteignoir. Il aurait voulu que les officiers nommassent eux-mêmes leur comité et qu'un plan de constitution relatif à leur service fût rédigé. {Réclamation adressée à l'Assemblée nationale, in-4°, de 13 p.)

3. Rien de comparable au Europe au Génie français, tel que l'avait constitué l'ancien régime, dit M. George Duruy, en un corps spécial de 300 officiers d'élite , nommés au choix sans aucune exception, ayant tous passé par une école spéciale où l'on n'entrait qu'au concours, après avoir subi de rigoureuses épreuves sur les mathématiques, l'algèbre, la mécanique, l'hydrodynamique et le dessin; ayant tous, en outre, servi deux ans dans l'artillerie et deux autres années dans l'infanterie, afin de se mettre au courant des manœuvres des temps. [L'Armée royale en 1789, p. 183.)

déployés; ils étaient sans précédents et ne pourraient sans nul doute être égalés l.

Tout s'était effondré, la royauté, la magistrature, le clergé, la noblesse, l'administration. L'armée, d'abord bafouée, d'abord réduite à un rôle passif, reste debout. Elle est la force , et dans les temps de troubles, la force a le dernier mot. Si elle n'empêche pas le développement des révolutions, elle les termine, ou du moins les arrête et les suspend. Sans doute elle est battue en brèche, entamée de toutes parts; l'indiscipline l'énervé, la désertion la décime plus que jamais; les lois nuisent à son recrutement. Les doctrines de liberté prévalent à un tel point qu'on ne veut plus même de l'enrôlement forcé de la milice; on exaltera la garde nationale et les volontaires; à l'épreuve, ceux-ci s'évanouiront. Révoltes, proscriptions, émigrations d'officiers ne portent pas atteinte à son essence. On a beau convertir les régiments en demi-brigades, supprimer le nom de colonel, faire d'autres changements de pure forme, la structure de l'armée n'est pas modifiée; et bientôt, rajeunie par des éléments nouveaux, comme par l'infusion d'un sang généreux, elle reprend ses anciens cadres, la plupart de ses traditions et de ses dénominations, toute sa vieille hiérarchie un instant

1. C. Este, i journey in ihe year /7(.>3 through Flanders, Bru

/mu/ and Germany, Lonrion. 17'.».j, p. 273.

méconnue; en un mot, elle apparaît plus solide, plus compacte, plus redoutable que jamais, au milieu de toutes les forces sociales écroulées. Les deux institutions qui se relevèrent le plus rapidement furent le clergé et l'armée, parce qu'ils représentaient deux principes supérieurs, la religion et la patrie.

C'est ce sentiment de la patrie qui retient tant d'officiers sous les drapeaux , malgré leurs traditions ou leurs croyances politiques. Beaucoup agissent comme cet ancien officier de la maison du roi qu'une dame anglaise rencontre en 1796, et qui, sans être converti aux doctrines de la démocratie , était enthousiaste au suprême degré de la gloire de son pays, et prêt à tout sacrifier pour l'honneur national1. On peut dire que l'armée a servi de lien et de transition entre le passé et le présent, séparés par la Révolution. Nobles et plébéiens, vieux officiers appartenant aux anciennes classes privilégiées, jeunes officiers sortis des rangs, n'ont plus rivalisé que de valeur, et l'égalité de la gloire a mis sur le même rang les Condé et les Lannes, les Turenne et les Masséna.

Si, grâce à ses victoires et à son organisation séculaire rajeunie, l'armée sortait de la Révolution plus puissante que jamais, les officiers avaient vu également leur situation s'améliorer. Chose singulière , ils avaient plus gagné à la Révolution que les soldats.

1. La France et Paris sous le Directoire. Lettres d'une voyageuse anglaise, p. 140.

Quel profit ceux-ci en avaient-ils tiré? Le recrutement pour eux n'était plus facultatif, mais obligatoire; ni la solde ni la nourriture n'avaient été augmentés; les grades de sous-officiers, qu'ils pouvaient obtenir, ne leur étaient pas plus garantis que par le passé; ils étaient toujours livrés au même arbitraire, à la même discipline, et si, dans les guerres extraordinaires de la République et de l'Empire, ils eurent plus de chances de conquérir des grades d'officiers , ces chances diminuèrent singulièrement pour eux lorsque la paix fut rétablie. Leur sort restait toujours précaire, leur labeur souvent ingrat. Les officiers, au contraire , voyaient désormais leurs grades assurés contre une destitution arbitraire; tandis que tous les privilèges, et notamment ceux de la noblesse, disparaissaient, ils en conservaient quelques-uns; et plus honorés que jamais, ils voyaient s'élargir devant eux les perspectives de l'avancement, qui pour beaucoup étaient absolument fermées, sous l'ancien régime, au delà du grade de lieutenant-colonel.

Ils apparaissent, du reste, dans tous les temps comme la personnification la plus vivace et la plus généreuse de l'esprit guerrier d'une nation comme la nôtre. Sans doute, il y a des différences sensibles entre l'officier de Louis XIII, celui de Louis XV et celui de Napoléon ; le premier, plus gentilhomme que soldat, ne servant que pendant la guerre, combattant pour le roi avec ses hommes plutôt qu'avec les hom-

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mes du roi, ne tirant pas son autorité de l'armée dont il fait momentanément partie, mais de son influence et de sa richesse personnelles; le second, celui de Louis XV, plus discipliné, plus assujetti, portant, même pendant la paix, l'uniforme du roi, tirant, à moins d'êtra un grand seigneur, son prestige et son pouvoir de son grade et de l'armée à laquelle il appartient; le troisième, celui de Napoléon, possédant, plus encore que le précédent, les avantages de sa supériorité professionnelle , et constituant une sorte d'aristocratie nouvelle qui s'attachait à la personne et non plus à. la race; mais tous, ayant droit à la même estime et à la même gratitude , parce qu'ils ont été tous également prêts à donner leur vie pour la défense, la grandeur et l'honneur de la France.

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