‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 132 sur 196 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

nages irréguliers s'empressèrent do faire régulariser leur situation. L'esprit parisien ne pouvait perdre une si belle occasion de raillerie, même au milieu des plus terribles épreuves; le peuple des faubour<!S appela plaisamment les unions ainsi légitimées les « mariages à trente sous ^ .

L'initiative individuelle des chefs d'industrie accomplit avec ardeur et persévérance la même œuvr^ de réforme et de moralisation : la compagnie d'Anzin, par exemple, donne des secours aux conjoints irréguliers qui consentent à sortir de cette position par le mariage; les ouvriers vivant en concubinage sont au contraire privés du chauffage accordé à chaque ménage. Les directeurs de la Compagnie usent en outre de toute leur influence morale pour décider les ouvriers au mariage, quand des enfants sont nés de leur union illégitime.

Dans beaucoup de grandes villes, à Paris, à Lyon, à Lille, à Bordeaux, à Nancy, etc., une association charitable ayant pour but la propagande du mariage a été fondée sous le nom de Société de Saint- François-Régis. Les résultats ne se sont point fait attendre. On a bien vile constaté qu'il ne fallait point de grands efforts pour déterminer les ouvriers, vivant en concubinage, à reprendre une vie morale et régulière.

Ainsi, à Lyon, dans ces dernières années, la Société de Saint-François-Régis a fait contracter plus

de sept cents mariages. Les membres de cette société ont maintes fois remarqué que les unions irrégulières étaient plus souvent le fait de l'ignorance et de l'indolence pour se procurer les pièces nécessaires au mariage que celui du désir de mal vivre. Généralement les oÊTres d'intervention sont accueillies avec empressement*.

Les sociétés de Saint-François- Régis pourvoient aux dépenses des mariages au moyen des cotisations de membres actifs ou honoraires et du produit de quêtes et dons particuliers. Dans certaines villes, à Lyon et à Lille, par exemple, les services rendus par ces sociétés ont été si bien reconnus, qu'elles reçoivent une subvention sur les fonds du département et de la municipalité. On exprime généralement dans les enquêtes le vœu que ces subventions soient élargies et étendues à toutes les associations organisées en vue de la régularisation des mariages. Ces œuvres influent si directement sur la constitution de la famille, sur la moralité de la femme, sur l'avenir des enfants au sein des populations laborieuses, qu'elles n'appartiennent plus seulement, selon une heureuse expression, « au domaine de la charité chrétienne, elles deviennent des institutions sociales^ » .

* Rapport de la chambre de commerce de Lyon. Enquête de 1872-1875.

2 Tableau des résultats présentés depuis sa fondation , de 1826 à 1869, par la Société de Saint-François-Régis :

II n'est point fait, dans ce tableau , de divisions profession-

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