DE MUSSET EN
FAIT. — (Musée Carnavalet.)
PARIS SOUS LA RESTAURATION
lui, et qui se trouvait malade. Les porteurs étaient dans l'usage de conduire la dame Lavalette jusque dans la cour de la (ionciergerie; mais le 20 décembre elle descendit dans la cour du palais, et s'achemina à pied vers la grille de la Conciergerie, Benoît Bonneville, son valet de chambre, avant dit aux porteurs de s'arrêter, que madame ee trouvait assez forte pour achever, à pied, le trajet qui lui restait à faire. La cliaise fut rangée par ceux-ci vers le mur du palais de Justice. On en retira un coussin recouvert en taffetas vert, et un paquet assez volumineux, de forme irrêgulière, qui paraissait renfermer des bouteilles de vin. Ce paquet, ainsi que le coussin et un sac
spécialement préposé par le concierge à la garde et au service de Lavalette, lui servit un dîner qui fut partagé par la dame et la demoiselle Lavalette, et par la veuve Dutoit.
Après le dîner, qui dura une heure, Eberle servit le café qu'il avait été chercher au café dans la cour du Palais, et quitta l'appartement de Lavalette avec ordre, rlit-il. de ny revenir qu'on n'eiU sonné. Hoquette fils soutient, au contraire, qu'en quittant la chambre de Lavalette, Kberle dit qu'il venait de recevoir l'ordre do ne pas attendre qu'on le sonnât pour retourner dans l'appartement.
Cef»endant Benoît, qui était dans le secret de ce qui se passait et ({ui s'y préparait, et qui voyait
D'après des documents inédits par A. Meunier. — (Collection Charles Simond.)
d'ouvrage que portait la dame Lavalette, furent reçus dans la prison, et parvinrent dans la chambre de Lavalette sans avoir subi l'examen préalable prescrit, en pareil cas, par les règlements sur la police des prisons
La dame Lavalette, en arrivant à la Conciergerie, était vêtue d'une robe ou redingote de mérinos rouge, garnie de fourrure, et avait sur la tète un chapeau noir à plumes mélangées; elle entra avec sa fille et la dame Dutoit, dans la chambre de son mari, et le valet de chambre Benoit demeura dans la première pièce dite Favant-greffe ; on le vit près du poêle pendant plus de deux heures.
Les porteurs avaient été reçus dans le corps de garde de la gendarmerie.
A cinq heures, le nommé Jacques Eberle, l'un des guichetiers de la Conciergerie, qui avait été
approcher l'heure du dénouement, avait quitté l'avant-grefTe pour s'assurer des porteurs. 11 les trouva au corps-de-garde, et les invita à venir boire avec lui : Guérin ne se fit pas prier mais Brigant ne bougeait pas : { Allons donc; lui dit Benoît, approchez-vous donc, vous ne serez pas de trop). Brigant se laissa persuader, et sortit avec son camarade Chemin faisant, Benoît leur dit ; Camarades, il y a vingt-cinq louis à gagner; vous serez îm peu phis chargés, et il faudra aller un peu plus vite, et vous n'aurez pas plus de dix pas à faire. — Cestdonc M. Lavalette que nous allons porter? répond Brigant. — Cela ne vous regarde pas, allez toujours. Brigant rejeta sa proposition ; Benoît insiste et lui répète plusieurs fois : Tu n'es pas un homme. Guérin, l'autre porteur, se joignit à Benoit, et disait à Brigant : « Qu'est-ce que cela fait? dès que monsieur assure qu'il n'y a rien à craindre! •