LE BARBIER DE L ILE D ELBE
Caricature de 1815.— (Musée Carnavalet.)
NAl'ULEOX ET I.OllS XVllI.
CiricQUirc do l'éjtoque. — (Colleclion G. Ilirtmann.)
Les boulevards sont couverts d'une foule ininionse, impatiente de voir Tarniéc et le héros qui lui est rendu. Le petit nombre des troupes qu'on avait eu l'espoir insensé de lui opposer s'est rallié aux aigles. Sa Majesté l'Empereur a traversé deux
A LA DONNE HEURE ! C*£ST LA DONNE CELLE-LA. D'après une gravure des CeaUJours. —(Collection G. Hartmann.)
cents lieues de pavs avec la rapidité de l'éclair, au milieu d'une population saisie d'admiration et de respect... Ici des propriétaires se félicitent de la garantie réelle que leur assure ce retour miraculeux, bénissant révénement inespéré qui fixe irrévocablement la liberté des cultes; plus loin, de braves militaires pleurent de joie de revoir leur ancien général: des plébéiens, convaincus que l'honneur et les vertus seront redevenus le premier titre de la noblesse et qu'on acquerra, dans toutes les carrières, la splendeur et la gloire pour les services rendus à la patrie.
Tel est le tableau qu'offrait cette marche dans laquelle l'Iùnpereur n'a trouvé d'autre ennemi que les misérables libelles ([u'on s'est vainement plu à répandre sur son passage, contraste bien étraniic avec les sentiments d'enthousiasme qui éclataient à son approche.
P. S. — Huit heures du soir.
L'Empereur est arrivé ce soir, au jialais des Tuileries, au milieu des plus vives acclamations.
Au moment où nous écrivons.les rues, les places, les boulevards, les quais sont couverts d'une foule immense et les cris de : « Vive l'Empereur! » retentissent de toutes parts, depuis Fontainebleau jusqu'<\ Paris. Toute la population des campagnes, ivre de joie, s'est portée sur la route de Sa Majesté que cet empressement a forcée d'aller au pas.
{Journal des Débats, 20 mars.)
Le ministère des Cent Jours.
LK 20 mars 1815, vers les neuf heures du soir, à peine arrivé aux Tuileries, Napoléon me fit appeler. .le me rendis aussitôt auprès de lui. Après avoir traversé une biule immense qui remplissait les appartements, je parvins h son cabinet, où je surcédai à l'archichancelier. L'Empereur était seul : il me tendit affectueusement la main : « Oh. oh! mon cher, me dit-il, vous êtes bien changé! — Sire, on le serait à moins, lui répondis-je; mais je vois avec bonheur que la santé de Votre Majesté n'a pas souffert. — Ah çà! vous allez reprendre votre ministère? — Sire, vous êtes le maître de disposer de moi comme vous le voudrez; mais je désirerais que ce ne fût pas ])Our un poste auquel je ne conviendrais plus dans l'état présent des choses. La France est trop réduite, aujourd'hui, pour com- ])orter deux ministères pour les finances, et je ne pourrais me charger de la direction du service et des opérations du trésor public; Votre Majesté peut se raj)peler que je lui avais demandé d'en être entièrement débarrassé, dès la seconde année de mon atlministration. — Eh bien! je remettrai provisoirement le comte de Mollien au Trésor. — Avec cette condition, sire, je n'ai plus d'objection à faire à Votre Majesté : je la supplierai seulement de considérer qu'il y a plus de quarante ans que je travaille, que je vieillis, et
PARIS »OUS LA RESTAURATION
que. dans l'intérôt ])ii])lic. il importe <|u*olIe soiiiio à nie donner bientôt un sueersseinv — J'v penseserjii s«''i'ieiisenient. je vous !<' promets, lorsque nous serons sortis de nos embarras Aujourdliiii.
j'ai besoin que re soit vous qui me fassiez eonnaîlre la situation artuelle des finanres. qu<' j'ai perdu»^ de vu»' Vous av»*/ Tbabitudo drs lornu's qui me jdaisiMit et laeililent mon travail .resjièi-e ainsi me mettre pi'omptcment au rdurant 11 faut que vous prépariez en mémo temps le «ompte rendu et le budi'et à prrsmter aux Cbambrcs. et vous aurez |»robiîblement à nu' |M'0|)Oser vos vues sur les n)o\ens cxli-anrdinairrs dont nous aurons besniii pour assurer le service de la eampai:ne qu'il me faudra oiivi-ir. d*s que j'aurai teiininé la réori;anisati(t:j de l'iirmtMv Prenez «lès demain possession de votre ministère:
vous recevrez v<dre nominatinu eette nuit. »
Puis, après une pause et un moment de silence. l'Empereur ajouta : « Mais (|ui mettronsnous au ministère des affaires étrangères? Je ne suis pas encore fixé pour ee département. »
Je me rappelai alors un ouvrai'e sur la situation des divers Etats de l'Europe, qui avait été puMie vers le milieu de 181 i. (pie j'avais lu avec beaucoup d'intérêt et dont l'auteur m'était personnellement ineonnu Je lui en parlai comme d'un bomme qui m'avait paru d'un mérite distin^^ué Cet bomme était M le baron Hijjnon.
« Mais, répliqua Napoléon, n'y avait-il pas bien des injures contre moi dans son ouvraij^e ? — Peut-être un peu, sire, et apparemment comme passeport pour tout le bien qu'il n'avait pas pu se dispenser de dire de Votre .Majesté. — Mais vous, ajouta-t-il en souriant et en me |»inçant la joue, vous n'avez pas eu besoin dv pn-saeport, vous ! »
Et ici l'Empereur faisait allusion aux Observations que j'avais publiées en 181i. et qui, sans que je le susse, lui avaient été envovées à l'île d'Elbe.
« Ob ! mais aussi, repartis-je.
ma position n'était pas la même.
Je n'ai pas écrit spontanément:
il s'agissait de justifier le gouvernement de Votre Majesté, ainsi que mon administration person-
LE NOL-VEAU iFA
irii-aliiro do C- nl-Jours.
DE D A se ILE
— (iMu>ée (arnavali't.)
MA TANTE HIHEIHETTE.
Caricature de IM-i. — (MiisOe Carnavulel.)