‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 268 sur 455 · PHILKMON KT BAI' GIS · texte numérisé non relu

PHILKMON KT BAI' GIS

Prix de Rome. — Grand prix do peinture de 1818. Tableau de Dumoa. — (Kcole des Beaux-Arls.)

grand hôtel du maréchal de Richelieu, rue Neuve- Saint- Augustin, sur un vaste jardin qui confinait sur le boulevard.

J.e lendemain de mon arrivée à J^aris, je pris héroïquement et sans me donner le temps de la réflexion et du repentir, la résolution d'aborder d'assaut le ThéAtre-Français. Je me levai ; j'écrivis î\ Talma, sur du joli papier vélin, un billet dont j'ai conservé encore l'ébauche raturée.

« Monsieur et illustre acteur, — Je suis un jeune homme inconnu, sans protection, et même sans relation à Paris. J'ai écrit une tragédie intitulée Saiil . J'en ai pris le sujet dans la Bible. J'ai tenté d'en dérober quelquefois, et autant (|u'il convient h ma faiblesse, le style à Racine. Je désire ardera-

Ce billet écrit, recopié de ma plus élégante écriture et cacheté, je le portai moi-même h l'adresse de Talma. Le concierge du ThéAtre-Français me l'avait donnée ; c'était rue Richelieu, 16 ou 20. Je remis ma lettre d'une main tremblante dans la loge du portier de Talma. et je rentrai dans mou hôtel pour y attendre ou le silence de mort ou la réponse de vie du grand tragédien.

Je n'attendis pas longtemps. Au moment où j'allais sortir de ma chambre pour aller dîner chez le restaurateur Doven, où je prenais mes repas, dans la même rue, prés de la rue de la Paix, un domestique en riche livrée de fantaisie frappa à ma porte et me remit un billet de Talma. 11 me répondait de sa main, avec une bonté aussi par-

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faite qu'elle était prompte : « Qu'il jouait ce soirlà dans Britannicus. qu'il partait le lendemain, à midi, pour sa campagne de Brunoy ; mais que, si je n'étais pas effravé de Tlieure matinale, il me recevrait à huit heures du matin le lendemain, et qu'il entendrait avec intérêt la lecture de mon ouvrage. »

La cordialité et la promptitude d'une réponse si gracieuse faite de la main du grand homme de la scène à un jeune homme inconnu, m'attachèrent instantanément et pour jamais à Talma. Soit que le stvlc ferme et modeste de mon billet l'eût pré-

Une 1res belle femme, en peignoir d'indienne à fleurs bleues, les cheveux épars sur son cou de Cljtemnestre et la ceinture dénouée laissant entrevoir des épaules et un sein de statue antique, m'ouvrit la porte. Ses traits étaient imposants de forme, mais bons d'expression ; ses regards répandaient comme des ombres de velours sur ses joues. Elle souriait à demi, mais sans malice, en me regardant: on voyait bien qu'elle était habituée à introduire bien des rêves et à éconduire bien des illusions.

« Vous voulez voir Talma? me dit-ollc: vous

LES ÉGOUTS DE PARIS EN 1818 d'aPRÉS LES DOCUMENTS DU TE.MPS.

Dressé et dessiné par A. Meunier. — (Collection Charles Simond.)

venu machinalement en ma faveur, soit que mes caractères élégants et mon nom semi-aristocratique eussent eu un attrait non raisonné pour ses yeux, il ne m'avait pas fait faire antichambre une heure aux portes de sa gloire. Sa réponse respirait d'avance son accueil. On peut penser que je dormis peu cette nuit-là. Le lendemain, je croyais livrer la bataille de ma vie.

Avant huit heures, j'étais à la porte de Talma. Je montrai mon billet d'introduction au concierge ; je montai, le cœur palpitant, les cinq étages d'escaliers de bois ciré et luisant qui conduisaient au seuil du grand homme. Je sonnai doucement comme un visiteur qui tremble d'être importun et qui ne veut pas donner un sursaut pénible à l'oreille du maître de la maison.

êtes sans doute le jeune homme qu'il attend ? Voulez-vous bien bien me dire voti^ nom ? » ajoulat-elle en tenant toujours sa belle et large main sur la serrure Je lui dis mou nom. « Entrez, monsieur », me dit-elle. Puis ouvrant une autre j)orte qui donnait sur le cabinet de Talma : « Mon ami, lui dit-elle d'une voix de caresse et de familiarité, c'est ce jeune homme que tu as commandé de laisser entrer. » Elle disparut après ces mots, en retirant les plis de son peignoir sur ses pantoufles traînantes, et je restai seul en présence de Talma. Talma était alors un homme assez massif, mais très noble dans sa force, de cinquante à soixante ans. Une robe de chambre de bazin blanc, nouée par un foulard lâche, lui servait de ceinture. Son cou était nu et laissait se gonfler librement à

l'œil ses muscles saillants et ses fortes veines, signes d'une charpente solide et d'une mâle énergie de structure. Sa physionomie qui est connue de tout le monde, était déjà médaille ; elle rappelait par la forme et par la teinte, les bronzes impérinnï fies cin|*ereurÀ du Bas-Empire >Uis re masque romain, qui semîvlait jrioulc sur ses traits quiunî il T'Iriit sur la scène, tottihiiit de lui-même quand il étaîl en robe de eh timbre, et ne lais>.MJt voir qu'un f roi il large, des ynw grands et doux, une bouche mélancolicpie et fine, des joiic^ un peu pendantes et un peu flasques, d'une blancheur mate, des muscles au repos, comme les ressorts d'un instr u m e n t détendu.

L'ensemble de cette phys i 0 n 0 m i e était imposant, l'expression simple et attirante. On sentait l'excellent cœur sous le merveilleux génie . Il ne cherchait à produire aucun efl*et : il était las d'en produire sur la scène; il se reposait.

Et il reposait les yeux dans sa maison. Je me sentis à l'instant rassuré et pris au cœur par la bonhomie sincère et grandiose à la fois de cette figure.

Talma habitait alors un petit appartement au cinquième étage des façades de la rue de Rivoli, en fare du jardin des Tuileries, et très prés du palais. Une belle lumière du matin, un peu verdie par le reflet des marronniers en fleurs, .se jouait

-ANCIEN- CACHOT DE LA CONCICHCiERlE DETRl IT EX 1818.

D'après une gravure do l'époque. — (Collection G. Hartmann.) Au-dessous do la salle des Pas-Perdus il y avait un étaj^e aussi élendu quelle, mais que deg murs de refend divisaient en plusii-ur» pièces. Les voûtes étaient en ogives aveo des nervures qui en dessinaient les artHes. Ces voûtes s'affaissèrent en 1817, et, le 19 juin 1818, deux des plus anciennes s'écroulèrent (Di i.ai rk).

sur les rideaux, sur les glaces et sur les reliures rouges des livres de son cabinet. Il me fit asseoir entre la cheminée et la fenêtre et il s'assit en face de moi dans un fauteuil de forme grecque. Une petite table à guéridon nous séparait. Jo lirai du pnn hnutonné de mon briliit mon manuscrit relié en album et je le posai timideiiient sur la table. Il l'ouvrit* le parcourut rapidement du doigt, et me fit compliment sur la netteté et sur l'élégance de mon écriture.

« Lisez »,me dit-il en me le rendant, « et pour épargner votre fatigue et notre temps, lisez seulement les scènes qui sont de nature à me donner une idée nette du style et de l'ouvrage »

J'ouvris le manuscrit et je lus.

Dés la preinière^ scène, il parut^frappé, malgré le tremblement de ma voix, de l'harraonieet de la pureté des vers. «On voit que vous avez beaucoup lu Racine, peutêtre trop » , me dit-il î\ la lin de la scène. B Continuez, t

Je lus environ trois quarts d'heure, sans que sa vaste tètê, appuvée sur sa main, donnât aurun si^Mie de lassitude ni d'approbation, (ietle immobilité et ce silence me glaçaient un peu. Aux dernières scènes, ma voix fléchissante et entrecoupée trahissait mon inquiétude ;'je"'me repentais d'être venu chercher si loin une|rude vérité. Ouand j'eus terminé ma lecture, Talma, dans la même attitude, .continua de se taire et de ré-

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DKftnis {Opéra).

Rôle de Ai.fmvh dans hs

Abenccragcs.

mI'o BnAN<.Hu (Opéra),

Rôle de HM'EnwNEvrRK

dans les Danaides.

mUc PAUL (Opéra).

Rôle de Z^phire dans

Psyché.

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Rôle de Suzanne dans la

Famille Glinet.

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