PL.VN GÉNÉRAL DE PARIS EN
Dressé d'après les documents du temps par A. Meunier. — (Collection Charles Simond.)
quelques spectateurs avaient pris la défense des uns, ceux-là le parti des autres; on s'était battu, et la garde n'avait rien trouvé de mieux à faire que ce quelle ne devrait faire qu'à la dernière extrémité.
Journal des Débats, 6 pluviôse an X.
Les affiches du Pont-Neuf.
EN montant les degrés du trottoir à droite, une collection d'affiches est la première chose qui frappe vos regards. Une foule de curieux les parcourt: les uns par désœuvrement, d'autres par habitude, d'autres par besoin. Ces affiches sont la trompette du plaisir et le témoin le plus irrécu-
toutes les formes et de toutes les couleurs. On en voit de blanches, de rouges, de vertes, de jaunes et de marbrées. Donne-t-on à un de ces spectacles la représentation d'un diable d'une couleur quelconque, l'affiche j répond. Joue-t-on \ Homme-vert, un énorme placard vert captive votre attention. I.e Tbéàtre de la Cité est particulièrement connu pour recourir à ce genre pitoyable de charlatanisme; l'annonce comme la pièce ne parle qu'aux yeux et nullement aux cœurs. Ce spectacle à grande pantomime se pique de mettre de la pompe jusque dans ses affiches. Il semble que pour produire de l'effet, il soit nécessaire de sortir de la nature et d'exagérer les sensations. Les titres de nos pièces modernes sont aussi ridicules
PARIS SOUS LE CONSULAT
que ceux de nos romans. Ce ne sont plus des sujets doux et simples, indiqués par le bon goût et la saine morale, qui disposent à la sensibilité, et qui offrent une école des mœurs; mais ce sont des intrigues monstrueuses, gigantesques et ridicules, qui, décorées de titres plus ridicules encore, excitent l'avide curiosité d'une multitude ignorante. Tout à côté de l'annonce des divers chefs-d'œuvre de nos grands maîtres, on voit figurer celles des plates rapsodies du jour. Sur la même ligne on voit inscrits, en gros caractères, Phèdre et Jeannot, Mahomet et Jocrisse, Philinte et Cadet-UousneL Enfm, les mêmes placards proclament avec impudence des noms justement obscurs auprès de ceux des célèbres artistes qui ont illustré et chaque jour ilhistrent encore la scène française.
Aux affiches dramatiques sont accolées celles des sociétés bourgeoises, des expériences physiques et expérimentales, des voltigeurs et danseurs de corde, des gladiateurs, des maîtres en fait d'armes, des escamoteurs et des charlatans, des licés-desarts, institut et réunions scientifiques, des ascensions aériennes, des joutes et combats du taureau, des panorama, panteorama, phantasmagorie, bals, concerts, fêtes champêtres, etc., de sorte que d'un coup d'œil fobservateur bénévole peut aisément, sans débourser un sol, sans sortir de chez lui, savoir combien il se donnera en un seul jour de représentations de fêtes différentes, et quels sont les artistes qui seront tenus de déployer leurs talents. 11 peut se rendre compte des sommes énormes que les Parisiens sacrifient en une seule journée pour leurs plaisirs ; son génie pénétrant peut, si bon lui semble, savoir la quantité d'individus qui sert à l'amusement des autres; et par un simple calcul il peut, si l'envie lui en prend, dénombrer jusqu'aux coups d'archet qui se donneront dans le courant de la soirée.
Joseph RosNv, Voyaije autour du Pont-Neuf, i802.
« Edouard en Ecosse »
(48 Février).
LE vent soufflait dansée moment aux proscriptions dramatiques. Dans le même mois que V Antichambre , de Dupaty, un autre ouvrage fut frappé d'une rigueur pareille; ce fut le drame d'Alexandre Duval, Edouard en Ecosse.
Cette pièce, où est habilement arrangée une histoire si intéressante par elle seule, avait été composée sans aucune intention politique; mais il est certain que ce prince déguisé, errant, traqué par une poursuite acharnée, recevant une hospitalité périlleuse, et toujours au moment d'être découvert, pouvait aisément reporter les esprits vers une autre famille tombée du trône, comme lesStuarts, et comme eux nourrissant l'espoir d'y remonter. Néanmoins, la pièce, lue avant la représentation chez Chaptal, le ministre de l'Intérieur, où étaient réunis d'autres hauts fonctionnaires, n'avait pas paru offrir de danger. En conséquence, elle avait eu son laissez-passer en règle.
Joué pour la première fois, le 47 février 4802, Edouard en Ecosse obtint un grand succès qui,