LES FAUX DAUPHINS
D'après une gravure du temps. (Musée Carnavalet.) L'incertitude qui n'a cessé de régner sur le sort de Louis XVII permit à plusieurs aventuriers, sous le Consulat et la Restauration, de se faire passer pour le fils de Louis XVI. Maihurin Bruneau fut un des plus audacieu;|L.
acclamations enthousiastes éclatèrent sur son passage, tandis que la foule réservait en toute occasion un accueil assez froid au comte d'Artois, justement suspect d'ôtre le chef du parti des émigrés. L'ordonnance qui retira à Monsieur, frère du Roi, le commandement effectif des gardes nationales du royaume pour le rendre au ministre de l'Intérieur fut un des événements de Tannée 1818 qui produisirent à Paris le plus de sensation. Cette mesure de rigueur prise à l'instigation de M. Laine contre l'héritier immédiat de la couronne fut considérée comme une brillante victoire pour le parti ministériel.
Le cabinet, qui se flattait de faire tourner à son profit la popularité du Roi, ne laissait échapper aucune occasion de réchauffer la ferveur dynastique des habitants de la capitale.
En 1818, la fête de la Saint-Louis fut célébrée avec un éclat innaccoutumé, et Henri IV, rendu à la vie par le statuaire Lemot, reprit sa place sur Tesplanade du Pont-Neuf, entouré d'une auréole d'illuminations et de réjouisisances officielles. Chaque habitant de Paris n'eut pas sa poule au pot mais il eut le droit de faire aux frais du Trésor public d'abon-
PARIS SOUS LA RESTAURATION
danles libations en l'honneur « du seul Roi dont le peuple ait gardé la mémoire. » Le vin coula à torrents sur les Champs-Elysées et pendant une soirée l'enthousiasme de la foule qui, depuis la naissance du roi de Home avait perdu l'habitude des réjouissances nationales ,; -=^ abondamment arrosées, ne connut plus de bornes.
Toutefois, l'Opposition ne désarma pas devant le vainqueur de Goutras et d'Ivry. Suivant une légende rapidement répandue de proche en proche rinfidèledestrier quiporlait le bon Roi aurait recelé dans ses flancs une collection des libelles les plus injurieux pour la dynastie et caché dans l'un de ses pieds une statuette de Napoléon.
Il est vrai que pendant les périodes de troubles le bronze lui-même s'assouplit aux caprices des révolutions et que la statue élevée naguère par le vainqueur d'Austerlilz et d'Iéna à sa propre gloire au haut de la Colonne Vendôme est devenue le fameux cheval de Henri IV dans le moule du fondeur; mais est-il bien sûr qu'en dehors de la Henriade les ouvriers chargés de raccorder les diverses parties de l'œuvre de Lemot aient pu glisser toute une bibliothèque dans le ventre de la monture du bon Roi.
Tandis que TOpposition s'embusquait à Paris dans les flancs et dans le sabot d'un cheval de bronze, elle triomphait en province et remportait au grand jour des victoires inespérées. Le duc de Richelieu était encore au Congrès d'Aix-la-Chapelle et réglait les détails de l'évacuation du territoire, lorsqu'il apprit que dans le renouvellement partiel de la Chambre MM. de La Fayette, Benjamin Constant et Manuel venaient d'être élus députés. Le premier ministre, efl*rayé des jugements que por-
tait l'empereur Alexandre sur ce retour ofl'ensif des ennemis de la Restauration, voulut demander aux chambres l'abrogation de la loi électorale qu'il avait lui-même présentée l'année précédente. Celait reconnaître un peu