OF OXFORD
A M. ALEXANDkE DUMAS f'iLS
Lorsque des malheurs pareils à ceux que la France a subis, il y a déjà près de cinq ans» accablent un pays, chacun doit^ ce me semble, faire son examen de con« science et se demander, avec un certain tremblement, s'il n'a pas été pour quelque chose dans la ruine ct)mmune» Il me parait que bien des auteurs dramatiques , de ceux qui ont recherché le succès en flattant la foule ^ doivent en être là à cette heure. N'ont-ils pas fait du théâtre, si je puis dire, un ammoirvnU gaire, et, là où ils pouvaient enseigner, moraliser, prouver, combattre, n'ont-ils pas seulement caressé la dépravation publique et courtisé la cohue triomphante?
Vous ti'ôteô pas de ceux-là, mon cher maître, et c'est pourquoi je tiens à vous dédier ce livre. Vous y trouverez des idées qui ne seront pas toujours les vôtres, mais vous y rencontrerez ce fond commun à
VI DÉ;)ICACE.
tous les gens qui aiment leur pays, qui voudraient le voir honnête et fier et qui souffrent de le voir tomber. Entre tous, vous avez dit d'une voix mâle la vérité à cette nation, devenue sourde aux derniers temps de l'Empire, et demeurée sourde aux premiers temps de la République. On pouvait vous reprocher jadis d'avoir poétisé cette vision de jeunesse, Marguerite Gautier, la Dame aux camélias. Depuis, on n'a pu qu'applaudir à tout ce que vous avez lente de viril et de nouveau, à ces drames de passion cruelle et à ces pages de morale pratique que vous appeliez simplement des préfaces à vos pièces , et qui étaient des œuvres et — sans jouer sur les mots — des ojctes.
Actes non sans courage et tels qu'on les attendait de vous. Vous avez, hélas! prédit l'effondrement, la désagrégation de cette société qui chancelait. Vous voulez la raffermir et la refaire. Je le* veux comme vous, vous par les mœurs, moi par la liberté. Celle-ci engendre celles-là. Un pays libre a des mœurs pures. Donnçz-nous donc, pour remettre à son rang ce théâtre, qui, lui aussi, a besoin de se rajeunir, donneznous encore de ces œuvres qui font quon retrouve, avec tout son esprit, sa verve, sa causticité spéciale, ce vieil esprit français réfugié au bout de quelques plumes, œuvres qui font songer aux grands aïeux, aux Regnard et aux Reaumarchais, et qui font dire, comme les Alsaciens après un repas : En voilà un, du moins, que les Prussiens n'auront jamais !
DÉDICACE. Tll
Je suis heureux de mettre votre nom en léte de ces pages, non qu'elles soient dignes de vous, mais parce que ce m'est une occasion de vous redire et mon dévoueirient, mon cher maître, et mon amitié.
Jules GLARETIE.
5 février 1875.