‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 135 sur 455 · L INCENDIE AU BAL DT PRINCE DE SGHWARTZENBERG · texte numérisé non relu

L INCENDIE AU BAL DT PRINCE DE SGHWARTZENBERG

D'après une gravure de l'époque. — (Colieclion du prince Roland Bonaparte.)

de la salle et pour parler aux dames, rangées sur des banquettes de velours. L'Impératrice, qui savait dire peu, acheva bien vite sa tournée; elle revint vers le trône sans y monter, cependant elle s'arrêta au bas de l'estrade pour causer avec le prince Kourakine. L'Empereur continuait sa tournée, il était gai, et il se mit à causer atTectueusement avec la princesse Pauline de Schwartzenberg, qui profita de ce moment pour lui présenter ses filles. Ce fut alors qu'une draperie de mousseline du péristyle de la salle du bal, poussée par un vent léger, frappa contre une bougie qui l'enflamma. Le comte Dumanoir, chambellan de l'Empereur, et plusieurs autres avec lui se précipitèrent pour éteindre cette draperie, ils n'y parvinrent pas;

enfin Leurs Majestés furent dégagées à temps, et l'Impératrice ramenée à l'Élysée-Bourbon. Napoléon, après avoir mis sa femme en sûreté, revint à bride abattue aux lieux où s'accomplissait la plus affreuse des catastrophes.

Le feu s'était propagé avec la rapidité de l'éclair, dans un édifice construit en bois et autres matériaux propres à en augmenter l'intensité. Heureusement presque tout le monde put sortir de la salle embrasée. II y eut pourtant de nombreuses victimes, et beaucoup plus que n'en avouèrent les rapports officiels. La vivacité de la flamme fut telle que la reine de Naples, qui marchait à la suite de l'Empereur, étant tombée, ne fut sauvée que par la présence d'esprit du grand-duc de Wurtzbourg;

le roi de Westphalie et le comte de Metternich emportèrent dans leurs bras la reine Caroline, tant effrayée qu'elle en avait perdu la tête, qu elle poussait des cris horribles en se débattant contre ses sauveurs, comme s'ils l'eussent entraînée pour la précipiter au milieu des flammes.

Le prince Kugéne, craignant d'abord de blesser sa femme et ne voyant pas le péril aussi imminent, était demeuré avec elle au fond de la salle, espérant sortir à temps; mais cette voie de salut ne larda pas à lui être fermée. La chute des lus-

vert de contusions et de brûlures; il fut plusieurs mois dans un état qui fît craindre pour sa vie.

Le jardin, vaste et bien éclairé, offrit pendant une demi-heure le spectacle déchirant des pères, des mères, des enfants appelant leur époux, leurs filles, leur famille. On s'embrassait avec transport en se retrouvant ; on se jetait avec désespoir sur des cadavres mutilés: les hurlements de la douleur se faisaient entendre, accompagnés d'horribles gémissements. Le contraste était épouvantable entre les décorations brillantes du jardin, le

LA COLÈRE DACHILLE.

Prix de Rome. Premier grand prix de peinture en 1810. — Tableau de Michel Martin Drollinu.

(École des Beaux-Arts.)

très lui coupa le passage, la mort était sous les yeux, sa femme était perdue; par bonheur il avait aperçu dans la soirée une issue pratiquée près du trône, et qui communiquait avec l'intérieur de la maison ; il la cherche précipitamment, la trouve, et emporte son Amélie tout éperdue.

Le prince Kourakine, peu accoutumé à faire quelque chose par lui-même et complètement abandonné par ses officiers, prit sa course pour se sauver par la porte principale. Il eut le malheur de trébucher contre des lustres brisés, qui obstruaient déjà l'entrée, et de tomber sur les marches de l'escalier. Nul ne songea à le relever; il ne put y parvenir lui-même ; la foule lui passa sur le corps ; on le trouva sans connaissance, cou-

pétillement des flammes, les cris des mourants et le désordre inévitable d'un pareil désastre. Des familles entières restèrent dans les décombres, quelques-unes n'eurent à défdorer que la perte d'un ou deux de leurs membres.

Le prince Joseph de Schwartzenberg passa toute la nuit à chercher sa femme, qui ne se trouva ni chez son frère l'ambassadeur, ni chez la comtesse de Metternich. Il doutait encore de son infortune, lorsque au point du jour on trouva sous les décombres un corps défiguré que le docteur Gall reconnut pour être celui de cette malheureuse mère. Les bijoux qui restaient encore à son cou et à ses bras achevèrent de donner une certitude fatale. La princesse Pauline était fille du prince

PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE

SM

d'Aremberg, sénateur, avail huit enfants et était sur le point d'en avoir un neuvième. Elle était aussi distinguée par les grâces de sa personne que par les qualités de son esprit et de son cœur. L'acte qui lui a coûté la vie fut le comble du dévouement maternel. Sa perte fit couler des larmes bien amères.

La princesse de Laleyen mourut peu de jours après, ainsi que la femme du consul de Russie et la baronne Toussard. D'autres personnes des deux sexes périrent également des suites de leurs blessures. Dix minutes avaient sufïi pour produire une conflagration générale.

L'Empereur resta jusqu'à trois heures du matin au milieu des travailleurs et des pompiers, veillant par lui-même, ce que la police n'avait su faire auparavant. On le loua généralement de la sensibilité qu'il avait montrée en cette circonstance. Marie-Louise pleura beaucoup la mort de la princesse de Schwartzenberg.

Mille bruits sinistres devinrent la conséquence de cet événement; on osa supposer que le feu avait été mis à dessein par des étrangers, pour faire périr Napoléon et sa famille. On attribua tour à tour ce crime imaginaire à l'Anglelerre. à la Prusse, aux Espagnols et même à l'Aulriche. Le lendemain ce fut une affliction universelle: la société se trouva frappée dans plusieurs de ses membres. Cette pauvre princesse de Lalevenî je

Chapeau garni de peluche, plumes assorties.

Canezou de velours.

(D'après U Costume parisien de 1810.)

LE VIELX PARIS.

Quartier de la place Vendôme. Hôtel de Rothschild, rue Saint-Florentin.

Cet hôtel fut construit en 1767 par Cmalohin pour le duc de Saint Florentin; l'empereur de Russie en fil sa première résidence en 1814 et le prince de Talloyrand y est mort le 17 mai 1838. Il est habile aujourd'hui par le baron de Kothscbild, à qui il appartient. (Edm. Beaurepaire.)

l'avais vue deux jours auparavant chez la comtesse de Heauharnais, je ne pensais pas que c'était pour la dernière fois.

Duchesse d'Abrantès.

Transfert des restes du maréchal Lannes au Panthéon.

DANS les derniers jours de juillet, eut lieu la translation des restes du maréchal," de l'église des Invalides au Panthéon. A midi, toutes les autorités civiles et militaires sej rendirent à l'hôtel. Le corps fut transféré du dôme dans l'église, sous un catafalque formé par une grande pyramide d'Egypte, portée sur une estrade élevée, ouverte par quatre grands arcs, dont les cintres étaient entourés d'une guirlande de lauriers enlacés de cyprès Aux angles étaient des statues dans l'altitude de la douleur, représentant la Force, la Justice, la Prudence et la Tempérance. Cette pyramide était terminée par une urne cinéraire, surmontée d'une couronne de feu. Sur les faces de la pyramide étaient placées les armes du duc et des médaillons rappelant les faits les plus mémorables de sa vie, et soutenus par des génies en pleurs. Sous l'obélisque se trouvait le sarcophage renfermant le corps du maréchal; aux angles étaient des trophées composés de drapeaux enlevés sur les ennemis. Des candélabres en argent, et en très grand nombre, étaient fixés sur les gradins qui servaient d'estrade à ce monument.

tis

Les armes, les décorations, le bâton et la couronne'de lauriers du maréchal étaient placés sur le cercueil. Toute la nef et le fond des bas-côtés étaient tendus de noir avec encadrements blancs; les fenêtres l'étaient aussi . On voyait sur les draperies les armes, le bâton et le chiffre du maréchal.

L'orgue était caché par une vaste tenture qui ne nuisait pas ii la propagation de ses lugubres sons. Dix-huit lampes sépulcrales d'argent étaient suspendues avec des chaînes de même métal à lies lances terminées par des guidons enlevés à l'eniiemiSur les pilastres de la nef étaient fixés des trophées d'armes, composés de drapeaux pris dans les différentes campagnes qui ont illustré la vie du maréchal.

Le pourtour de l'autel, du côté de l'Esplanade, était revêtu d'une tenture de deuil; au-dessus étaient les armes du duc, fixées par deux renommées tenant les palmes de la victoire; au-dessous on lisait :

Napolkon a la mémoire du duc de Montebello, mort glorieusement aux diamps d'Essling, le 22 mai 1809.

Le Conservatoire de musique exécuta une messe composée des plus beaux morceaux de musique sacrée de Mozart. Aprésja cérémonie, le corps fut porté jusqu'à la porte de l'église et placé sur le char funèbre, orné de lauriers et de quatre faisceaux de drapeaux enlevés à l'ennemi. Il était précédé par un cortège militaire et religieux et suivi d'un cortège de deuil et d'honneur. Les maréchaux duc de Conegliano, comte Sérurier, duc d'istrie et prince d'Eckmûhl portaient les coins du poêle.

MÉDAILLE FRAPPÉE A L*OCCASION DE LA TRANSLATION DES RESTES ïi\i MARÉCHAL LANNES AU PANTHÉON.

(Musée de la Monnaie.)

Aux deux côtés du char, deux aides de camp du maréchal portaient deux étendards. Sur le cercueil étaient fixés le bâton de maréchal et les décorations du duc de Montebello.

Après le char venait le deuil et le cortège d'honneur : la voiture vide du maréchal, avant aux portières deux de ses aides de camp à cheval ; quatre voitures de deuil destinées à la famille du maréchal, les voitures des princes grands dignitaires, des ministres, maréchaux, colonels généraux, premiers inspecteurs. Un détachement de cavalerie. [)récédé de trompettes et de niusiciue à cheval, suivait les voitures et fermait la marche Une musique accompagnait les chants, toutes les cloches sonnaient et treize coups de canon étaient tirés par intervalles.

Arrivé à l'entrée de l'église souterraine de Sainte -Geneviève, le corps fut descendu à bras par desgrenadiers décorés et blessésdans les mêmes batailles que le maréchal. L'aumônier de Sa Majesté roinit le corps à l'archiprétre Le prince d'Eckmûhl adressa au duc de Montebello les regrets de l'armée, et le prince archichancelier déposa sur le cercueil la médaille destinée â perpétuer la mémoire de ces honneurs funèbres , du guerrier qui les recevait et des services qui les avaient mérités. Alors toute la foule s'écoula et il ne resta dans le temple que quelques anciens serviteurs du maréchal, qui honoraient sa mémoire, par des larmes quils versaient en silence, autant et plus que ce deuil public et cette imposante cérémonie.

(Mémo\re$ de Constant.)

JaoYicr.

±". — Décret ordonnant de placer sur le pont de la Concorde les statues de huit généraux morte sur le champ de bataille : Saint*Hilaire, Espagne, Lassalle, Cervoni, Lepëre, llervo, Colbert, Lacour.

12. — Napoléon donne au Corps législatif des dra* peaux pris & Marengo, Aultertitx et léna.

18. — Sentence de l'officialilé diocésaine de Paris déclarant la nullité (religieuse) du mariage de Napoléon avec Joséphine.

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