‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 129 sur 196 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

faction de passions brutales qu'il ne fuit la solitude. C'est la compagne qu'il veut trouver dans la femme avec laquelle il se lie. Quelques-uns même cherchent en elle une associée pour soutenir temporairement les charges de la vie. Le concubinage devient alors un calcul. «C'est ainsi, d'après Vilîermé, que l'on voit les ouvriers tailleurs doués d'une certaine habileté dans leur état vivre fréquemment avec une femme qui les aide dans leur travail; elle leur coûte moins cher qu*un apprenti ; ils spéculent sur ces compagnes qu'ils sont libres d'abandonner quand il leur plait ' » .

L'enquête de 1872-1875 signale, dans plusieurs régions industrielles, desconditions analogues d'existence parmi les ouvriers de divers états.

Les unions illicites sont sans doute un vice inhérent à toutes les classes de la société ; aucune n'en est entièrement pure. Ce que nous constatons ici, ce sont moins encore les égarements et les fautes des passions humaines que l'habitude acquise, le parti pris avoué et souvent calculé de vivre hors des liens du mariage avec une femme qui aide aux soins du ménage, sans accepter les charges de la famille. Une clause tacite flgure, d'un commun accord, au contrat arrêté entre les deux parties. L'incompatibilité d'humeur se produisant, ce qui ne laisse pas

1 La même observation est relevée par M. Le Play dans ses études sur les Ouvriers des Deux-Mondes.

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d'être fréquent, chacune d'elle reprend sa liberté.

Peu d'enfants naissent de ces unions où la stérilité est érigée en système; ce n'est point là Tune des moindres causes de la diminution générale de la population.

L'énormité du chiffre des unions irrégulières est cependant dénoncé, en dépit des mystères de l'infécondité, par celui des naissances illégitimes :

D'après la statistique établie par un économiste distingué, M. Cadet, le nombre annuel des naissances hors mariage, comparé, pour les vingt-sept années écoulées de 1841 à 1867 inclusivement, à celui des naissances légitimes, donne le résultat suivant :

Naissances légitimes . . 25,200,503. Naissances illégitimes . . 2,077,135.

Ce qui fournit, selon l'origine respective des enfants, la proportion de 1 enfant naturel sur 12,16 légitimes. Le nombre des enfants nés hors mariage tendant à s'accroître, la moyenne indiquée a été dépassée depuis 1866. On compte actuellement une naissance illégitime sur 11,66 légitimes.

Il est avéré que les grandes agglomérations urbaines favorisent dans des proportions considérables les unions illicites.

A Paris, le nombre des naissances illégitimes s'élève à 26,62 pour 100, soit plus d'un quart de la totalité des naissances. Si l'on établit d'ailleurs

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