CHAPITRE XIV
L'influence des mauvaises mœurs sur la condition de l'ouvrier.
— Le libertinage. — Les unions irrégulières. — Les mariages à trente sous. — Les sociétés de Saint-François-Régtî
— La dot des ouvrières.
La pureté des mœurs est commandée à tous les hommes par les préceptes de la morale et de la religion. A ceux qui vivent péniblement du travail Tintérêt personnel la recommande à son tour.
La bonne conduite, la vie régulière exercent sur les habitudes de prévoyance et le bien-être de la famille ouvrière une action dominante. En sens inverse, l'imprévoyance, l'inconduite, les dissipations folles sont la conséquence immédiate des mauvaises mœurs. L'aisance de l'ouvrier, son bien-être en sont compromis; la misère alors guette sa proie. Combien d'ouvriers dans les grandes villes cèdent à de funestes entraînements. Combien d'entre eux, au lieu de rechercher, par les liens du mariage, une compagne honnête et digne, restent dans le célibat pour s'affranchir des charges et des devoirs du père de famille. Ceux-là établissent vite des relation avec une femme que le hasard de la rencontre ou la
communauté du travail dans le même atelier leur a fait connaître; ils vivent avec elle et tombent dans le concubinage. Bientôt cet état leur impose des charges, des amertumes et les assujettit à un joug que la vie de famille, même dans ses plus pénibles épreuves, ne leur eût point réservé. La chaîne ainsi rivée est difficile à rompre, elle pèse chaque jour davantage ; pour en supporter le poids et dissiper ses ennuis, le malheureux qui la traîne se plonge dans Tintempérance et les dépenses ruineuses, s'il n'y est poussé déjà par Texploitation et les goûts dégradants de celle avec qui il vit. Enfin quand, las de cette existence, l'esclave veut secouer le joug, la vie n'est plus tenable, les scènes de violence se renouvellent chaque jour et, si la chaîne se brise, il est trop tard. L'homme, robuste et intelligent jadis, ne retrouve plus en lui-même, en face de l'isolement, de l'abandon, de la déconsidération, qu'une constitution usée et un caractère avili.
En dépit des leçons de l'expérience, l'ouvrier s'abandonne trop souvent à ses goûts ou à ses passions. Il n'est point, hélas! défendu contre les faiblesses de la nature par les sentiments de réserve et de respect humain, qui retiennent, à défaut de la conscience du devoir, les hommes des classes élevées. Isolé, éloigné de sa famille, sans relations d'amitié, sans foyer, l'ouvrier, c'est là son excuse , recherche moins quelquefois dans le concubinage la satis-