‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 34 sur 196 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les lois de protection du travail sont confondues en Prusse avec celles de l'instruction. Des inspecteurs et des comités locaux exercent une active surveillance sur les enfants. Les lois du 9 mars 1839, celle du 16 mai 1853, celles enfin de 1868, y ont pris les plus minutieuses dispositions : le progrès moral et intellectuel des jeunes ouvriers, le soin de leur santé, l'hygiène des ateliers, le repos hebdomadaire ont tour à tour été l'objet de la sollicitude des législateurs allemands.

Ces exemples venus de l'étranger, joints au souvenir de nos derniers malheurs, nous montrent quelle formidable puissance peuvent acquérir les nations qui confient à l'éducation des générations nouvelles leur grandeur et leur avenir. Par un douloureux contraste, ils nous amènent à envisager, dans la réalité des faits et sous des couleurs que nous ne chercherons pas à assombrir, la condition générale des enfants d'ouvriers en France.

L'état moral de l'enfance ouvrière, en l'absence d'une protection légale, sérieuse et efficace, présente nécessairement un tableau peu favorable. Si l'on consulte, en effet, la statistique criminelle publiée par M. le garde des sceaux, pour l'année 1872, on voit que sur 4^,189 accusés de crimes, on compte 698 enfants ou adolescents de moins de 21 ans; que sur 170,184 prévenus de délits correctionnels, on compte 4,163 jeunes garçons et 749 jeunes filles de

moins de 16 ans; 19,265 jeunes gens et 2,394 jeunes filles de 16 à 21 ans. Beaucoup ont été acquittés ou rendus à leur famille; mais les établissements pénitentiaires ne contiennent pas actuellement moins de 6,633 jeunes détenus.

La proportion des enfants ou jeunes gens des deux sexes appartenant à Tindustrie figure dans ces annales de la criminalité pour une moyenne de 45 pour 100. Elle n'est point, on le voit, en rapport avec la différence existant entre le chiffre de la population des villes et celui de la population des campagnes.

Un autre document trouve ici sa place; nous l'empruntons à l'enquête sur l'insurrection du 18 mars\ Ce document porte l'indication du nombre des enfants arrêtés dans les événements de la Commune ; on l'évalue à 651, dont un tiers âgés de 7 à 14 ans. 493 de ces enfants ont été remis à leurs parents et 87 ont été poursuivis. C'étaient pour la plupart ou des apprentis ou de jeunes ouvriers des ateliers parisiens.

Le rapporteur de l'enquête s'émeut de cette précoce dépravation ; il attribue l'égarement de ces enfants à la fermeture des ateliers et à l'excitation de patrons criminels. On serait également dans la vérité en élevant la question et en se demandant si

* Annales parlementaires. Rapport sur l'insurrection du 18 mars 1871, t I", p. 313.

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