E SIKGE DE PARIS EN JS14 R K S I S T A N C E DE LA VILLETTE
D'après une gravure populaire. — (Collection (J. Hartmann.)
NAPOLÉON AUX TUILERIES LE 23 JANVIEa 1814. Gravure de Tépoque. — (Muaée Carnavalet.)
DKs le 1'^ janvier d814, Paris oiTre, avant l'heure, les symptômes de la fièvre obsidionale. Personne n'en est exempt, pas même l'empereur. Aux réceptions du jour de l'an, dans la salle du trône, ses éclats de colère attestent son état d'àme. Naguère il tenait le Corps législatif à ses pieds; aujourd'hui, voyant cette assemblée qui avait toujours été rampante et muette, redresser la tête et parler haut, il brise ces députés indépendants qu'il traite de factieux... tel Laine; mais il discute avec eux :
t Est-ce le moment de faire des remontrances quand 200.000 Cosaques franchissent nos frontières?
Vous aurez la paix dans trois mois ou je périrai ! »
Cette paix, toujours promise, combien de fois ne l'a-t-il pas signée, au cours de son règne, pour la rompre aussitôt ! Les levées d'hommes par cent mille à la fois avaient été ininterrompues depuis 1812 ; de nouveaux décrets viennent d'en appeler d'autres milliers sous les armes. La France, épuisée par
ces saignées, est en outre réduite à la misère. Les riches eux-mêmes sont dans la gêne. Il n'y a plus d'espèces nulle part. Qui en a besoin ne peut en emprunter qu'à des taux impunément usuraires. La rente est tombée à 50 fr. 50. On assiège le Mont-de-Piété. Tous les journaux étrangers qui pénètrent dans la capitale, malgré l'étroite surveillance faite aux portes, les placards et pamphlets répandus partout, les propos malveillants contre Napoléon, qui circulent dans les salons, dans les cafés, dans les foyers de théâtre,
quiétudes. La Bourse monte de plus de deux francs. Le 2 février, les craintes renaissent. Le Monitrur annonce que l'empereur bat en retraite. En un clin dœil la joie fait place à TelTarement. On court à la Banque convertir ses billets en or: à la préfecture de police 4,300 étrangers réclament leurs passeports en une seule journée. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas fuir s'approvisionnent à la hîUe en prévision du siège. Au Louvre, on emballe les tableaux du musée. Des fourgons, chargés du trésor impérial, stationnent
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autant de signes du temps. 11 semble que le mot prêté à Talleyrand est véridique : « c'est le commencement de la fin! »
En attendant, si quelques-uns en doutent, beaucoup cachent leur or au fond de leur cave. Le faubourg Saint-Germain, à qui la Qmtidienne promet chaque matin la prochaine entrée du comte d'Artois dans Paris, s'amuse aux épigrammes décochées par les beaux esprits.
Le 23 janvier, Napoléon reçoit aux Tuileries la garde nationale et lui confie l'impératrice et le roi de Bome. Le 25, à quatre heures du matin, il part pour l'armée.
Les nouvelles des succès remportés le 27 à Saint-Dizier, le 29, àBrienne dissipent les in-
dans la cour des Tuileries. Le il février arrive le bulletin de Champaubcrt. Une revue a lieu en ce moment sur la place du Carrousel. La foule rompt le cordon des troupes. Peuple et soldats s'embrassent. Le soir, dans tous les théâtres, un acteur lit le récit de la victoire; des tonnerres d'applaudissements interrompent presque chaijue mot.
A l'Opéra, tout les spectateurs, debout, frémissants, entonnent l'air d'Armide : t La Vic^ toire est à nous\ » Le lendemain, le surlendemain, pendant plus de six semaines, les journaux racontent les combats heureux de Montmirail, Château-Thierry, Vauchamps, Nangis, Montereau, Troyes. Les prisonniers
PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE
D'après une gravure du temps. — (Collection U. Hartmann.
défilent sur les boulevards, en haillons, la lôte nue, le visage hàlé. Leur dénuement réveille l'instinct charitable des Parisiens. Cependant les jours gras n'ont jamais été plus joyeux. On ne voit que masques en gaieté; on n'enlend que chansons. Celle de Dupaty, la Ronde de la Garde nationale, qui, faisant allusion au roi de Rome, se termine par le refrain « (iardons-le bien !» a un succès inouï. Tous les théâtres donnent des pièces de circonstance : à l'Opéra, c'est VOriflamme; à rOdéon, \es Héroïnes de Belfort ; aux Variétés, Jeanne Hachette; à l'Ambigu, Philippe- Auguste; à la Gaîté, Charles Martel: au Cirque français, le Maréchal de Villars ; à Feydeau, Baijard à Mézières.
Paris ne s'intéresse qu'aux bulletins. Tous les autres événements littéraires ou académiques lui sont indifférents La mort de Geoffroy et celle de Bernardin de Saint-Pierre passent inaperçues. On est tout entier à rivresse que font naître les défaites de Fennemi. Le directeur du musée, Vivant-Denon, est tellement certain du triomphe définitif de l'empereur qu'il fait graver la médaille de Champaubert.
Au vrai, Paris ignore la vérité. < Les Parisiens, dit un témoin, M. de Jouy, se croyaient à l'abri de la foudre quand l'orage grondait sur leur tête. L'ennemi était déjà aux portes
que les bulletins parlaient encore de victoire. » Le 27 février, toute la garnison, sous le commandementdu général Hullin, va remettre à l'impératrice, entourée des grands dignitaires et des ministres, les dix drapeaux que Ton vient de prendre à l'ennemi.
Le jour suivant, les boulevards qui la veille étaient embellis par les équipages brillants, offrent un tableau lugubre : on n'y voit passer que des soldats blessés, des fuyards qui ont quitté leur village, traînant avec eux leur pauvre mobilier sur des charrettes; quelquesuns ont sauvé une vache, un mouton, qu'ils font marcher au milieu de la voie; les paysannes mortes d'effroi s'arrêtent par intervalle pour raconter le désastre de l'armée française. Ces scènes se répètent si souvent que les badauds ne s'en alarment plus.
Le 30 mars, à quatre heures du matin, on bat la générale dans tous les quartiers de la ville. En un instant, Paris se rend compte de toute l'horreur de la réalité. Deux cent mille hommes s'avancent sur toutes les routes; une cavalerie innombrable couvre les plaines; six cents pièces d'artillerie foudroient les hauteurs. Pendant ce temps, comme depuis cinq mois on intrigue, on conspire, on tient des conciliabules de royalistes ou de traîtres à l'intérieur de la capitale, surtout à l'hôtel de la rue Saint-Florentin, qu'habite Talleyrand qui
médite de s'emparer de la régence dès que rimpératrice sera partie pour Blois. Ce départ résolu la veille, en conseil, a lieu à dix heures et demie du matin. Douze cents cavaliers et factionnaires de la vieille garde protègent ce convoi de berlines vertes et de fourgons. Aux Champs-Elysées, Marie-Louise maintient difficilement le roi de Rome qui crie et ne veut pas s'en aller: elle se penche hors de sa voiture pour regarder une dernière fois ce Paris qui bientôt ne lui sera plus rien.
en silence par la population ouvrière; dans la rue du faubourg Saint-Martin, on est muet ou hostile ; cependant, passé la porte Saint- Denis, on crie, mais sans enthousiasme.
€ Vive la paix! Vive Alexandre! » Ce n'est que lorsque les souverains s'avancent vers les quartiers élégants qu'ils sont acclamés. Les vivats sont poussés surtout par les femmes qui, aux fenêtres, d'où pendent des bannières blanches, agitent leurs mouchoirs. A la place de la Madeleine le tsar et le roi de Prusse,