‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 269 sur 455 · LES THÉÂTRES DE PARI<« EN · texte numérisé non relu

LES THÉÂTRES DE PARI<« EN

D'après VAlmanaeh des

Spectacles.

(Bibliothèque nationale).

fléchir longuement. Je respirais à peine. A la fin, se levant de son siège et s'avanrant vers moi avec un sourire affectueux : « Jeune homme » , me dit-il de sa voix la plus grave et la plus émue ", j'aurais voulu vous connaître il y a vingt ans : vous auriez été mon poète ; maintenant il est trop tard ; vous venez au monde el je m'en vais. Vos vers sont vraiFuent dos vers, votre i>iéco est bien conçue et bien conduite : il y a des scènes susceptibles de produire de grands efl'ets, et. avec quelques corrections que je vous indiquerai à loisir, je me charge de la réception, du rôle et du s\iccès. Seulement, il y a cà et là trop de jeunesse et trop dedéclamation poétique, au lieu d'art dramatique, (le n'est rien; ce sont des feuilles à élaguer pour laisser nouer et mûrir le fruit. Quel âge avezvous? D'où venezvous? Quelle est votre famille?

Votre situation dans le monde? et à quoi vous destinez-vous? Parlez moi comme à un père; je me sens un véritable intérêt pour vous. »

« Je suis de province, lui répondisje; ma famille est considérée dans notre pays; elle habite ses terres dans les environs de Mâcon et dans les montagnes du Jura, patrie de ma grand'mère paternelle: ma famille est riche, mais mon père ne l'est pas. Après avoir servi Louis XVI dans ses

armées, il vit en gentilhomme oisif, mais lettré, dans une petite terre, apanajje d'un cadet de famille. Il a beaucoup d'enfants; je suis son seul fils. Ma mère qui est de Paris et qui a été élevée à la Cour, nous a transmis les goiUs et les sentiments délicats du monde où elle a vécu dans son premier âge. J'ai fait de bonnes études chez les

M"« GAVAUDAX.

Rôle de Marie dans le Diable à quatre.

(Musée Carnavalet.)

Jésuites ; j'ai servi quelque temps, comme mon père, dans la maison militaire du roi : cette vie monotone, sans guerre et sans gloire, m'a dégoûté. J'ai voyagé, puis je suis rentré dans la maison paternelle, où l'ennui et l'oisiveté me rongent, et où j'essaie d'évaporer en poésie cet ennui de mon âme. Je voudrais agir, je voudrais sortir de mon obscurité. Je voudrais rapporter quelque honneur au nom de mon père, quelque consolalion au cœur de ma mère. J'ai pensé à vous. J'ai

LES l'ETITS METIERS DE PAIllS.

Marchands d'oncrc. — (Gravure de Joly.)

t Bibliolhèquc de la Ville de Paris, i

LA MARCHANDE DE COCO, (iravure de l'époque. — (Bihliollièque Carnavalet.)

écrit trois ou quatre tragédies ; vous venez d'en entendre une. Seriez -vous assez bon pour nie tendre la main et pour m'aider à parvenir sur la scène ? »

II y avait dos larmes, on m'écoutant, dans ses beaux yeux bleus * Déjeunons », me dit-il du ton avec lequel Auguste dit à Cinna :

Prends un siège, Cinna. I*uis il ossuja ses yeux d'un revers de main. « Vous m'attendrissez, me dit-il, avec ces images de père, de mère, de soMirs, plus encore qu'avec vos beaux vers bibliques. Soyons amis », ajouta-t-il en souriant.

Il sonna. La belle personne qui m'avait introduit entr'ouvrit la porte du ca}>inet conligu au salon Klle avait fait sa toilette pour sortir, pondant ma lecture. Elle me parut plus éclatante, mais non plus gracieuse que le matin.

« Que veux-tu? mon ami », dit-elle à Talma.

Puis, voyant à ses veux bumides qu'il avait été ému plus cpie d'babitude :

« La tragédie de monsieur est donc bien toucbante.

lui demanda-t-elle avec bésitalion , puiscju'elle te lait pleurer? »

« Oui, oui, répondit-il entre ses dents, mais ce n'est pas la tragédie cpii me Tait monter les lariiies aux veux ; c'est ce jeune lionmie Taites-nous servir le déjeuner sur ce guéridon, dans mon cabinet.

Monsieur veut bien se contenter de mes onifs frais, de mon beurre et de mon cliocolat. Nous causerons plus à l'aise jusqu'à l'heure de Bruno v. «>

« Eb bien î ou va te servir. Adieu ! dit-elle, je sors jusqu'à midi. » Puis, embrassant Talma et me saluant à demi, elle sortit en me jetant un long regard de curiosité et de bienveillance.

On apporta le déjeuner sur un guéridon, et, tout en déjeunant lentement et frugalement aux rayons du

«io.MHiKR iVaudeville).

Kôle du 0»MTK Guy dans

le Comte Ory.

m"' i'F.ui«i> (Vaudeville).

Kùle de Ëi.vi.MA

dans le Petit Dragon.

TiKuoLi.N {Variétés].

lUMe de Bonnkvi- dans les

Auvergnats.

JK>>Y YF.nTi'ni

(Porte Saint-Martin).

l\Me du Pt.TiTCnAi«t.iio> dam

le Petit Chaperon Rouge.

LRHTHÉATnF.SDKPAHISENi818. ,

D'après VAlmanaeh des

Spectacles.

(Bibliothèque nationale).

PARIS SOUS LA RESTAURATION

soleil levant sur les arbres et aux roucoulements des tourterelles sur les toits de la maison, Talma me disait : * La nature vous a donné le sentiment et l'harmonie des beaux vers ; vous ferez re que vous voudrez faire. Mais, si vous vous destinez au théîltre. venez souvent me voira Hrunov : nous ferons la poétique de ce lemps-ci, à l'ombre de mes allées. Là j'ai tout mon temps à moi ; je le dépense délicieusement avec cpiebiues amis: sovez de ce nombre. Je senii fier (pie votre avenir, dont j'espère bien, ait commencé dans mon jardin. N'v mêliez pasune fausse discrétion ; venez souvent, venez à toute heure : IJrunov sera toujours ouvert [>our vous J'aime la nature, et je me sens meilleur quand je suis dans mes bois. » Puis, reprenant la questi<m de ma tra^Mulie à jouer : « Vovez, me dil-il, c'est très bien. Si nous étions au siècle de Louis \IV, où latraf^èdie française, fille de la tragédie ^^recque et latine, n'était qu'une sublime conversation, un dialojïue des morts en action sur la scène, je n'hésiterais à vous jouer demain, et à vous ;Lîarantir un grand applaudissement au théâtre: mais entre Corneille, Hacine et ce siècle-ci, il est né une autre tragédie d'un hoFume de génie moderne, antérieur à eux. nommé Shalvspeare(con naissez-vous Shakspeare^). Kh bien! ce Shakspeare a révolutionné la scèiie. Corneille est l'héroïsme, Racine est la poésie,

Chapeau à largo bord. Redingote à collet de velours.

Pantalon gris américain.

(D'après le Coslume parisien do 181S.)

(ihapcau gros de Naplcs orné de plumes enchâssées

dans un feston do gaze. Spencer de velours

plain. Robo do percale.

(D'après le Costume parisien de 1818.)

Shakspeare est le drame. C'est par lui que je suis devenu ce que je suis. Si vous voulez sérieusement devenir un grand poète théâtral, vous en êtes le maître; mais ne faites plus de tragédie, faites le drame; oubliez l'art français, grec ou latin, et n'écoutez que la nature. Je n'ai pas eu d'autre maître, et voilà pourquoi on m'aime. »

Lamartine.

Les étrennes à la mode en 1818.

DE tous les côtés, depuis quelques jours, on annonce de jolies étrennes : ce sont les préparatiom asialitim'S de la Mère de famille et de Mme Irlande; le nouveau Vinaigre, qui a reçu une si belle recommandation du docteur Michu, vinaigre tellement extraordinaire qu'il est à la fois nn ohjet de propreté et de toilette; que tout le monde concerra cette expression et que personne ne se fera scrupule d'avoir lu l'annonce. Ce n'est pas tout encore: on nous vend des sels de tous les côtés. L'usage des huiles pour la toilette est aussi ancien que le monde, il est vrai ; mais Yliuile de Macassar est toute nouvelle. Je ne vois donc plus qu une chose qui nous manque ; ce sont les poivres. Quelr

est le corps de très haut et très puissant princ« N... d'Artois, pelitfils de France, Ali de très-haut et trèspuissant prince Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, fîls de France, et de Caroline-Ferdinande- Louise, princesse des Deui-Siciles, mort en naissant, le 13 sep- Umbre iS'JS. »

Octobre.

12. — Ferme des Jeux à Parla accordée A M. Boursault, moyennant 6,526,000 francs [les bénéfices nets étaient évalués alors 000,000 francs).

18. — Lo duc de Richelieu quitte Paris pour •e rendre au congrès d'Aix-Ia-Chapelle.

(20 et 26; . — Réunion des collèges électoraux.

28. — A midi 1/2, arrivée du roi de Prusse à l'hôtel VilliToi, rue de Bourbon, 8i. — A 2 heures \ 4, arrivée de l'empereur de Russie, h l'hùlel Thélusson, rue de Provence. — A 5 heures les deux souverains se rendent aux Tuileries.

29. — Élection à Paris, avec 3,8.'.» voix, du grand industriel Ternaux (contre Henjaniin Constant qui obtieni 3,749 voix).

Xfiveiiihre.

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