Arch. de la guerre, adm
élève un de ses serviteurs, je lui demande le bâton de maréchal de France *. »
Vauban, à la suite du siège de Luxembourg-, écrit à Louvois qu'il reçoit de toutes parts des félicitations , « sur ce que le roi a eu la bonté de le faire lieutenant général. » « Cependant, ajoute-t-il, ceux qui doivent le mieux savoir n'en mandent rien. Faites donc , s'il vous plaît , Monseigneur, ou qu'on me rende le port de quatre-vingts ou cent lettres que j'en ai payé, ou que tant de gens de bien n'en soient point dédits, en procurant auprès de Sa Majesté que je le sois effectivement. » Vauban ne fut pourtant nommé que quatre ans plus tard. En 1703, il sollicitait du roi le bâton de maréchal. « Le bruit qui court à Paris, à Versailles et dans toutes vos troupes d'une prochaine promotion de maréchaux de France m'autorise à représenter à Votre Majesté que ma qualité de lieutenant général plus ancien que la plupart de ceux qui sont le plus à portée d'y prétendre et mes services mieux marqués que les leurs, dont je ne veux pour témoin que Votre Majesté, me donnent lieu d'espérer qu'elle ne me jugera pas indigne de cette élévation 2. »
La diversité des caractères se révèle dans la ma-
t. Bourrelly, le Marre hal de Fabert, t. II, p. 100. 2. Lettres du 5 juillet 1G84 et 2 janvier 1702. Lettres du maréchal Vauban communiquées par M. de Rochas cPAiglun et pus par M. de Boislisle. Bulletin historique du comité des traravj historiques, année 1888, p. 230,249.
nière de solliciter. Les uns s'aplatissent devant le ministre, les autres se courbent à peine. Un colonel lui rappelle « très humblement » qu'il est « son protégé et sa créature. » Quelques-uns se posent en victimes : « Il est bien triste pour un homme de condition , écrit un officier, de n'avoir rien pu obtenir depuis vingt-neuf ans que j'ay l'honneur de servir le roi. » Et pour qu'il soit plus facile de lui accorder une faveur, il demande au choix une pension , une inspection d'infanterie ou un cordon rouge. Un capitaine se déclare à peu près déshonoré s'il n'obtient pas d'avancement : « Qu'est-ce que ma parenté et ma province pourront dire de moy? On croira que j'ay fait quelque mauvaise action dont je suis incapable I » Un autre vante son désintéressement, et n'en demande pas moins : c'est le besoin seul qui l'oblige à le faire.
Il y a le solliciteur prévoyant, qui désire la charge d'un titulaire à toute extrémité ; il y a le solliciteur satisfait de lui-même, qui énumère complaisamment tous ses mérites. Tel un lieutenant de roi à Saint- Malo, qui voudrait une place plus en évidence. A l'en croire , « il possède passablement la tactique , l'histoire, les mathématiques, l'allemand, l'italien, le latin et le français... il est actif et infatigable1. » Et il en est ainsi du haut en bas de l'échelle. Cha-
1. Lettres du 21 avril 1714, de 1713, du 1er mars 1714, du 20 mars 782. Arch. de la guerre, adm., 3418, 2505, 3724, etc.
cun veut améliorer son sort et ne se croit pas traité suivant ses qualités et son rang. La Noue n'avait-il pas raison de dire que celui qui « s'enfourne dans les armes, n'est jamais satisfait et que toujours sa condition lui paraît trop Lasse. » Le comte d'Allonville, à la veille de la Révolution, affirme que les « militaires sont perdus d'ambition et que nul ne se trouve bien placé. » Les princes mêmes ne sont pas contents. En 1719, le prince de Conti se plaint des petits dégoûts que cherche à lui donner la cour, et de ce qu'il ne reçoit pas les croix et les décorations qu'il avait demandées1.
Ils savent aussi les moyens de se procurer des protecteurs, de se ménager des influences , de se faire bien venir des personnes puissantes. Un officier veut se concilier les bonnes grâces de la femme d'un ministre ; il lui envoie une boite de fleurs artificielles. « Mmc des Marets les a trouvées parfaitement belles, » lui écrit le ministre2. Un commis du bureau des guerres est un homme influent; personne ne peut être plus utile pour une nomination3. La cour est assiégée comme le ministère. En 1GG8, on est obligé d'ordonner que « tout officier qui viendra à la cour pour solliciter quelque charge vacante , en sera des-
1. Lettre do G juin 1719. Arch. de la guerre, ad m., 2619. — Comte d'Allonville, Mémoires, t. I, p. 106.
2. Lettre du 18 juillet 1706. Arch. de la guerre, adm., 1436.