LES COUHSES I) K CHEVAUX AU CHAMP DE MAKS
D'après une gravure de Tôpoque. — (Musée Carnavalet.)
Le Champ de Mars n'était avant 1770 qu'un terrain couvert de cultures maraîchères. A cette époque on le transforma en champ de manœuvres et d'exercices pour les élèves de Tétole, et l'on y passa les revues des gardes françaises et suisses. Sous la Révolution on y célébra les grandes fêtes nationales. Sous le Consulat et l'Empire des revues et fêtes triomphales s'y succédèrent. La Restauration en lU un champ de courses.
aux principes de la Hévolution qu'au maintien de la dynastie traditionnelle. La majorité du conseil des ministres refusa de suivre le duc de Richelieu dans ce changement de front, . et le libérateur du terri-
■ toirc, abandonné du
plus grand nombre de ses collègues, tomba du pouvoir sans que personne à la Chambre ni peut-être même dans le pays songeât à lui tenir compte des succès qu'il avait obtenus au congrès d'Aix-la-Chapelle.
1818 fut une année de fièvre continue. Le service funèbre du Prince de Condé que les anciens émigrés appelaient « notre vieux drapeau blanc » donna lieu à des manifestations royalistes, et les protestations des élèves de TÉcole Polytechnique contre la défense qui leur avait été faite sur la volonté formelle du Roi de suivre le cortège de Monge produisirent une vive agitation dans les rues de Paris. On fut étonné que Louis XVIII, en
VICOMTE I»K UONALD.
général disposé à oublier le passé, n'eût pas pardonné au savant mathématicien le rôle qu'il avait joué pendant la Révolution.
La politique qui embrigadait les morts ne laissait pas aux vivants un instant de répit. Elle avait tout envahi et s'affichait dans les modes de Tannée, qui dépassèrent les dernières limites du mauvais goût. Du premier coup, il était facile de reconnaître les opinions des élégants qui venaient passer leur aprèsmidi au Jardin Beaujon ou sur les Promenades Égyptiennes du faubourg Poissonnière. Les uns portaient des pantalons à la mameluk afin d'attester leur fidélité au captif de Sainte- Hélène, les autres drapaient leur libéralisme dans un manteau à la Mina. Dans les salons, il n'était question que des discours prononcés à la Chambre; l'art et la poésie étaient rigoureusement bannis de toutes les conversations, les femmes les plus frivoles mettaient leur point d'honneur à citer une sentence profonde de M. Royer-Gollard.
Les Recherches philosophiques de M. de Ronald furent le seul ouvrage publié en 1818 qui eut quelque retentissement, et le nom de l'auteur contribua au succès du volume. G. Labadie-Lagr.vve.
PARIS SOUS LA Ri:STAURAT10N.
INAUGURATION DE LA S T A T U K DE HENRI I \ SUR LE T E R K E - I» L E I X DU PONT NEUF.
D'après uoe gravure du temps. — (Collection G. Heirtmann.)
Henri IV, rendu à la vie par le statuaire Lemot, reprend sa place sur le Pont Neul entouré d'une auréole d'illuminotions. Cette stali i équestre rétablie sous la Restauration remplaça celle qui avait été renversée au mois d'août 179i (juand on avait, dans un nionent d'alarme, cru nécessaire de fondre toutes les statues qui embellissaient Paris pour en fabriquer des canons.
LES ÉCHOS DE PARIS
Incendie du théâtre de l'Odéon.
(20 mars.)
Aujourd'hui, à trois heures de raprès-iiiidi, quelque temps après la répétition d'une pirce en un acte, le feu s'est manifesté dans rintérieur de la Salle de l'Odéon. La flamme a gagné les décorations et les boiseries, et l'incendie s'est propagé avec une efl*rayante rapidité. Avant quatre heures, beaucoup d'escaliers étaient déjà embrasés. A la première nouvelle de cet événement, des secours ont été envoyés de tous côtés. M. le chancelier de France, et M. le grand référendaire de la chambre des pairs se sont rendus sur les lieux pour apporter leur aide aux mesures de sauvetage; ils y sont restés avec toutes les personnes attachées au service de la Chambre, tant que l'incendie a duré. S. A. K. Mgr le duc de Herrv s'est empressé d'y accourir, et n'a cessé d'exciter par sa présence et par ses paroles le zélé des travailleurs. S. Exe. le minisire de la police générale et M. le |)réfet de |)olice ont donné à la distribution des secours et à la sijrelé des propriétés, les soins les plus actifs el les plus efficaces. Les pompiers, la garde de la chambre, la garde royale,
et les troupes de la garnison de Paris, ont rivalisé de zèle et de courage. Les gardes nationaux de la onzième légion s'y sont portés en foule; encouragés par l'exemple de leurs chefs ils ont rendu les plus grands services. On a aussitôt formé une haie depuis l'Odéon jusqu'il la fontaine de l'Ecole de médecine : les seaux pleins d'eau passaient de main en main.
Cependant, malgré la promptitude et l'abondance des secours, on n'a pu sauver l'intérieur du bâtiment. A cinq heures moins un quart, le comble de ce vaste édifice s'est écroulé avec un grand fracas; heureusement le temps était calme et pluvieux, les étincelles n'ont pu se porter sur les maisons voisines. Le comble est retombé tout entier dans l'intérieur, et dès lors le foyer de l'incendie a été circonscrit et toute inquiétude a cessé. A dix heures le feu était entièrement dompté et ne brûlait plus que dans quelques restes de boiseries.
Les individus attachés au théâtre, et cjui y demeuraient, ont, à la vérité, perdu tous leurs effets, mais leurs personnes ont été sauvées. On a vu de simples citoyens monter jusqu'au faite pour recueillir des femmes et des enfants. On a remarcjné, entre autres, un particulier qui a osé s'avan-
PARIS DE iSOO A 1900.
turer sur un parapet incliné on forme de toit pour aller prendre un enfant, et qui est redescendu sain et sauf chargé de ce précieux fardeau. I^es soldats de la garde se sont surtout signalés par leur zélé et leur hardiesse. Tout le monde a admiré le courage d'un sous-oflicier cjui a sauvé deux femmes au péril de sa vie. Chacun demandait son nom : on m'a appris qu'il s'appelait Cha(iuin. caporal de grenadiers au 2* bataillon, f réi»iment dinfan-
rapport de mes domestiques. La singularité du fait, l'apparence d'un complot dont on poufait croire le héros anglais devenu la victime, excitaient ma curiosité, et je courus au château pour minformer de ce qu'il pouvait y avoir de véridique dans le récit de mes gens. J'allai trouver le premier gentilhomme de la chambre.
— On a voulu tuer lord Wellington, me dit-il d'un air consterné.
L K i' E V V \. K I) E P A a I s S A T T E L L E A LA S T A T V E D E H E .\ U I IV 1» O l" H LA T K A I >• EH J U S U f ' .V f IM) N T \ EUE.
D'après une estampe populaire do 1818. — (Musée Carnavalet.)
Le conseil niiinkip.il de Paris arnlo, le l'i avril 1814, le rélaNisscmcnl df la sl.ilue. I.e 23 ocl«>brc 1817, la pr»>micrc pierre fut posée par Louis XVllI. L'inauguration eut lieu le >■> octobre l!>18. Ce fut uu jour de réjouissance p<)ur les Parisiens.
terie de la garde Tels sont les traits d'héroisme qu'on nous a rapportés, et qui font tant d'honneur au caractère lrain;ais.
{Journal des Débats, 21 mars 1818.)
L'attentat contre Wellington.
20 mars.
DANS la nuit du 10 au 11 mars, un incitlent fort singulier mit en émoi tous les esprits; c'était le coup de pistolet tiré sur la voilure de Wellington. Je l'appris, dés le matin par un
— Kst-il dangereusement blessé?
— (Jnice à Dieu, il n'a pas même été atteint.
— Sait-on d'où le coup est parti?
— On est M la reeherche des cuii[>ables.
— Kt puis-je voir le roi ?
— Llntrez madame, me répondit-il. Aussitôt que Louis Wlll m'aperçut : ^ Je savais bien, me dit-il, que la curiosité vous arracherait de votre lit à une heure indue: mais je ne vous apprendrai sur ce grand attentat que ce que la rumeur publique a déjà pu vous en dire. Le minisire de la police, (jui sort d'ici, m'a rapporté (|ue l'ambassadeur anglais rentrant cette nuit, à une heure, à.
PARIS SOUS LA HESTALRATION