UN OFFICIER RECRUTEUR EN
Nous devons à l'extrême obligeance de M. Paul Le Blanc, de Brioude, communication de plusieurs pièces inédites, concernant des levées faites par un officier, à l'époque de la guerre de Sept ans. Elles indiquent la difficulté que l'on éprouvait i\ faire des recrues, en temps de guerre.
Lettres du comte de Bar.
■ Paris, ce 4octobre i"<>x.
« J'ay l'honneur de vous envoyer, Monsieur, lacoppie de mes ordres pour les recrues généralles. avec mon pouvoir au bas et la qualité du capitaine d'infanterie dans mon corps de volontaires ; je suis très charmé que M. le chevalier de Kosel et votre père soient mis à même de trouver les occasions de vous obliger. Faites-moi l'honneur de în'écrirc au plutôt et me marquer si vous comptez faire beaucoup d'hommes dans votre province.
Ordre.
« De par le Roi,
« Sa Majesté ayant permis au sieur de Bar de S. Rome, cydevant capitaine au régiment des gardes lorraines, de travailler aux recrues qu'il a offert de faire pour les troupes , elle ordonne que les officiers, sergents et soldats qu'il emploiera auxdites recrues soient reçus et logés dans les villes, places et autres lieux ou ils se rendront, ainsi que les hommes de recrues; les-
dits officiers, sergents, soldats et recrues, devront vivre au moyen des subsistances qui leur seront fournies en payant. Sa Majesté entend au surplus que ledit sieur de Bar convienne avec les corps des recrues qu'il se chargera de leur fournir, et que ce soit de gré à gré, et qu'il ne puisse exiger pour engagement et pour tous frais que la somme de 100 livres, pour chaque homme destiné à entrer dans un des régiments qui sont dans ce royaume, et celle de cent dix livres pour chacun de ceux qu'il fournira aux régiments qui sont armés en Allemagne; lesquels hommes, pour être reçus et admis, seront de la taille de cinq pieds un pouce et demi au moins, d'âge, de force et de tournure convenables pour bien servir, et les sommes cy-dessus réglées pour lesdites recrues seront payées par les corps, audit sieur de Bar, comptant ou en effets qu'il croira devoir admettre, incontinent et lors de la réception de ces recrues. Mande et ordonne Sa Majesté aux commandans des villes et places, aux maires, échevins, syndics et autres officiers desdites villes, places et communautés du royaume, de prêter toute aide et assistance audit sieur de Bar, pour l'exécution du présent ordre. Fait à Versailles, le 27 juillet 1758. Signé: Le roi Louis, et plus bas: Le maréchal duc de Belle- Isle.
« En outre des ordres de la cour dont coppie cy-dessus, nous nommons et commettons monsieur de Boissieux, capitaine d'infanterie dans mon corps des volontaires, pour faire faire des hommes de thaille (sic) et de tournure espécifiés dans ledit ordre pour les faire servir par tout où il jugera à propos et le plus convenable à ce sujet, en me rendant compte de tout ce qu'il fera. Et avons signé, après avoir posé le sceau de nos armes,
« Le comte de Bar. »
Réponse de M. de Boissieu.
« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, conjointement avec vos ordres. Il me serait difficile
APPENDICE. :5ï7
de vous exprimer la juste reconnaissance que je dois à la volonté que vous ave/, de m'honnorer d'une compagnie dans votre corps de volontaires... Vous trouverez toujours en moy un respectueux attachement pour votre personne et un zèle ardent pour exécuter les ordre du Roy et les vôtres. Si j'en avais été muni il y a deux mois, j'aurais peut-être pu me flatter d'un sort plus heureux dans la levée des soldats, vu que pendant ce temps on a t'ait des milices considérables dans la province et qu'elle se trouve totalement épuisée d'hommes, et ce qui reste est tellement épouvanté des bruits de la guerre que les miliciens qui voulaient substituer un homme à leur place ont de la peine à en trouver avec des chiffres de six à sept cents livres. Je vais cependant, Monsieur, faire tous mes effort pour remplir votre volonté. J'ai fait mettre aujourd'hui des affiches à Langeac et fait battre la caisse...»
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LES ËPAULETTES.
Une ordonnance de 1750 prescrit que les habits uniformes des officiers de cavalerie seront semblables à ceux des soldats, sauf qu'ils n'auront pas d'épaulettes, qu'ils auront des poches, et que le drap viendra des manufactures d'Elbeuf ou de manufactures de pareille qualité. Les housses de leurs chevaux ne pouvaient être bordées que d'un simple galon d'argent.
L'épaulette, qui paraît tenir son origine du petit sac de son que le soldat portait sur l'épaule pour appuyer le lourd canon de son mousquet, ne fut prescrite aux officiers comme marque distinctive de leur grade que par le maréchal de Belle-Isle, en 1750.
L'épaulette des soldats, en 1783, était placée sur l'épaule gauche ; elle était en drap, de la couleur du fond de l'uniforme, avec un liséré de la couleur distinctive du régiment. Celle des grenadiers était rouge, doublée de blanc, celle des chasseurs verte. Quelques régiments profitaient du silence des règlements à cet égard pour orner l'épaulette de franges de laine.
L'épaulette des officiers était composée d'une tresse d'or ou d'argent, selon la couleur du bouton adopté par le régiment. Le grade était indiqué par la quantité d'or et d'argent dont était formée l'épaulette.
Les brigadiers des armées, les mestres de camp commandants et en second, les colonels, portaient deux épaulettes ornées de franges à graines d'épinards et cordes à puits. Le fond de l'épaulette des brigadiers était orné d'une étoile brodée d'or ou d'argent, en opposition avec le fond de l'épaulette; le milieu
des épaulettes des mestres de camp en second était traversé de deux cordons de soie couleur de feu. Les deux épaulettes du major n'avaient que des franges en graines d'épinards.
Les capitaines et les officiers subalternes ne portaient qu'une épaulette. Les franges était en graines d'épinards pour les capitaines, en fils d'or, d'argent et de soie couleur de feu, pour les lieutenants et les autres officiers subalternes. Le fond de l'épaulette était une tresse d'or ou d'argent losangée de carreaux de soie couleur de feu. La proportion de la soie allait en augmentant, à mesure que le grade était moins élevé. Sur l'épaule droite était placée une contre-épaulette sans franges.
Les épaulettes, dont les caractères distinctifs avaient été réglés par des ordonnances de 1767 et de 1770, avaient l'inconvénient de coûter cher aux officiers; ils y consumaient, dit-on, le quinzième ou au moins le vingtième de leurs appointements. {Encyclopcd. méth., Art militaire, t. II, p. 282.)
LE POKTF.-DRAPEAU.
« Port du drapeau, » telle est la légende qui accompagne l'estampe d'après laquelle a été reproduite la figure placée au titre du présent livre. Cette figure, dessinée par Gravelot, est la cinquième des Planches gravées d'après plusieurs positions dans lesquelles doivent se trouver les soldats conformément à l'ordonnance du Roi de l'exercice de f infanterie du 12 janvier 1 7(>0. On reconnaît que le porte-drapeau est un officier, à son hausse-col, à ses manchettes de linge fin et à la dragonne de son épée. En effet, à cette époque, le drapeau est confié à un officier, désigné sous le nom d'enseigne dans l'infanterie, de cornette dans la cavalerie. 11 n'y avait en général que deux enseignes par chaque régiment d'infanterie. Jl est probable que les drapeaux des diverses compagnies étaient portés par des sousofficiers ; mais celui de la compagnie colonelle continua d'être donné à un enseigne, jusqu'à la veille de la Révolution, où il fut remis au plus ancien sergent-major.
On sait qu'avant 1780 il n'y avait point à proprement parler de drapeau national. Surtout pour les régiments de cavalerie, la diversité était la règle. Dans les régiments d'infanterie, le drapeau du premier bataillon ou de la compagnie colonelle était toujours blanc, tandis que ceux des autres bataillons ou compagnies étaient composés de plusieurs morceaux de taffetas de couleurs. Si depuis 1661 l'enseigne blanche était devenue le symbole du roi, dont les couleurs étaient le bleu, le blanc et le rouge, c'est par la raison qu'il avait pris le commandement en chef de l'infanterie, en réunissant à ses attributions celles de colonel-général de celte arme (1).
(1) Voir sur les drapeaux : Comte Louis de Bouille. Les Drapeaux fran-
Le drapeau, dans les derniers temps de la monarchie, (Hait composé d'un bâton de neuf pieds, où était attaché par des clous dorés un morceau de taffetas de cinq pieds six pouces canes, surmonté de cravates de taffetas de deux pieds trois pouces (I). Consacré par la religion, qui le bénissait solennellement, il était entouré de respect par les officiers et les soldats, comme le symbole des traditions et de l'honneur du
çais de .">07 à 1x7-2, in-1-2. 1x7-2. — G. Desjardins, Recherches sur les drapeaux français, in-x\ ix7ï. Ces savants travaux sonl accompagnés <le nombreuses planches.
(h Encyclopédie méthodique, Ail militaire, 1. Il, p. 2i!>. -2-20.