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,! Thomas du Fossé, Mémoires, t. I, p. 225 à 228.
quatre cents maraudeurs, en tuent quarante-deux et leur reprennent tout le butin qui leur avait été dérobé. En 1707, des bandes de paysans, sous la conduite de leurs seigneurs et de leurs curés , harcèlent Tannée en retraite du prince Eugène. Ailleurs, ils sont obligés de monter la garde aux passages des rivières pour arrêter les déserteurs *, ou sur les rontes pour veiller aux cordons sanitaires que l'on établit contre la peste 2. On sait que les habitants des paroisses situées au bord de la mer ou à une distance de deux lieues dans les terres, font partie des milices gardes-côtes depuis dix-huit ans jusqu'à soixante, et qu'à ce titre, ils sont tenus d'avoir chez eux un fusil, une baïonnette , un fourniment , une demi-livre de poudre et deux livres de balles3.
Je ne parle pas ici des milices royales qui furent
1 Ordre du 16 juillet 1(378. Archives de la guerre, police et discipline.
2 En 1721. Roschach, Continuation de V histoire de Languedoc, p. 950. — Je ne parle pas ici des réquisitions de chevaux et de chariots qu'on impose aux paysans pour les transports militaires, ni des corvées qu'où exige d'eux pour certains travaux de fortifications ou autres. Dans ce cas. sous des peines sévères, ils doivent se rendre avec un pic, au lieu désigné (Mandement de 1G92. Recueil Cangé, t. LXI.)
3 L. Hennet, les Milices et les troupes provinciales, \>. 302. C 'était le roi qui fournissait ces fusils. En 1756, il en fait envoyer 30,000 aux milices de Bretagne. L'île de Ré comptait 2,300 miliciens gardes-côtes en 1755, la Normandie 15,200, dont 412 tambours ou tambours-majors. Voir sur ces milices, un mémoire développé du comte de Beaujeu, rédigé en 1760. Archives de la guerre, adm., 3418, 3631. — Sur les milices gardescôtes, voir aussi lnv. Arch. du Calvados, 0. 1810 à 1894.
levées surtout dans les campagnes à partir de 1688 , et qui avec des intermittences et des vicissitudes diverses persistèrent jusqu'en 1789. Les milices recrutées par le sort furent une sorte de transition entre le service militaire féodal et le système actuel. Elles enlevaient , en temps de guerre surtout, les hommes à leurs foyers , soit pour les incorporer aux troupes actives, soit pour leur confier la garde de quelques places. Elles étaient armées par l'État , et les miliciens déposaient leurs armes dans des magasins spéciaux lorsqu'ils rentraient chez eux. Mais ils y retrouvaient souvent celles que possédaient leurs pères ; ils en rapportaient quelquefois. On eut beau défendre à maintes reprises le port et même l'achat des armes, interdire d'avoir des arquebuses et « d'autres bastons à feu », des pistolets de poche et de plus grand calibre : rien n'y fit. En 1716, on constate que « la plus grande partie des habitants du plat-pays de tout le royaume , et particulièrement ceux qui ont servi et ont été réformés, ne sortent de leurs villages qu'avec des armes, abusant de la tolérance qu'on a eue de les leur laisser chez eux. » En 1718, les paysans de quelques généralités, par suite de la même tolérance, forment des attroupements armés que l'on veut réprimer. On leur défend de conserver dans leurs maisons des fusils, des pistolets , de la poudre et du plomb , sous peine de prison et d'envoi aux colonies, sans aucune forme de
procès h Mais si ces ordonnances sont exécutées, elles ne le sont que d'une manière partielle et incomplète. Les paysans des provinces frontières du nord-est restent armés au dix-huitième siècle. Pendant la guerre de la succession de Pologne, 2250 d'entre eux sont chargés de garder, avec la milice provinciale, les redoutes des bords de la Meuse2. En Provence et en Bretagne, ils se lèvent pour repousser l'ennemi qui franchit les frontières. En 1744, Louis XV doit passer à Glermont-en-Argonne. On écrit aux maires des environs : « Vous commanderez aux habitants, hommes et garçons les mieux faits et les plus jeunes, de se rendre àClermont avec leurs fusils dimanche... Ils n'ont besoin ni de poudre, ni de plomb, mais il faut que leurs armes soient bien nettoyées ; il faut aussi qu'ils aient des cocardes et les cheveux en queue , si c'est possible 3. » Plus tard, on voulut désarmer les paysans du Hainaut et de la Flandre maritime ; ils devaient déposer leurs armes chez le mayeur ou l'homme de loi de leur village; mais les ordonnances qui furent prises à ce sujet suscitèrent de nombreuses réclamations, et il est à croire qu'elles ne furent pas
1 Ord. d'août 1611, 1017, 1618, 1627, sous peine de la vie, 1684, 1716, 1718. Recueil Cangé.
2 Gebelin, Histoire des milices provinciales, p. 225, 226, 237.
3 S'il y a quelques hommes ou garçons, ajoute-t-on, qui n'aient point de fusil, vous obligerez ceux qui en auront et qui ne seront pas commandés à leur en prêter. Lettre du 29 juillet 1744, Arch. de la guerre, Adm. mil., reg. 3068.
plus complètement exécutées que les précédentes 1 . Bourgeois armés, paysans qu'on pouvait armer en cas de besoin, avaient pu constituer une sorte de réserve formidable par le nombre, à l'époque où les rois ne disposaient que d'une armée permanente très restreinte. La création de cette armée par Charles VII fut plutôt l'inauguration que l'application sérieuse et définitive d'un système nouveau. C'est de Richelieu et de Louis XIV que date une véritable armée permanente. Combien Henri IV entretenait-il de soldats sous les drapeaux? 15,000 environ, dont 3,000 Suisses. En 1620, l'armée royale, allant assiéger Montauban, ne dépasse pas 12,000 hommes. Mais à partir de la guerre de trente ans, le chiffre de l'armée progresse singulièrement : 100,000 hommes en 1635, 166,000 en 1636 2. Après la paix des Pyrénées, l'effectif s'abaisse; mais il est de 280,000 hommes en 1678 3. Mme de Sévigné s'en extasie : « Jamais roi de France, écrit-elle, ne s'est vu 300,000 hommes sur pied ; il n'y a que les rois de Perse! » Plus tard, on évaluait les forces militaires et maritimes de Louis XIV à 450,000 hommes4. De-
* Correspondances de 1755, 1774, 177G, 1777.— Arch. de la guerre, adm. mil., reg. 3701, 3032. — Les armes déposées chez le mayeur dans la Flandre devaient être données successivement aux hommes appelés à monter la garde.
2 \t0 d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, t. I, p. 106. 167, t. III, p. 42.
3 C. Rousset, Hist. de Louvots, t. II, p. 477.
1 Voltaire, Siècle de Louis XIV, t. II, p. 133.
puis ce temps, ces armées, dignes d'être comparées par le nombre à celles des anciens Perses, furent réduites, à la suite des traités de paix, mais pour se retrouver plus considérables encore, en temps de guerre. Si leurs cadres ont pu être plus ou moins remplis , le chiffre des hommes présents sous les drapeaux ne descendit que par exception au-dessous de 150,000 !. En 1781, on comptait un effectif sur le
1 Mèm. de Ckoiseul, t. 1, p. 91. — Ctftde St-Germain, Mèm., p. 76. — Voici, depuis la paix des Pyrénées, les chiffres qu'atteignit l'armée française sur le pied de guerre :
Année 1672. 176,087
Nous donnons ces chiffres d'après les Recherches sur les forces de l'année française, publiées en 1806. A chaque paix, l'armée fut réduite aux nombres suivants :
1660. Paix des Pyrénées ». 125,000
1668. Paix d'Aix-la-Chapelle 131,265
*1679. Paix de Nimègue 137,447
* 1684. A la Trêve 149,347
*1697. Paix de Riswick 140,290
*1714. Après les préliminaires de Rastadt. . . 150,770
*17i6. Réforme 133,795
*1720. id 194,190
*1721. id 168,947
1738. id 167,528
1753. id 156,753
1763. id 159,016
1775. id 127,715
1787. id 162,111
Les nombres précédés d'une astérisque nous ont été fournis par les
papier de 307,000 hommes dont 128,000 seulement étaient au service l ; ces chiffres étaient devenus des chiffres normaux.
Cette transformation, qui a donné la prépondérance à l'élément actif de l'armée sur l'élément sédentaire, s'est opérée par des raisons à la foi techniques et politiques. La force individuelle perd de son importance à l'armée comme dans la société; le cavalier conserve un certain prestige, mais ce n'est plus lui qui décide du sort des batailles; les masses et non plus les héros portent les coups décisifs. La poudre diminue de plus en plus le rôle de l'arme blanche. Henri IV n'avait que six canons à la bataille d'ivry. Pendant la guerre de Sept- Ans, on pourra en mettre trois cents en campagne 2. Les soldats quittent la cuirasse sous Louis XIII. Ils la jugent inutile et pesante. Les fantassins se débarrassent du corselet, à la bataille de la Marfée en 1641. On est obligé en 1638 de menacer de la dégradation de la noblesse les cavaliers qui ne veulent pas porter la cuirasse. « 11 importe à l'État et à leur propre con-
archives de la guerre (carton Documents généraux, n° 3.) A partir de 1738, il faut compter en outre les milices, dont l'effectif sur le papier varie de 55,000 à 80,000 hommes.
1 Examen critique du militaire français, 1781, p. 10. — En 1789, l'effectif sur le pied de paix était de 173,000; sur le pied de guerre, de 210,948 sans compter 76,000 h. de milice. (C. Rousset, Les Volontaires, p. 2). — Voir aussi Y Armée royale en 1789, par Albert Duruy, p. 7 à 9.
'< Suzane, Histoire de V artillerie, p. 120, 179.
servation, dit-on, de n'aller tous les jours combattre en pourpoint des ennemis armés depuis les pieds jusqu'à la tête l. » Prescriptions inutiles! On ne cherche plus les soldats les mieux couverts d'armures; on s'attache à leur nombre, à leur discipline, à leur abnégation. Il y aura toujours des officiers, des hommes qui se distingueront dans les charges de cavalerie, comme dans les assauts et les mêlées; mais ce sont les corps dédaignés au moyen-âge, comme des corps auxiliaires ou subalternes, l'infanterie, l'artillerie, le génie, qui deviennent les plus utiles et les plus importants.
L'augmentation de l'armée permanente ne tient pas seulement à la substitution de la force mécanique et collective à la force individuelle, elle tient aussi à la nécessité de résister à des forces ennemies, que la tendance générale en Europe à l'unité monarchique rend plus considérables. Les progrès de l'unité nationale, en France comme ailleurs, diminuent les forces défensives locales pour accroître les forces défensives générales. Les murailles de l'intérieur sont délaissées ou renversées; les frontières sont garnies de forteresses sur lesquelles se portent tousles soldats disponibles pour la garde du pays, comme tous les canons disséminés dans les villes de l'intérieur. Pour défendre les forteresses, il faut des
1 Caillet, V Administration sous Richelieu, t. II, p. 152, 153.
troupes formées d'hommes tirés de tous les points du royaume et décidés à quitter leur contrée d'origine pour un temps déterminé. En même temps, il faut des armées pour dégager ces forteresses si elles sont attaquées et prendre au besoin l'offensive. La défense du royaume exige des troupes et des garnisons permanentes considérables, puisque les transformations de l'état politique tendent à supprimer les remparts de l'intérieur et à rendre inutiles leurs gardiens sédentaires.
La grandeur des rois se mesure désormais, non plus au nombre et à la puissance de leurs feudataires, mais à la quantité de troupes qu'ils peuvent, non seulement lever, mais entretenir sous les armes. L'armée est pour eux la sécurité et la gloire. Louis XIII et Louis XIV le sentent bien. Us auraient pu répéter tous deux les pittoresques paroles du brave La Noue : « Il fait besoin à la France d'avoir toujours le bras armé, car ceux qui ont du jugement savent assez que les aigles d'Autriche viendraient manger les coqs, si l'ordre militaire y était anéanti... » Aussi de quelle sollicitude ces princes ne Tentourent-ils pas ; ils y portent leur attention jusqu'à la minutie. Louis XIII connaît par leur nom les plus braves gens de son armée, jusqu'aux sergents ! ; il aime Je métier des armes; il s'applique à ses détails avec
1 Mémoires du chevalier de Poiitis, t. II, p. 2.
un zèle assidu '. Louis XIV, avec clés visées plus hautes, y met plus d'ardeur encore; rien ne lui échappe; sa vigilance, sa curiosité, son esprit d'investigation se portent sur tous les points : habillement, armements, évolutions, exercices, discipline2. Il copie de sa main les « montres » ou rôles de la cavalerie; il prend de nombreuses notes sur la tactique, il écrit des mémoires militaires :!. Il ira jusqu'à s'occuper de la qualité de la chaux et des briques employées pour les fortifications 4. Épris d'ordre et de régularité, il veut tout savoir, et les inspecteurs qu'il crée vérifient dans chaque régiment si ses intentions et ses ordres sont remplis, et lui rendent compte de ce qu'ils ont vu. Connaissant ainsi par le menu la vaste armée qu'il commande, il la dirige de son cabinet, et pendant la guerre, de concert avec Louvois, il trace, du fond de son château de Versailles, les plans que ses généraux devront suivre sur les bords du Hhin 5. Véritable roi bureaucrate, car il gouverne avec ses conseils et ses ministres, qui sont ses premiers commis, il donne à l'armée la forte empreinte de l'unité nationale, mais aussi celle de la
1 Duc d'Aumale, Histoire des Princes de Condé, t. III, [>. 127.
- Duc de St-Simon, Mémoires, t. XII, p. 100.
s Monteil, Traité des Matériaux manuscrits, t. I, p. 73.
'* Chotard, Lettres inédites de Louvois, Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, t. CXXIX, p. 218 à 227.
5 Projets de gouvernement du duc de Bourgogne, publiés par Mesnard, p. 3ô, 3G.
bureaucratie centralisatrice, dont il peut être regardé comme le fondateur.
Mais il se trouve que ce bureaucrate est en même temps un cavalier accompli et le prince qui représente le mieux, par ses qualités extérieures, la grandeur qu'il a reçue de sa naissance. Il suit ses armées en campagne; il aime et multiplie les revues. Au camp de Gévries, en 1692, il passe en revue cent vingt mille hommes, rangés sur quatre lignes. « C'était assurément le plus grand spectacle qu'on ait vu depuis des siècles, » écrit Racine, qui cependant le trouve un peu long. Il reste neuf heures à cheval à la suite du roi, qui lui ne se lasse pas de voir briller des épées et des mousquets, d'entendre des tambours, des trompettes et des cymbales. « Si on n'a jamais vu tant de troupes réunies, ajoute Racine, jamais on n'en a vu de si belles l. » Et de fait, cette armée, que Louis XIV a soumis par la première fois à l'uniformité du costume, selon les différents corps qui le composent, sera pendant deux siècles non seulement la plus formidable, mais la plus belle de l'Europe.
On peut dire qu'elle est constituée à l'image de la société. En bas, c'est la plèbe des valets d'armée, des charretiers de l'artillerie et des manouvriers du génie; au dessus, c'est le peuple de l'infanterie, qui
1 Lottre à Boileau, du 21 mai 1G92. — En 1698, il réunit 70,000 hommes au camp de Compiègne, et leur fait faire toutes les opérations d'une campagne. (Voltaire, Siècle de Louis XIV, t. II, p. 133.)
compte de plus en plus depuis qu'à Rocroy elle a vaincu « ces vieilles bandes wallonnes, italiennes et espagnoles qu'on n'avait pu rompre jusqu'alors ; » c'est la bourgeoisie des officiers subalternes, des officiers de fortune; plus haut, c'est l'aristocratie des officiers supérieurs; et de même que la cour domine tous les ordres de l'État , ce sont au sommet les compagnies de la maison du roi et le brillant état-major qui entoure le souverain. Ajoutez-y le contingent des troupes étrangères, qui servent loyalement le roi qui les paie, et vous aurez une idée de cette armée, qui puise surtout sa force dans les forces vives de la nation, et représente si bien les qualités apparentes et réelles qui la distinguent des autres peuples; son éclat correspond à celui de la monarchie, dont le roi le plus illustre a pris le soleil pour emblème.
Quel éclat, en effet, dans les camps de parade, comme celui de Gompiègne, où 70,000 hommes sont réunis, où les colonels rivalisent de magnificence et de luxe !; dans ces revues de la maison du roi, qui font courir tout Paris au champ de Mars ou sur le plateau de Marly, qui arrachent même des cris d'admiration aux vieux courtisans 2! quel éclat dans ces uniformes blancs, bleus ou rouges, chamarrés
1 F. Masson, Le Marquis de Grignan, p. 221.
2 Duc de Luynes, Mémoires, I, 285. — Barbier, Journal, VII, 158. — D'Argenson, Mémoires, éd. Janet. t. III, p. 3, 343. — Mis de Belleval, JSos pères, p. I9i.
de galons et de broderies, parfois si coquets et si brillants! quel éclat surtout dans les drapeaux de taffetas multicolores, qui portent les plus fîères devises, et dans leurs inscriptions latines ou italiennes, semblent sonner la fanfare de l'orgueil, de la lutte et de la dévastation! Les emblèmes rivalisent avec les devises, et ce ne sont sur les enseignes des compagnies de la maison du roi et des régiments de cavalerie, que foudres écrasant des géants, bombes, flèches, grenades crevant en l'air, aigles et lions, étoiles et soleils d'or et d'argent *.
Ce qui rend cette armée incomparable, c'est l'instinct guerrier de ceux qui la composent. Les chefs sont de race militaire, et chez eux la valeur est héréditaire; les soldats, pour la plupart se sont enrôlés, pour obéir à l'ardeur que les anime. La France est le soldat de Dieu ! s'était écrié Shakespeare à la fin du seizième siècle. Un écrivain anonyme du temps d'Henri IV nous la montrera « toute guerrière ... le
1 Lemau de la Jaisse, Sixième abrégé de la carte générale du militaire de France, ch. IX. — Lucien Mouillard, Les Régiments sons Louis XV, planches en chromolithographie. — On comptait, en 1771, 168 drapeaux différents, pour les divers corps de l'armée. Quoiqu'un assez grand nombre soient ornés d'une grande croix blanche, ils présentent une grande variété; si le blanc, le bleu et le rouge y dominent, la plupart des couleurs y sont représentées : outre le noir, le vert, le jaune, on y trouve les nuances gorge-de-pigeon, feuille-morte, gris-delin, vert-pomme, aurore, cerise, chamois, bleu-céleste et couleur de feu. {Tableau militaire des drapeaux, étendards et guidons des troupes au service de France, 177 1, placard.)
temple et l'échaffaut de Mars ... formillière de soldats qui bouillent, qui bruslent d'ardeur de combattre et surtout de cette généreuse noblesse ... qui toujours coupe, toujours tranche, toujours passe avant, sans vouloir autres bornes à la réputation de sa valeur que celles que le soleil prend à faire le tour de la terre [. » Le métier des armes est le plus noble de tous, et la guerre est un honneur; souvent même, elle est populaire; car elle ne pèse pas directement sur la masse de la population ; n'exposant à ses coups que des hommes destinés par leur naissance ou par leur volonté à la faire , il semble qu'on Fait accueilli parfois avec une sorte de satisfaction et d'orgueil, puisqu'on ne combattait pas alors pour l'existence même de la patrie, mais pour sa grandeur et pour celle de son roi!
Mais l'esprit guerrier ne suffit pas pour constituer une puissante armée; il est nécessaire qu'elle soit façonnée par des mains énergiques, habiles et persistantes. Il faut de grands généraux pour diriger les troupes pendant la guerre ; il faut de grands ministres pour les préparer pendant la paix. 11 n'y a pas d'armée considérable sans administration militaire. Richelieu, Letellier et Louvois ont créé cette administration. Au fur et à mesure qu'on avance vers la Révolution, les bureaux de la guerre prendront plus
* Le Soldat françois, 1604, p. 105-106.
d'importance. On s'élèvera même contre leur omnipotence, en les qualifiant de « vrai repaire du despotisme sous lequel l'armée gémit! » et l'on ajoute qu'ils renferment 129 commis '. « C'est un indice de la prédominance que prend la plume sur l'épée, la sagesse sur la force ; c'est un indice de la sujétion complète de l'armée à l'État. Un prince, un grand général ne pourra plus, comme sous la Fronde, tourner les troupes qu'il commande contre l'autorité du chef de l'État ; désormais l'État tientl'armée subordonnée étroitement, et s'il la comble d'honneurs, il ne laisse à ses chefs aucun pouvoir politique , aucune possibilité d'en acquérir. Par un singulier contraste, la classe militaire par excellence, la noblesse, perd de jour en jour sa suprématie dans l'État, à mesure que l'armée devient plus nombreuse et que son entretien devient plus coûteux.
Ce n'est plus sur la noblesse seule , en effet, que l'on compte pour la défense ou pour l'attaque. L'épopée de la chevalerie s'est terminée par la comédie que donnent les levées d'arrière-ban. Dès le seizième
1 Enc. méthodique. Art militaire, t. IV, p. 96. — Il y avait des bureaux à la suite désarmées. En 1744, trente commis et sept chefs de bureau sont transportés dans des carrosses à quatre chevaux, de Melz à Lille. (Archives de la guerre, adm. n° 3069.) A Versailles, jusqu'en 1760, les commis travaillaient dans des maisons particulières; ces! seulement à celle époque qu'ils furent réunis dans un édifice qu'on lit construire pour le ministère de la guerre. (Âudouin, Histoire de Vadministratisn de la guerre, t. III, p. 232.)
siècle, on dit des possesseurs de fiefs de l'arrièreban, qui s'équipent eux-mêmes, et que le roi appelle sous les drapeaux pour un temps déterminé : « C'est pauvre chose1. » Cent ans plus tard, Vauban les appelle « les plus méchantes troupes du monde. » Si quelques-uns de ces gentilshommes ont du courage et de la bonne volonté, la plupart sont pauvres et mal montés 2. En 1693, ceux de l'Ile de France se rendent à la Hougue, soit sur des bidets, soit par le messager. <( C'est chose honteuse , écrit Matignon , que le mauvais état de ces compagnies :!. » C'est à qui d'ailleurs, s'excusera et fera valoir ses privilèges ou sa misère pour ne point partir ; et ceux qui partent, de quelle vanité, de quelle indiscipline, de quelle inexpérience ne font-ils pas preuve? Susceptibles, querelleurs, tapageurs, ils savent mieux délibérer qu'obéir, parader ou se dérober que combattre. On se garde bien de les mettre sérieusement en ligne dans la campagne de 1674, et selon l'expression d'un des leurs, on se contente de les montrer à l'ennemi comme des marionnettes4. A partir de 1695, le noble ne joue plus de rôle dans l'armée, que lorsqu'il est enrégimenté et qu'il porte l'épaulette d'officier.
i La Noue, Commentaires.
- Michel, Le maréchal de Vauban, p. 265-266.
3 Voir aussi une lettre au duc d'Estrées, du 6 août 1693. Arch. de la Guerre, adm. mil., n° 1237.
4 Claude Joly, Relation, man. de laBIbl. nationale, anc. fonds français, 4573, fol. 15.
L'armée elle-même se transforme au dix-huitième siècle ; elle devient plus militaire , en même temps que la nation devient moins guerrière. Il s'établit plus de différence et de distance entre le civil et le soldat; le bourgeois, le noble même, quittent leurs armes défensives et offensives ; elles sont désormais l'apanage des seuls militaires. La discipline prend en même temps plus de raideur et de rigueur. L'armée, si française par son esprit et sa constitution, où les traditions gauloises, romaines et franques semblaient respirer encore, l'armée, à la suite des victoires de Frédéric II, s'avisa d'aller chercher des modèles en Prusse. Un engouement sans mesure pour les principes qui étaient en vigueur dans ce pays s'empara de ceux qui voulaient réformer nos forces militaires. « Il n'est pas d'idée extravagante, soi-disant venue de Prusse, disait-on l, qui n'ait été accueillie parmi nous avec distinction, avec récompense et adoptée sans balancer. » Sans se préoccuper de l'esprit de la nation , on l'assujettit à des formes étrangères , surtout aux plus faciles à saisir, aux plus puériles, aux moins essentielles 2. Réformes superficielles, du reste, quoique vexatoires, et qui n'entamèrent pas
1 De l'Esprit militaire, 1788, p. 126, 132, 175.
2 Examen critique du militaire français, par M. IL D. B. (B°n Loubat de Bohan), Genève, 1781, t. I, p. XIV. — De la désertion, p. 30. 31. — Comle de Ségur, Mémoires, t. I, p, 80. — Guibert. Journal d'un Voyage en Allemagne, t. I. p. 172.
dune manière sérieuse les qualités maîtresses de l'armée.
Celle-ci avait souvent été critiquée, au milieu du dix-huitième siècle , par des écrivains français , qui dans leur désir quelquefois légitime de réformes, signalaient plus volontiers les vices que les qualités. Et jamais cependant elle n'a été plus brillante que pendant les campagnes de 1741 à 1748 *., où Fontenoy jeta encore un rayon de gloire éclatante sur la monarchie. De Rocroy à Fontenoy, elle avait été l'auxiliaire le plus efficace de la prépondérance que la France avait acquise dans le monde. Pendant la guerre de sept ans, malgré ses vices, malgré ses revers, elle méritait encore l'estime. Napoléon lui rendait justice en déclarant qu'à cette époque « la cavalerie était belle, bien montée et bien disciplinée; l'artillerie excellente; le corps du génie le plus savant de l'Europe ; l'infanterie pas mauvaise. » Après le traité de Versailles, étrangers et nationaux reconnurent les efforts que l'armée avait faits pour ne se laisser dépasser par aucun autre. La tactique et Fart militaire avaient été plus que jamais étudiés ; des colonels s'étaient consacrés à l'instruction plus complète de leurs régiments, et de toutes parts, on venait admirer la belle tenue de nos troupes, leur exacte discipline et la régularité de leurs manœuvres 2.
1 Rousset, Le comte de Gisors, p. 181.
2 Comte de Ségar, Mémoires, t. I, p. 85, 99.
Sans doute, à certaines époques, l'on avait pu signaler parmi elles des régiments de mauvaise apparence, comme ce régiment de Monteil, qualifié de crasseux et de mal tenu, composé d'hommes vilains à faire peur et de chevaux si faibles et si maigres, qu'à peine ils pouvaient mettre un pied l'un devant l'autre '. Il est vrai qu'à la même date, d'autres régiments méritent l'enthousiasme des inspecteurs. Le régiment de Caubon est le plus beau en tous points , disent-ils, qu'il y ait dans la cavalerie. En 1729, on en signale d'autres qui sont mal montés, mal armés, mal composés. Mais plus tard les éloges sont à peu près sans réserves et sans exception. En 1738, on loue le régiment de Bourbonnais, dont les soldats sont de jolie figure et tous égaux (de taille sans doute) '-'. « Je suis dans l'admiration du régiment d'Alsace, écrit en 1754 le maréchal de camp de La Tour... Il est impossible de manœuvrer, marcher, tirer, avec plus de justesse et de précision. La propreté, la régularité dans le service, tout mérite des éloges0. » En 1778, les régiments qui tiennent garnison en Flandre sont généralement beaux, bien vêtus, bien tenus, bien étoffés '.
1 Lettre du 4 fév. 1714. Arch. de la guerre, adm. rail., reg. JjOj.
- Général Pajol, Les Guerres sous Louis XV, 1. 1, p. C>r>2.
:) Archives de la guerre, adm. mil., reg. n° 3387.
'* Régiments d'Eu, de Lorraine. Royal marine, d'Aulbonne, de Guyenne. Royal-Comtois, de Rouergue, Dragons du roi. Royal-Comtois est le mieux exercé, mais non le plus beau. Guyenne est le plus beau, mais on y signale du relâchement dans le service. Arch. de la guerre, adm., 3083.
Le chevalier du Mu y, qui fut depuis ministre de la guerre, résume ainsi les résultats qu'il a constatés dans sa tournée d'inspection en 176k : « La composition des troupes est excellente , l'esprit des troupes bon , l'entretien du soldat propre , suffisant et supérieur à ce qu'il a toujours été l. » C'est aussi l'opinion d'un soldat : « Jamais, écrit-il en 1767, les troupes ne furent ni mieux ordonnées, ni plus souvent exercées et ne parurent avec plus d'éclat sous les armes que depuis quelques années 2. »
Cette brillante médaille avait son revers. Pour entretenir de pareilles troupes, il fallait augmenter les impôts, il fallait emprunter ; de là, l'augmentation des charges, de là, les dettes de l'État, le déficit, « l'affreux déficit, » qui fut une des causes de la Révolution et dont le chiffre aujourd'hui nous fait sourire. On pouvait se demander aussi si le nombre des hommes exerçant la profession militaire était bien en rapport avec la population totale du pays. 300.000 soldats sous Louis XIV, sur 20 millions d'habitants , cela pouvait paraître exorbitant en songeant aux armées de Henri IV; mais c'était là le pied de guerre, et ne semble-t-il pas bien modeste si on le compare aux contingents modernes ? On s'étonne pourtant à bien des reprises du nombre considérable des soldats. Il
1 Lettre du 9 juin 1764. — Arch. de la guerre. Doc. g-\. I.
2 Loisirs d'un soldat du régiment des Gardes françaises, par Des Rivières, 1767, p. I.
n'y a pas de pays au monde, dit-on, sous Henri IV, où il y en ait davantage ; cela tient, ajoute-t-on, à l'activité des habitants et à leur aptitude particulière pour la guerre !, Et Ton était alors à l'enfance des grandes armées. Toutes les nations de l'Europe voudront en avoir dans le cours du dix-huitième siècle. En vain le bon sens et l'expérience crient comme le maréchal de Saxe : « Il vaut mieux avoir un petit nombre de troupes bien entretenues et bien disciplinées que d'en avoir beaucoup qui ne le soient pas. Ce ne sont pas les grandes armées qui gagnent les batailles, ce sont les bonnes 2! » Un écrivain militaire, Guibert, remarque avec le chevalier de Boufflers que « presque toutes les grandes batailles ont été gagnées par les armées inférieures en nombre et par les généraux les plus jeunes 3 ». Ce ne sont pas les sages et les observa -
1 Joannis Boteri de regno Gallix descriplïo, Respablica G allia.
2 Maréchal de Saxe, Mes Rêveries, t. I, p. 26.
:î Guibert, Voyages en France, p. 62. — La Noue pensait de même:« On croit qu'il suffit de frapper la terre pour en faire sortir des légions. C'est se tromper. Peu de vieux soldats profitent plus que beaucoup d'inexperts. » C'est l'opinion même de ceux qui aujourd'hui regardent comme nécessaire l'incorporation de tous les hommes valides d'une nation. « Si du regard on plonge dans l'avenir, dit le baron Colmar von der Goltz, on apercevra le temps où les millions armés du temps présent auront fini de jouer leur rôle. Un nouvel Alexandre surgira, qui à la tête d'une petite troupe d'hommes parfaitement armés et exercés, poussera devant lui des masses énervées qui dans leur tendance à toujours s'accroître auront franchi les bornes de la logique... » (La Nation armée, trad. Jaeglé, Inlr., p. VII.)
teurs qui sont écoutés. Chaque peuple tend à augmenter le nombre de ses troupes. « L'Europe est couverte de soldats, dit-on en 1788 ; presque tous les gouvernements sont militaires... » L'on s'en effraie, et l'on s'écrie : « 11 faudra bien que la mode de ces armées immenses et permanentes qui dévorent l'Europe ait enfin son terme M » H y a cent ans qu'on parlait ainsi, et depuis ce temps, loin de trouver leur terme, « ces immenses armées » ont pour le moins quadruplé.
La révolution à ses débuts essaya de lutter contre cette tendance ; elle fut une réaction contre l'armée permanente et en faveur de la nation armée. Lorsque la prise de la Bastille ébranla la France tout entière, les gardes nationales jaillirent de toutes parts du sol, dans les villes comme dans les campagnes, reprenant les anciennes armes, en créant de nouvelles. La fédération de 1790 fut la manifestation imposante de la confiance que la nation avait en ellemême et dans ses forces naturelles; le service volontaire était le seul préconisé ; les troupes actives étaient réduites à 110,000 hommes2. Mais il fallut bientôt compter avec la force des choses , qui est In
1 De l'Esprit militaire, p. 26, 27, 47. Servan observe avec raison ([ne les troupes, trop nombreuses pendant la paix, ne sont jamais suffisantes pour la guerre. (Le Soldat citoyen, 1780, p. 68.)
2 110,596 en 1790. Elles furent relevées à 164,269, dès 1791. (Recherches sur la force de l'armée française depuis Henri IV, 1806.)
grande loi de l'histoire ; il fallut recourir aux réquisitions et à la conscription pour alimenter les armées permanentes plus nombreuses et plus formidables que celle qu'avait créée Louis XIV, mais qu'il avait créée, sauf pour les milices, par l'enrôlement volontaire.
On est trop porté à croire qu'il n'y a d'autre liberté que la liberté politique, et que là où elle n'est point garantie , il ne saurait y en avoir d'autres. 11 peut cependant exister des gouvernements absolus par leur doctrine, qui laissent à leurs sujets des libertés que les citoyens d'un État qui se qualifie de libre ne possèdent pas.
L'ancienne monarchie , même au dix-septième siècle, parait plus absolue qu'elle ne l'est en réalité. La théorie hautement proclamée du bon plaisir du souverain est dans beaucoup de cas contredite par les faits. L'omnipotence de ses lois vient à chaque instant se heurter contre les privilèges des uns, contre les traditions des autres; les villes, comme les corps et les particuliers , ont leurs droits qu'on peut amoindrir, mais non méconnaître; la liberté, qui n'est point inscrite dans les ordonnances, se retrouve dans l'indépendance des magistrats, dans les délibérations des communautés, dans les privilèges de la noblesse, comme clans le recrutement de l'armée.
L'ancien régime, au dix-huitième siècle, a demandé aux Français leur travail et leur temps pour les corvées des chemins; mais ce n'est que par exception qu'il a exigé leur sang pour le service militaire. L'obligation de ce service n'a été réclamée par lui que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles et pour le recrutement de la réserve territoriale que constituaient les milices.
Il y a eu des levées obligatoires , presque des levées en masse, en 1636, sous Louis XIII, alors que les Espagnols , en prenant Corbie, avaient paru menacer Paris. Le roi avait ordonné à cette époque de « faire cesser tous les ateliers de France et envoyer à la guerre tous les chamberlans de mestiers, compagnons et apprentifs capables de porter les armes, à la réserve d'un en chaque boutique l ». Il y eut aussi des recrutements forcés dans les années suivantes et pendant la* guerre de la succession d'Espagne ; à cette dernière époque, sous prétexte de lever des miliciens, on faisait enlever dans les campagnes les vagabonds, les voleurs et les vauriens, et à leur défaut des hommes non mariés de dix-huit à quarante ans, pour les incorporer dans l'armée active. Pour
1 Ord.du 15 août 163G. Recueil Cangé, t. XXIII.
2 Ord. des 10 juillet 1043, 13 juin 1044, 20 juin 1645, e février 1047, etc. Recueil Cangé, XXVI, XX VII. — En 1639, la ville deCraponne doit fournir 19 hommes de milice; plusieurs assemblées d'habitants essaient d'en discuter le nombre, et pour comble d'ennui, les soldats
qu'ils ne pussent s'échapper, on les enfermait dans des chambres de cabaret, même dans des prisons, où ils étaient gardés par les bourgeois en armes; on les faisait marcher sur les routes comme des forçats, sous l'escorte d'archers de maréchaussée '. Les populations eurent toujours horreur du service forcé, qui fut établi par Louvois en 1689. Le tirage au sort leur causait une répulsion profonde2. Elles ne cessèrent de la manifester jusqu'aux derniers temps de la monarchie. Des paysans se mutilaient, quittaient en masse leur village3 pour échapper à la milice. En Franche -Comté, on considérait le service de la milice comme avilissant, et partout on estimait davantage le métier de soldat.
Mais la milice , dont l'organisation et la destination variaient selon les temps, ne fut d'ordinaire qu'une sorte de réserve territoriale pour l'armée. Sauf de rares exceptions, elle ne joua aucun rôle sérieux. Quoiqu'en temps de guerre , elle ait réuni près de 90,000 hommes, levés à partir de 1689 par le tirage au sort, on peut cependant dire que l'armée pro-
qu'ils choisissent, désertent. (Communication de M. Paul Le BlaiiC)
1 Manuscrits de Semilliard, t. 111, p. 526, 722. — Sous Louis XV on incorpora parfois aussi des miliciens dans les troupes. En 17i3, on envoya 13 miliciens à chacune des compagnies d'infanterie qui avaient servi en Bavière, pour en combler les vides. (Recueil Cangé, t. LXI )
2 Le Soldat citoyen, 1780, p. 70.
3 Roschach, p. 937. En 1729, vingt paysans quittent leur village qui doit fournir 2 miliciens.
prement dite se recrutait par des engagements volontaires, que pour elle la contrainte était l'exception et la liberté la règle.
Comment le système militaire féodal qui reposait au moyen âge sur l'obligation limitée , s'était-il modifié dans un sens libéral, contraire aux doctrines d'autorité que la monarchie avait fait prévaloir? C'est que la monarchie , en voulant détruire la féodalité , s'était gardée de réclamer à son profit le recrutement féodal, qui tombait en désuétude, et n'était plus en rapport avec l'état social, politique et international. Elle voulut affranchir des redevances personnelles ceux qu'elle allait assujettir de plus en plus à ses exigences fiscales. D'ailleurs, ses premières armées étaient si peu nombreuses qu'elle n'avait pas besoin de recourir à la contrainte pour en remplir les cadres. Plus tard, lorsqu'elles augmentèrent, elle craignit, malgré sa puissance, de soulever contre elle le sentiment public, que révoltait l'idée d'un service forcé. La liberté du recrutement, par un singulier contraste, était née du désir d'augmenter le pouvoir royal et de la pensée qu'il fallait céder sur certains points pour dominer sur d'autres.
Ce qu'il y a de surprenant, ce n'est pas que la monarchie ait adopté la liberté du recrutement, c'est qu'elle l'ait maintenue, lorsqu'elle a levé des armées considérables ; c'est qu'elle ait pu réunir sans contrainte des contingents de plus de 300,000 hommes, lorsque la
population totale du royaume n'atteignait pas 20 millions d'habitants. Par quels procédés y est-elle parvenue? L'instinct militaire de la population y a sans doute contribué ; mais était-il suffisant pour entraîner tant d'hommes à s'enrôler de plein gré sous les drapeaux? La nécessité , l'existence irrégulière, l'oisiveté portaient aussi beaucoup d'entre eux à souscrire un engagement, que d'un autre côté le prestige militaire, les promesses, les ruses et parfois même les violences des recruteurs les décidaient à contracter.
Sous Louis XIII, il n'était pas difficile de trouver des recrues. « La France est pleine de gens, disaiton en 1640, qui ne sont bons qu'à faire des soldats, comme il se peut aisément remarquer aux jours de fêtes et aux assemblées de villages l ; » mais lorsque les longues guerres eurent augmenté l'effectif des armées, les levées se firent moins aisément2. Avec les progrès de la discipline, le métier militaire devint plus rude et plus ingrat. L'augmentation de la richesse et de l'aisance dans les classes inférieures diminua également les vocations militaires. L'existence plus douce et plus paisible que menaient désormais la plupart des habitants les rendait moins propres à supporter les fatigues et à courir les risques de la guerre 3 ; elle les empêchait de contracter des enga-
1 Mémoire de Cour teille. Recueil Cangé, t. IX.
- A. Monleil, Traité des matériaux manuscrits, 1. 1. p. 71.
:! De ta Désertion, 1766, p. 3.
gements, qui mettaient en jeu leur liberté et leur vie1. « L'esprit philosophique même, disait-on en 1790, a contribué à faire tomber la profession des armes dans le mépris ; en inspirant l'amour de l'humanité, il affaiblit l'amour de la patrie2. »
L'esprit militaire n'était pas le même dans toutes les parties de la France; il était plus vivace au nord et à l'est que dans le centre et le midi. Ainsi l'on remarquait au siècle dernier que l'Alsace, sur une population de 650,000 habitants, fournissait 10,000 soldats au recrutement volontaire, tandis que la généralité d'Auch n'en donnait que 1,413 sur 887,000 habitants 3. La Franche-Comté, l'Alsace et la Picardie étaient particulièrement favorables pour les levées de cavalerie; les hussards, chez qui la langue allemande était en vigueur, provenaient de nos provinces du Rhin4. Lorsque, sous l'influence des doctrines de liberté , qui dominèrent en 1789 pour s'atténuer plus tard, l'Assemblée nationale voulut remplacer les milices par des corps auxiliaires recrutés volontairement, elle tint grand compte des aptitudes spéciales des diverses parties de la France ; elle ne fixa pas le contingent départemental d'après le
1 Arch. de la guerre, adm. mil., cart. 1728-91.
2 Comité militaire de l'Assemblée nationale. Arch. de la guerre, Police et dise., 1770-90.
3 Encycl. méth., Art militaire, t. IV, p. 107.
1 Nouvelles constitutions militaires, t. I. |>. 56. — Examen critique du militaire français, t. I, p. 33.
chiffre de la population, mais d'après les dispositions militaires, telles que l'expérience les avait révélées. C'est ainsi cpi'on demandait 400 hommes aux districts des départements situés sur les frontières d'Allemagne et de Suisse ; 300 à ceux des autres régions du nord ; 200 et même 50 aux districts du Midi1. On remarquait aussi que les campagnes fournissaient moins de recrues que les villes; mais les recrues qu'on y faisait étaient meilleures. Les régiments de cavalerie et d'artillerie, qui prenaient surtout leurs hommes parmi les paysans, étaient les plus solides de l'armée 2. Ces hommes étaient pour la plupart de helle taille et robustes 3. Les trois quarts des soldats de l'infanterie étaient levés dans les grandes villes. « On en trouve plus facilement dans les villes, dit un mémoire militaire, parce qu'il y a une plus grande quantité de monde et surtout de fainéants rassemblés; par là, les régiments ont besoin d'employer moins de recruteurs, et préfèrent d'ailleurs les recrues des villes, parce qu'elles sont mieux tournées communément et plus promptement formées que celles des campagnes 4. » Il est vrai qu'on
1 Décret du 26 mai 1791. Collection des décrets, t. XIV, p. 309. - Tel était le régiment de Bourbon, en 1788. Arcli. de la guerre.
3 Mémoire sur la constitution utilitaire (avril 1778). Arch. de la guerre, Doc. g \ I.
4 Mèm. sur la désertion. Ibid., cart. Police et dise, 1770-90. — Un vieil officier dit aussi, en 1762, que les recrues des campagnes ne sont bons qu'après six ans d'exercice; les peines à les former sont infinies;
sacrifiait ainsi la solidité à l'apparence. « 11 ne faut point s'en rapporter toujours à la figure pour le recrutement de l'infanterie, dit un officier général, en préférant un homme bien dégagé à un gros lourdeau, qui est souvent celui qui finira une campagne dont les travaux pénibles ne peuvent être soutenus par ces soldats perruquiers dont il y a quantité dans l'infanterie. » Selon cet officier, les tailleurs et les cordonniers faisaient de mauvais soldats ; les meilleurs étaient les paysans et les artisans accoutumés à des exercices fatigants, tels que les charpentiers, les maçons et les serruriers l.
Mais les artisans, en état de passer maîtres, n'étaient guère disposés à renoncer à un métier paisible et sûr pour embrasser, malgré une faible somme d'argent, la profession la plus périlleuse de toutes. Aussi eston réduit à s'adresser aux ouvriers qui font leur tour de France, aux écervelés, aux fainéants qui battent le pavé des villes. Suivant un officier, « on n'engage que de la canaille, parce qu'elle esta meilleur marché » 2. On va chercher des soldats parmi
ils n'ont point d'activité et nulle intelligence. On n'en peut faire ni des caporaux, ni des sergents. (L' antilégionnaire français ou le Conservateur des constitutions de Vinfanterie , par un ancien et très zélé officier (M. d'Aulhuille), 1762, p. 93.)
1 Projet du baron de Maes. Arch. de la guerre.
2 Encycl . méthodique , Art militaire, t. 11. p. 177, t. IV, p. 197. — Le Soldat citoyen, 1780, p. 52. — Mémoire sur la désertion. Archives de la guerre.
les déclassés, les gueux, les prisonniers pour dettes et pour vagabondage ; on ira môme en 1712, mais c'est une exception, jusqu'à demander 1,500 forçats des galères pour combler les vides de l'armée d'Espagne ' . On promet abolition de tous crimes, même de crimes entraînant la peine de mort, à ceux qui s'engageront dans les régiments qui manquent de soldats 2. Louvois ne voulait pas, il est vrai, qu'on prit des gueux, mais « s'ils étaient bons sur leurs jambes, » il était tout disposé à les accepter. On en ramasse à la sortie des prisons; on en prend de tout âge et de toute figure, véritables grotesques de Callot, que les inspecteurs généraux sont obligés de réformer 3. Expédients regrettables, mais qui permettaient au recrutement de ne porter atteinte à aucune profession, puisqu'il s'adressait à des gens qui n'en avaient point ou qui ne voulaient point persévérer dans celle qu'ils avaient embrassée. Des ordonnances prescrivirent, il est vrai, à plusieurs reprises, de refuser les gueux, les inconnus et les libertins « comme indignes4; » mais en cas de nécessité, il fallait toujours
1 Lettre du ministre, 1712. Recueil Cangé, t. XXXIX.
2 Le régiment de Bournonville, en 1646. On n'exceptait parmi ces crimes que les violemens et les sacrilèges. (Même recueil, t. XXVII.),
3 C. Rousset, t. III, p. 29. — Mémoire historique de la vie d'un fantassin, 1711, p. 165. — Taine, V Ancien Régime, \>. 513.
4 Règlement de 1638, prescrivant de prendre l'avis des autorités locales pour être adverti des libertins qui se pourraient présenter. — Ord. du 27 décembre 1760. Recueil Cançé.
LE RECRUTEMENT. il
se résigner à les enrôler, avec la seule précaution de les choisir parmi les moins vicieux.
La valeur des recrues pouvait dépendre des procédés et de la qualité des recruteurs. Ceux-ci étaient tantôt des officiers, tantôt des bas-officiers, des soldats ou des agents qui opéraient pour le compte des officiers. En temps de guerre, un gentilhomme recevait une commission de colonel ou de capitaine à la condition de lever un régiment ou une compagnie '. L'État passait avec lui une sorte de marché d'après lequel il devait fournir tant d'hommes et recevoir telle somme par homme. Il devait enrôler des soldats comme un entrepreneur embauche des ouvriers. L'État faisait des offres2; les officiers les discutaient et parfois demandaient davantage. En 1687, Zurlauben réclamait 43 livres par homme au lieu de 33 qu'on lui proposait 3. Parfois aussi ils faisaient des propositions au rabais. En 1733, un certain Lacroix, qui désirait un brevet de colonel, écrivait au ministre qu'il ne demandait pas, selon le tarif, 60 livres par homme. « Mon nom est assez connu, ajoutait-il, pour les avoir
1 On trouvera plusieurs textes de ces commissions données en 1649, à la Bibliothèque nationale, anc. fonds français, n° 4223.
J Louvois offre en 1688, une prime de 5,250' par compagnie de cavalerie de 45 maîtres et de 900 fr. par compagnie d'infanterie de 45 hommes (N. J. Foucault, Mém. Intr., p. cxxv.) On lève en 1727 des compagnies françaises, au prix de 40,000 fr. pour 100 dragons et 100 chevaux et de 13,500 par compagnie de fantassins. (Arch. do la guerre, adm.)
:! Archives de la guerre, adm., 792.
à meilleur marché 1 . » Un capitaine considéré dans sa province trouvait plus facilement qu'un autre des paysans et même des gentilshommes « pour prendre parti avec lui » 2 ; mais quelques-uns étaient obligés de courir longtemps les villes et les campagnes pour compléter leur contingent :i.
Outre les levées extraordinaires que nécessitait le début où la prolongation des guerres, il y avait des levées annuelles pour combler les vides que faisaient dans les compagnies les congés, les décès et les désertions. A peu près jusqu'aux derniers temps de la monarchie, les capitaines, propriétaires de leurs compagnies, étaient tenus de les entretenir au complet. Pour y parvenir, tout officier devait faire deux hommes de recrue, lorsqu'il obtenait un congé de semestre. Au régiment Mestre de camp général, les officiers recevaient 100 livres par homme, et s'ils en fournissaient un de moins, ils payaient une amende de même valeur. Le chef du corps pouvait même les
1 Lettre du 14 septembre 1733. Arch. de la guerre, adm., n° 4523.
2 Le baron de Sirot enrôle 50 gentilshommes dans un régiment de cavalerie qu'il doit lever. (Mém., t. I, p. 255.)— Le chevalier de Belleval , en 1743, réussit à former sa compagnie en 15 jours en Normandie. (Marquis de Belleval, Nos Pères, p. 105.)
3 En 1734, un capitaine ne réussit en 15 jours qu'à lever 12 hommes à royes. (Arch. de l'Aube, C. 1064). — En Savoie, il en était de même. En 1672, un avocat, nommé André de Goex, s'engage à lever une compagnie de 50 hommes à 23 l par homme, et les cherche de village en village avec l'aide des curés. (E. Mugnier, Un Capitaine recruteur au X VIIe siècle, 1886. in-8°.)
charger de ramener trois hommes, lorsqu'ils allaient passer leur semestre « dans les provinces où Ton trouvait à recruter le plus facilement » *. Le capitaine, qui n'arrivait pas, en temps de guerre, à compléter sa compagnie, pouvait être cassé ou mis à la suite'2. Dans leur pays, les capitaines ou les officiers subalternes étaient aidés par toutes les influences locales dont ils pouvaient disposer. « Leurs pères, leurs femmes, leurs frères, les curés, les amis, tout était en mouvement pour leur procurer des hommes. On donnait de gros engagements, et les paysans, les fils de fermiers s'engageaient bien plus facilement dans la compagnie du seigneur de leur village ou de son fils, parce qu'ils étaient sûrs d'être soignés s'ils étaient
1 Revue de 176."». Arch. de la guerre, adm., 3684. — Eu 1780, M. de Meslé n'ayant fait qu'un homme, paiera 100 f. pour le second qu'il n'a pas fait. (Ibid. Reg. 3716). — En 1713, le régiment royal a 1360 hommes à la revue; il en a 200 de recrues: il en arrivera au moins encore 1ô0. dit-on, lorsque les semeslriers auront rejoint. (Ibid.. Reg. 1436).
2 Lettre du roi au comte d'Harcourt, 8 déc. 1645. Recueil Gange, t. IX. — Le P. Du Cerceau fait dire à un officier, au début de sa comédie intitulée Les Incommodités de la grandeur :
0 ciel, qu'on a de peine à faire des soldais : J'ai beau chercher partout, j'y perds en lin mes pas Cependant le temps presse, et si ma compagnie Avant la fin du mois ne se trouve fournie C'en est fait, Carmagnole, et me voilà casse.
Carmagnole.
Et comment faisiez-vous, Monsieur, par le passé.
Va LE RE.
Les choses allaient mieux ; j'en trouvais; mais tout change.
malades, et de pouvoir être renvoyés lorsqu'ils étaient nécessaires à leur famille, en se remplaçant par un autre homme » *. Mais la tâche des officiers n'était pas toujours facile; elle était parfois onéreuse; il leur était nécessaire de recourir souvent, non seulement à une publicité coûteuse, mais à la violence 2 ou à des moyens de séduction qui n'étaient pas toujours conformes à la stricte morale 3.
A défaut des officiers en semestre, on s'adressait à d'autres officiers, à des sergents ou à des hommes qui faisaient du recrutement une profession. Bassompierre trouve des capitaines qui lui fournissent des hommes à un écu par tête ; il a recours aussi aux magistrats municipaux de Bar~le-duc qui lui procurent six cents hommes, au même prix 4. Les régiments avaient aussi des sergents et des officiers, dont la seule occupation était de leur chercher des hommes. Un colonel écrivait : « J'ai fait faire officier à la suite d'un régiment un nommé Denisot, à la condition qu'il m'enverrait des recrues. Il n'y a pas manqué, et même en 1760, j'avais deux hommes déplus que le complet 5. » On s'adressa même à des sortes d'entre-
1 Mém. de 1788. Arch. de la Guerre.
2 Le capitaine, étant contraint de recrutera quelque prix que ce soil, fait le petit tyran dans sa province en enlevant des hommes par force. (Mémoire du chev. de Romainval, 17C9. Recueil Cangé, t. IX.)
3 Le Soldat citoyen, 1780, p. 59.
4 Bassompierre, Mém., t. II, p. 165, 166.
r° Mém. du comte de Melfort. Arch. de la Guerre, Doc. gén., cart. I.
preneurs, comme le sieur Agobert, « qui fournit, diton, des recrues de la plus mauvaise espèce ». On trouvait aussi des auxiliaires en dehors de l'armée. En 1713, des archers de robe courte et des recors de justice menaçaient des jeunes gens de les faire porter pour déserteurs, les mettaient en prison et les vendaient à des capitaines, « moyennant des sommes considérables ». Encore en 1781, nous trouvons un charpentier qui fait signer un engagement irrégulier pour le compte d'un officier '.
Si l'on cite des recruteurs qui opèrent ainsi dans l'ombre , qui dissimulent même leur uniforme sous un travestissement, si d'autres s'en vont chercher clandestinement des recrues pour les régiments étrangers, faisant des offres proportionnées à l'apparence et à la taille des jeunes gens 2, la plupart agissent au grand jour. Ils courent de village en village, de ville en ville, fréquentant les marchés, les foires, les promenades publiques; les uns avec des violons , « payant des extras et faisant des faux frais dans les cabarets 3, » les autres plus nombreux, battant la caisse aux carrefours, par l'ordre des gouverneurs et avec l'autorisation du maire. Si un maire veut leur refuser l'entrée d'une promenade , le colo-
' Mémoire de 1788. Arch. de la guerre. — Archivesde l'Aube, C. '271 . - Règlement de 1778. — Mercier, Tableau de Paris, t. X, p. 273. 3 A Paris, joueur de violon, pour 3G journées à 12 sous. Comptes d'un recruteur en 1759. Archives nalionales, K. 1981.
nel réclame. « Dans tous les temps et dans tous les lieux, écrit-il, les recruteurs ont l'entrée de tous les lieux publics. Ce n'est que dans ces endroits-là où ils font le plus de recrues1. » Après un roulement de tambour, ils portent la main au chapeau, promettent « de par le roi » une somme d'argent à qui veut s'enrôler. — ■ Argent comptant sur la caisse, ajoutentils, et ils font sonner des sacs d'écus aux oreilles , en disant : Qui en veut? — L'appel bruyant par le tambour, qui fut renouvelé sous la Révolution , attirait la foule et réussissait comme en 1636, où les crocheteurs de Paris allaient toucher dans la main du maréchal de la Force, en lui disant : « Oui, Monsieur le maréchal, je veux aller à la guerre avec vous2. »
Au dix-huitième siècle, où l'instruction était plus répandue, on eut aussi recours à d'autres moyens de publicité, tels que l'affiche et lavis imprimés. Quelle curieuse affiche que celle où le capitaine de Richoufz invite « la belle jeunesse » à « prendre party » dans le régiment d'artillerie de La Fère. Quelle perspective de plaisirs il fait miroiter aux yeux des jeunes gens assez naïfs pour prendre au pied de la lettre le tableau de la vie qu'on mène dans ce régiment. « L'on y danse trois fois la semaine, dit-il, on y joue aux battoirs deux fois, et le reste du temps est
1 Lettre du chevalier delà Voulte, 1774. Arch. de l'Aube, C. 1065. Le règlement de 1778 interdit rentrée de l'Hôtel-Dieu aux recruteurs.
2 Caillet, L'Administration sous Richelieu, t. II, p. 133.
LE RECRUTEMENT. i7
employé à faire des armes. Les plaisirs y régnent; tous les soldats ont la haute paye ; bien récompensés de places de gardes d'artillerie, d'officiers de fortune, à 60 livres d'appointements. » Et l'on ajoute : // faut s adresser à M. de Richoufz, en son château de Vauchelles, près de Noyon en Picardie. Il récompensera ceux qui lui amèneront de beaux hommes l. A Paris, on distribuait ou l'on affichait le placard suivant, qui s'adresse surtout aux instincts guerriers des jeunes gens :