‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 103 sur 455 · JOSÉPHINE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE

D'après le pastel de Pierre Prud'iion. — (Collection du duc de Trévise.)

citoyen d'Hauterie jouera don Juan avec toute sa garderobe. — Premier acte, habit, veste, culotte en satin vert-pomnie brodée en or et en diamant. Deuxième acte, qui se passe à la campagne, habit gorge de pigeon doublé de saumon, avec la veste gris de souris effravée. Quatrième acte, habit mordoré pour recevoir le romniandanf, avec la

BAPTISTE CADET DU THEATHE-FHANÇAIS.

Rôle do Perrin Dandin dans les « Plaideurs ».

Paul-Ëustacho Ausoimo, dit Baptiste Cad(>t, naquit ea 1765 à Grenoble et mourut le 31 mars 1839. Il excella dans les rôles comiques. Ses débuts datent de 1793.

veste de toile d'argent, jabot et manchettes en dentelles de Flandre. Faites voir l'habit du quatrième acte! Cinquième acte, il serepent, tout en

velours noir! etc. »

Le père de Malaga excellait à faire le boniment. Il apportait dans l'exercice de ces fonctions une dignité et une conviction qui étaient d'un puissant effet sur le public en plein vent. Après avoir détaillé aux spectateurs les merveilleux exercices qui leur seraient offerts, le vénérable orateur achevait son discours en ces termes :

t Maintenant, messieurs, nous allons vous présenter la jeune Malaga elle-même, et vous pourrez vous assurer par vos propres yeux que sa beauté n'est pas une chimère! paraissez, jeune Malaga! » Mais n'oublions pas M"* Rose, dont la gloire est intimement liée à celle de Malaga. Ces deux charmantes danseuses partagèrent les faveurs de la foule au théâtre des Patagoniens et au specta- ^ cle nommé le théâtre de la

jeune Malaga. Rose avait un brillant, une désinvolture, un humour inimitables.

Nulle danseuse n'a porté plus follement les habits de soie bariolés, les tresses pendantes ornées de |)ièces d'or et le beau collier de verre des femmes vénitiennes.

Nulle n'a su se renverser avec plus de grâce en faisant chanter les mille clochettes du tambour de basque. Rose était une habile danseuse; mais elle fui avant tout une funambule comme Malaga, et toutes les planches du monde ne valaient pas à ses veux une bonne corde tendue. A elles deux, elles formaient un tout complet et charmantqui satisfaisait à la fois l'esprit et les sens, comme autrefois la Camargo et M"" Salle, comme depuis Fannv Essler et Marie Taglioni, comme depuis aussi la Cerrito et Lucile Grahu.

M"* Rose a renouvelé et rajeuni les célèbres exercices de la belle tourneuse y qui ont fait tant de bruit en leur temps, et elle a pour un moment hérité de son surnom. Voici comment les contemporains racontent les exercices de la belle tourneuse : t Elle avait, disentils, un air très imposant et très noble. Elle s'avançait seule sur le théâtre et dansait d'abord une sarabande :

puis elle demandait des épées de longueur aux cavaliers, et s'en piquait trois dans le coin de chaque œil. Alors elle s'enlevait avec une vigueur inouïe, et tournait pendant un quart d'heure au moins avec une rapidité telle que les yeux en étaient éblouis et fatigués. » M. Bonnet ancien, payeur de gages du Parlement, qui dédia en 1723 au duc d'Orléans une Histoire générale de la Danse sacrée et pi'ofane, suivie d'un parallèle entre la peinture et la poésie, s'exprime en ces termes au sujet des exercices de la belle tourneuse : « J'aurais cru que ces danses auraient été surnatu-

PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE

relies, si l'abbè Archambaut, qui a beaucoup d'érudition, ne m'avait fait souvenir qu'elles tiraient leur origine de la danse sacrée des Sa-

SAIXT-FAL DANS l' « ABBÉ DE L ÉPÉE ». (KaU'forte de DiiplessiBcrtaux.)

liens, prêtres de Mars, instituée cbez les Hoiiiuins, que j'ai rapportée en son lieu; comme colle des Suisses, qui se fait au bruit et au cli(|uetis des sabres, tire son origine de la danse pvrrhique. '^

Non seulement M"' Rose exécutait comme la belle tourneuse le tour des épées, mais elle allait jusqu'à tourner plus de vingt minutes sur cllomême en posant la pointe des épées sur sa gorge ou dans ses narines.

A cette époque, Rose était le sujet de toutes les conversations; et sa camarade Malaga était

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