‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 126 sur 196 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

à rétendue de la production. D'où il faut conclure, à l'égard des ouvriers qui chôment, qu'en diminuant la production, ils diminuent la somme de leurs salaires'.

Voici une statistique bien digne de fixer l'attention des ouvriers qui seraient tentés de contracter l'habitude du chômage du lundi. On a calculé qu'un ouvrier qui, depuis l'âge de seize ans jusqu'à celui de soixante, occuperait avec un salaire moyen sa journée du lundi, aurait acquis, en parvenant à sa soixantième année, un capital de 15,000 francs, c'est-à-dire la sécurité de sa vieillesse.

M. Audigane, poussant plus loin le calcul, a évalué ce que le chômage du lundi peut occasionner de pertes à la production nationale. Il estime que si, sur 100 ouvrier, ils s'en rencontre 10 qui perdent volontairement un jour par semaine, ce serait, sur une population ouvrière de 1,800,000 individus occupés en France au travail industriel, une perte de 9,360,000 journées dans l'année. En estimant ces journées à 3 francs, on voit quelle serait l'importance du préjudice. Si l'on y ajoute encore une dépense moyenne de 6 francs dissipés par l'ouvrier pendant lajournée de chômage, on trouve, en multipliant le nombre des journées perdues par 9, que

1 M. Leroy-Beauliku, dans son livre sur VÉtat moral et intellectuel des populations ouvrières , présente des considérations analogues.

le préjudice réel causé à la population ouvrière se chiffrerait par une somme totale de 84 millions de francs.

Le bilan est ainsi fait des résultats comparatifs du repos du dimanche d'une part, du préjudice occasionné de l'autre par le chômage du lundi. Là, un réjouissant tableau de santé physique, de vie morale, de joies et de satisfactions au sein de la famille ; ici, une œuvre de destruction de la santé, un agent de démoralisation, une source funeste de désunion et de ruine.

Dans ce conflit du bien et du mal, beaucoup ont été tentés de faire appel à l'autorité des lois. Assurer législativement le respect du dimanche est une œuvre légitime s'il s'agit de protéger la liberté de l'enfant, de garantir son instruction, son éducation morale. La loi serait excessive si l'on prétendait atteindre la liberté individuelle de l'ouvrier.

Attendons des effets plus sûrs du progrès des mœurs. Au gouvernement, à l'administration adonner d'en haut les exemples qui frappent le plus ; il est si facile de stipuler, pour les travaux publics mis en adjudication, le respect du dimanche dans les cahiers des charges de tous les entrepreneurs. Que les grandes compagnies industrielles à leur tour y veillent; que les patrons enfin soient astreints à ne point employer, le dimanche, d'enfants dans leurs ateliers. Voilà dans quelle juste mesure la persuasion de

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