‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 223 sur 455 · M"" DE LAVALETTE. DANS LA PRISON DE SON MARI · texte numérisé non relu

M"" DE LAVALETTE. DANS LA PRISON DE SON MARI

D'après une gravure de 1 cpoquc. — (Musée Carnavalet.)

Brifrant voulait absolument savoir qui Ion devait porter, Benoit et (iuérin lui représentant toujours que cela était indifférent puisqu'il n'y avait rien à craindre; <|u*il fallait ^aiiner de l'argent quand on en trouvait l'ocrasion ». Enfin Hrigant. [loussé à bout et venant à se représenter (ju'elle pouvait être pour lui et sa fauiille la suite de sa eondescendence, jette sa bricole que (iuérin lui avait donnée, et, sans rentrer cbez le marchand de vin, s'empresse de rejiagner son domicile, oii il raconte à sa femme ce qui venait <le se passer.

Guérin ne perd [)as de temps: il jette les yeux sur un charhormier, «pii était à boire avec deui de ses camarades cbez le marchand de vin: il lui propose la bricole, Benoit l'en alTuble et ils parlent aussitôt: il était à ce moment sept heures.

Arrivés dans la cour du palais, au bord de l'escalier (lui descend îi la Conciergerie, ils trouvèrent la chaise k porteurs dont l'entrée regardait la prison Chopy (c'est le nom du charbonnier qui avait remplacé Brigant) ne vit personne entrer dans cette chaise : on lui assigna la jdace de derrière: Guérin prit celle de devant, tourna vers la grille du palais, et. après lavoir dépassée, prit à droijle. et suivie la rue de la Barillerie.

Pendant que Benoit et (iuérin étaient occupés au dehors, une scène d'un autre genre se passait à la (lonciergerie. Peu de temps après le café et vers

sept heures environ, un coup de sonnette parti de la chambre de Lavalelte avertit le concierge que son prisonnier demandait (juelqu'un. Hocpiette père se trouvait, en ce moment avec Eberle auprès du ])oèle dans 1* avant -greffe; il donne à Eberle l'ordre de se rendre dans la chambre de Lavalette. Il entend le guichetier ouvrir la porte du couloir (jui mène ii celte chambre, et, comme il s'avançait pour savoir ce qu'on disait chez Lavalette, il vit paraître trois personnes vètu;»s en femmes, qui étaient suivies d'Eberle, et qui arrivaient de front dans ravant-grelTe.

La personne (pi'il |U'it pour la dame Lavalette était vêtue d'une ju[»e noire, d'une robe de mérinos rouge, garnie de fourrure. Elle avait des gants blancs, une collerette sur les épaules, et sur la tète un chapeau noir à plumes mélangées; en un mot, elle avait exactement pris le costume sous lequel la dame Lavalette avait été introduite (pielques heures auparavant dans la chaudjre de son mari. Un mouchoir blanc couvrait le visage de cette personne, qui avait l'air de sangloter; et la demoiselle l.avahMte, (|ui marchait à ses côtés, poussait des cris lamentables : tout offrait, dans cette scène de roman, le spectacle d'une famille livrée au déchirement d'un dernier adieu. Le concierge, attendri et tronq)é par ce déguisement et par la lueur incertaine de deux lampes

PARIS SOUS LA RESTAURATION

qui Téclairaient, ne se sentit pas, (lit-il, la force de soulever le mouchoir qui lui cachait les traits de la personne déguisée, et, négligeant de remplir ce devoir pénible, mais indispensable, il présenta la main à cette personne comme il était dans l'usage de la présenter à la dame Lavalette, et la conduisit, ainsi que ses deux compagnes, jusque derrière le guichet.

Alors Eberle reprit le devant, et courut appeler Benoît, <pii arrivait avec les porteurs. Lava- Ittte, sous les habits de sa femme, était déjà dans la chaise, qui s'achemina aussitôt suivie par Benoit, [lar la demoiselle Lavalette et par la veuve Dutoit Eberle, ayant aperçu en ce moment un autre guichetier, nommé Bodiscar, l'emmena boire de leau-devie, en lui disant : « C'est sinunlierces trois êtres-là ne me parlent pasî » La chaise et sa suite marchèrent, suivant la version de Benoît, de Guérin et de la demoiselle Lavalette, jusqu'au milieu de la rue de la Barillerie, et, suivant le porteur Chopy, dont le témoignage est moins suspect, jusque sur le quai des Orfèvres, à trois ou quatre maisons en avant de la rue Sainte-Anne, où, la chaise s'étant arrêtée par l'ordre de Benoît, elle s'ouvrit. Lavalette en sortit, disparut, et fut remplacé par lal^demoiselle Lavalette: Benoît donna aussitôt l'ordre de tourner vers l'Abbaye-aux-Bois.

Cependant le concierge entre une première fois dans la chambre de Lavalette : il n'y voit personne, mais il entend quelqu'un remuer derrière le paravent, il revient une seconde fois et appelle, on ne répond pas: il s'inquiète, s'avance vers le paravent, et, reconnaissant la dame Lavalette, il s'ëcrie. • Ah! madame, vous m*avez trompé! > 11 veut sortir pour donner l'alarme; la dame Lavalette s'attache à lui, le retient par la manche de son habit : « Attendez, monsieur Roquette, attendez!— Non, madame, cela est affreux. > On se débat, l'habit se déchire. Roquette sort en appelant du secours, et apprend à son fils l'évasion du prisonnier.

L'Évasion de Lavalette.

(Brochure anonyme de 1816 )

La fondation du Constitutionnel.

LE Constitutionnel fut fondé sous le titre de l'Indépendant, titre jugé bientôt hardi par la censure et qu'il fut successivement contraint de changer en ceux d'Écho du soir, de Coun'ier général, de Constitutionnel.

SALVE yui ieut!

L'évasion do Lavalette dans une chaise à porteurs.

Caricature de 181 5. — (Mtisée Carnavalet.)

La liberté de la presse avait été reconnue; mais on comprend combien devait élre ombrageuse la police de la nouvelle royauté. On en jugera par ce fait.

Une exposition de peinture avait lieu au Louvre. Le rédacteur de l'Indépendant chargé d'en rendre compte avait été vivement impressionné par le portrait d'un jeune enfant qui tenait à la main un bouquet de fleurs bleues. Son imagination l'emportant, il en fait une description animée. Le lendemain la foule se i)orte pour voir ce portrait. On s'interroge, on se demande quels traits il représente, que signifient ces fleurs bleues. Un spectateur explicpie qu'en allemand ces fleurs veulent dire : Xe m'oubliez pas. (les mots ont personnifié le portrait; plus de doute possible. « C'est le roi de Borne > s'écrie-t-on de tous côtés. Le monde s'agite, la police fait évacuer la salle et le lendemain. l'Indépendant est supprimé. Or, vérification faite, ce portrait était celui du fils d'un conseiller d'ambassade de la cour de Bavière. Quelcpies jours apn's. Louis WIII, ému de l'injustice qui avait frappé cette feuille, qu'il se plaisait à lire, fit donner à ses propriétaires un nouveau privilège, et, si l'on en croit M. Beaudouin, un des fondateurs et le premier imprimeur du Constitu-

LE T R 0 r B A I) 0 l" n J 0 U A N 1 T» E SON I X S T II L Caric^ilure de 181.'». — («>>lIeclion li. Ilarlniann.]

tionuel, ce serait Louis XVIII lui-même qui aurait ainsi baptisé le nouveau journal. Quoi «lu'rl en en soit, ce titre était admirable pour le moment où il fut choisi.

En dépit de ces tracasseries, peut-être même en raison de ces tracasseries, la fortune du Constitutionnel fut rapide, prodigieuse Elle tint à des causes de diverse nature. En 1815, M. Carnot, étant ministre, avait pour secrétaire général M. de Saint-Albin. Celui-ci se joignit aux fondateurs de l'Indépendant et au lieu de demander des abonnements au ministre, il obtint de lui la permission d'imprimer tous les faits qui, dans la correspondance ministérielle, lui sembleraient de nature à intéresser le public Dans le moment où les ennemis de l'étranger cherchaient un point de ralliement, et où la France entière avail un si vif désir, un si grand besoin d'être tenue au courant des affaires, le journal répondit à un vo'u général. Il ne demandait pas des lecteurs délile. mais il s'adressait à des svmpathies froissées, il relevait le parti vaincu; il appelait à lui les intelligences les plus vulgaires, pourvu qu'en elles vibnlt le sentiment de l'orgueil national; enfin il représentait toutes les idées et toutes les passions de la révolution; il ralliait au drapeau tricolore toutes les répugnances qui dataient de 89 et de 93, tous les mécontentements qui dataient de l'empire.

Eugène IIatin.

Paris et les Alliés.

Aujourd'hui des piquets considérables de troupes autrichiennes et anglaises, infanterie et cavalerie se sont portés sur la place du Carrousel,

pour enlever les quatre,' chevaux (le bronze placés au-dessus de l'arc de triomphe des Tuileries. Le mécontentement est très grand dans Paris de cette action des alliés. Le duc de Wellington a établi le soir des factionnaires aux deux extrémités de la rue des Champs-Elysées où il habile : il craint d'être assassiné. On a affiché à sa'porte :

« Uéputation perdue entre la rue des Champs-Elysées et le Carrousel . Récompense honnête à qui la rapportera, hôtel de la Keyniére » loù il loge).

— Je jouais avec un général autrichien chez le prince de Talleyrand; il s'est plaint d'être obligé de se lever aussi malin, demain pour aller à Lyon J'ai cru qu'il partait pour la ville de Lyon. 11 m'aexpliqué alors, avec l'air assez honteux d'avoir été entendu, qu'il allait soutenir avec sa brigade de grenadiers l'enlèvement des lions <le la place des Invalides qui proviennent de Venise. Les Autrichiens les ont cassés en faisant cette belle opération. Le duc de Wellington a été le soir à l'Opéra-Huffa, pour l'ouverture de ce théâtre. Il s'est établi dans la loge du Roi, on a crié : « A bas, à la porte! b 11 a été forcé de se retirer. (Jonninl du Maréchal de Castellane )

ADIEUX b'iN RUSSE A UNE PARISIEN NI

Caricature de 1815. — 'Musée Carnavalet.)

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