‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 274 sur 455 · TROISIÈME TRIMESTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME TRIMESTRE

(Collection Paul Le Roux.)

volée et tenir avec énergie, lui faisait éprouver.

« Ce n'est rien, lui dit Aganieninon-Dérivis, tend les muscles de l'abdomen, sois ferme sur tes ergots, pousse vigoureusement : et le si va retentir à merveille. C'est du ventre qu'il faut tirer les notes de cette espèce. — Jeune homme, répliqua Persuis, gardez-vous bien de suivre ce conseil. La note sortirait, mais sans être modulée par la bouche. Songez au respect que vous devez à. l'assistance. »

(Castil Blaze,

Théâtres lyriques de Paris.)

teurs. Dés ses deux premières séances, le plus grand calme ne fut interrompu que par d'unanimes applaudissements.

A la fin de la troisième, quelques sifflets éveillèrent l'indignation générale; et, malgré tous les efforts du professeur, qui parvint cependant à faire faire silence, il y eut un peu de tumulte, et on se sépara en désordre.

Le 29 juin, toute la salle était pleine; et le petit nombre de ceux qui étaient d'une opinion dififérente, s'était retiré dans un des coins de la salle.

L'arrivée de M. Bavoux fut annoncée par de nombreux applaudissemens et quelques sifflets. 11 parla pendant trois quarts d'heure; mais à

PARIS SOUS LA RESTAURATION

peine commençait-il la récapitulation de sa leçon, que plusieurs sifflets se firent entendre, malgré la vive opposition des quatre cinquièmes de son auditoire. On cria : « A bas, à la porte les siffleurs! Au milieu de la confusion un élève s'écrie: ■ Messieurs, ne soufl*rons pas qu'on insulte notre professeur! » Trois jeunes gens, placés devant la chaire , et qui s'étaient montrés les plus acharnés antagonistes de la majorité de l'assemblée, répondirent à ce cri par celui de : c A bas

professeur, cherche en vain à faire faire silence de la voix et du geste, et dit : « Messieurs, j'ai « écrit à \ii commission de l'instruction publique, « pour l'instruire de la manière dont on faisait « ce cours. Mais, puisque le désordre est porté à « son comble, en ma qualité de doyen, chargé de « la police de l'école, je le suspends jusqu'à ce * (lue la commission m'ait fait connaître sa voe lonté. »

Les applaudissements du petit nombre des

c A L K N n a I K H DES F A S T K S MILITAI R ES DE L A R É P T B L I C> T E ET D E L E M FM R E .

U l' A T R I È ME TRIMESTRE.

(Collection Paul Le Roux.)

l'orateur! » On les poussa hors de la salle; l'assemblée devint tumultueuse, et plusieurs voies de^ fait se commirent de part et d'autre. In jeune homme arrive; et, ne sachant pourquoi on se portait à ces extrémités, il veut défendre l'opprimé; mais il reçut un soufflet d'un jeune exalté qui aurait dû louer l'action généreuse de la victime de sa brutalité.

Cependant le trouble allait croissant. L'huissier de la salle sort, et rentre, peu après, accompagné de M. Delvincourt, doyen de la Faculté, en redingote et sans chapeau. 11 paraissait extrêmement agité. Il s'avance, se place à côté du

élèves qui sifflaient peu auparavant, furent couverts par les signes non èquivoquesdela désapprobation du reste de l'assemblée. L'agitation était extrême. On s'aperçut qu'une vive discussion s'était élevée entre M. Delvincourt et M Havoux. Mais le bruit était trop grand pour qu'on entendit les reproches qu'ils semblaient s'adresser. Seulement on vit à leurs gestes que, de part et d'autre, ces reproches étaient virulents. Cependant, M. Bavoux éleva fortement la voix, et protesta contre cet acte arbitraire. Cette protestation augmenta encorele tumulte; et le professeur, après quelques nouvelles altercations avec le doyen, se retira.

VIE I»K L A HCHE VKCIIK, I» lU S K DE LA RIVE MERIDIONALE DE LA SEINK.

D'apivs une gravure du temps. — (Collection G. Hartmann.)

L'archevêché de Paris qui entourait l'église Nolro-Dame fui bAli par Maihhe de Sili.y, reconstruit en iG97 parle cardinal de Noailles et embelli en 1750 par Mgr uk Bi-aumo.m. La Convention en fit un annexe de rilôlel-Dieu. Les bAliments et les jardins bordaient la S«ine et s'étendaient jusqu'à la pointe orientale de l'ile par une promenade réservée. L'archevêché fut démoli le 14 février 1831 par la populace insurgée.

Ce dernier resta pendant près de dix minutes exposé à toute l'agitation de l'assemblée, du sein de laquelle sortait par intervalle ce cri : Le discours des gardes d'honneur. Les élèves qui l'avaient applaudi, l'entourèrent en l'assurant (lu'ils le défendraient contre tous, s'il était attaqué. Mais il se retira, en leur disant : « Messieurs, je n'ai pas peur; toutefois je vous remercie »

Immédiatement après, et lorscjue les élèves n'étaient point encore tous dispersés, l'assemblée des professeurs fut convoquée. MM. Pardessus, Boulange, Cotelle et Moreau s'y trouvèrent seuls. Les deux premiers approuvèrent, mais les deux derniers blâmèrent la conduite du doyen

Le lendemain, il se rendit à l'beure ordinaire dans la salle des cours : quelques sifflets l'accueillirent; mais les cris de la majorité firent taire les censeurs. Il s'assit, fit l'appel, et allait commencer ses explications accoutumées, lorsqu'un ou deux silïlets se firent encore entendre. Alors, prenant la parole avec assurance et fermeté : t Messieurs, vous pouvez m'empècbcr de faire t mon cours, mais jamais de faire mon devoir.

* D'ailleurs, je rends justice à l'école de droit, f Je sais que le bruit qui a eu lieu provient plutôt

* des étrangers que des étudiants. •

Toute l'assemblée, si l'on en excepte quelques récalcitrants, l'applaudit unanimement. En effet, les élèves avaient remarqué la veille quelques étrangers parmi eux, et en avaient bautement témoigné leur mécontentement.

La leçon commença. L'n grand nombre d'élèves sortit de la salle. On s'assembla à la porte de l'école : on lut les gazettes, et l'on témoigna son indignation contre les calomnies dont la plupart des journalistes, toujours pressés de parler sans savoir ce (ju'ils disent, avaient rempli leurs feuilles. A neuf lieures. arriva M. Bavoux. On l'entoura avec empressement, et on le conduisit jusqu'à la salle des examens, avec applaudissements. Il salua les élèves, en leur disant : » A demain, deux beures et demie, mes amis » ; et il entra dans la salle.

Le 1"' juillet, dès onze beures du matin, des bommes, inconnus jusqu'alors à l'Ecole de droit, rôdaient aux environs. Un arrêté de la commission de l'instruction publique était affiché aux portes: il était ainsi conçu :

Stance du iS juillet 1816.

La commission, instruite du désordre qui a eu lieu au cours de procédure le 29 juin dernier, et qui n*a pu cesser que par la suspension provisoire du cours par le doyen de la Faculté, arrête ce qui suit :

AniicLE PREMIER. — Lu couduite du doyen est approuvée.

Art. 2. — Le sieur Bavoux, suppléant de la Faculté de droit, ciiargé du cours de procédure civile et criminelle, est suspendu de ses fonctions.

Art. 3. — La Faculté recherchera et constatera les causes et les circonstances du désordre. Elle en rendra compte à la commission.

Pour copie conforme.

Le secrétaire général ^ Petitot.

VUE DE L*HÙTEL-DIEr , PRISE DU PETIT P'O N T .

D'après une gravure du temps. — (Collection G. Hartmann.)

La date de la fondation de l'ancien HôteNDieu esl inconnue. On la fait généralement remonter au vii*^ siècle el on en attribue les plana à saint Landri, 28* évéque de Paris. Deux incendies détruisirent successivement une grande partie des bàliments au xviii'" stèdéf Le dernier eut lieu en 1772 el on se mit à l'œuvre bientôt pour réparer le mal. Rn 1804 l'arcliilecte Clara veau refit la favade principale.

A midi les élèves coiiiraencérent à se réunit*, et les placards de la commission furent lacérés. On chassa même de l'enceinte de l'école des gens qu'on crut appartenir à la police.

Les élèves arrivaient de tous côtés, et la cour était remplie. On demandait à grands cris M. Bavoux et M. Delvincourt, et la foule se répandait tumultueusement dans les corridors, où il se donna quelques coups de canne.

Plusieurs commissaires de police se mêlèrent aux élèves, et cherchèrent à calmer leur agitation. On leur représenta qu'ils n'étaient point chargés de la police intérieure de l'école et qu'ils ny avaient aucun droit. Les commissaires voulurent soutenir leur cause ; la mutinerie s'en mêla; on les injuria,

on les chassa, on employa même contre eux de mauvais traitements, toujours condamnables

quand ils sont dirigés contre des hommes qui cherchent à rétablir le bon ordre, et à plus forte

ALLEZ... vous ÊTES ACOIITTÉS.

Caricature faisant allusion aux poursuites contre M. Bavou.v et des

élèves de l'école do droit.

D'après une bibliographie de l'époque. — (Musée Cirnavalet.)

raison contre des magistrats de paix. Un sMr) d'entre eux fut respecté : c'était le commissaire

Chapeau de gros d<^ Naplcs orné do bandes de salin

qui forment cnlcs. Redin'xolc do levanline

bordée d'une double ganso.

(D'après le Costume Parisien de 1810.)

de

du quartier, dont la considération, dign louanges, faisait voir qu'il était à sa place

Qualre soldats du poste Montaigu. amenés [»ar les comniissaires expulsés, vinrent s'(Mnparer d'un élève, Tous ses compagnons le réclamèrent à grands cris et se précipitérenl au-devant des soldats (jui chargèrent leurs armes et croisèrent a baïonnette. (Quelques pierres jetées par un élève blessèrent un soldat, et ces actes de violence réciproque allaient peut-être entraîner les plus grands malheurs, lorsque ce même commissaire de police, se jetant entre les deux partis, fit rendre le prisonnier et calma un peu l'agitation.

Tandis que ces choses se passaient dans l'enceinte de l'école, quelques élèves s'étaient groupés à la porte de M. Delvincourl pour l'engager à venir interposer son autorité, afin que la force armée ne retînt pas plus longtemps leur condisciple. Hais M. Boulange s'opposa constamment à ce qu'on entrât chez lui, et déclara qu'on passerait sur son corps avant d'arriver au doyen.

On proposa d'adresser à la Chambre des députés une pétition tendant à redemander le professeur suspendu par la commission. La proposition fut accueillie avec enthousiasme, et mise de suite à exécution chez un libraire voisin de l'école.

Klle fut bientôt prête, et la multitude entoura

le pétitionnaire qui la lisait au milieu des applaudissements, lorsqu'on annonça que la gendarmerie arrivait et cernait de toutes parts l'Ecole de droit.

Cet acte de violence était trop attentatoire à la liberté i)our qu'il n'exaspérAt pas les élèves.

Ceux qui jusque-là avaient pris le moins de part à cette querelle, manifestèrent leur indignation. Ceux qui étaient dehors rentrèrent en foule dans la cour, et l'on ferma les portes de Técole. bien résolu à s'exposer à tout, plutôt que de souffrir qu'on violAt cet asile. Quelques élèves n'arrivant pas assez tôt restèrent dehors, et furent saisis par la gendarmerie, malgré leurs justes réclamations.

Dans la salle du cours, on agitait la question de savoir si la pétition serait adressée à la Chambre des députés ou à la commission, et beaucoup d'orateurs demandèrent la parole; tout à roup on entendit i»arler de drapeau hlanc. Tn jeune honnne pro])osait de le détacher pour le porter à la tète des élèves. Mais, au milieu du tumulte général, on n'entendit point sa proposition, et on rinterprèla tout dilTéremment. Alors la confusion se met dans la salle; on entoure le ilrapoau. on proteste contre tout acte tendant à donner des couleurs séditieuses à la conduite des

Chapeau d'étoffe orné de plumes d'autruche. Redingote de gros de Naples avec une large bande de satin du haut en bas, garnie de torsades et olives.

(D'après le Costume Variii(n de 1819.)

PARIS SOUS LA RESTAURATION

Chapeau de gaze. Robe de percale à corsage à la Sévigné, inanclics bouillonnées, le bas orné d'un volant de dentelle, d'entre deux et d'une bande brodée. (D'après le Coutume Parisien de 1819.)

élèves. On se précipite à la tribune : on parle tous à la fois, et le plus grand désordre règne dans l'assenfibléc.

Au milieu de cette agitation, un jeune garde du corps, en habit bourgeois, se fait jour jusqu'au pied du drapeau, et déclare qu'il le protégera jusqu'à la mort. Mais on lui fit remarquer qu'il injuriait les sentiments de l'Kcole de droit; que les étudiants sauraient défendre leur d^apc^'J, et qu'ils n'avaient besoin que personne se chargeât de ce soin. Ces paroles contentèrent tout le monde.

Peu à peu, le calme se rétablit, et l'on signa avec empressement la pétition. Quelques ji'unes gens apercevant que la gendarmerie était rangée sur deux lignes, à quinze pas de l'école, crurent qu'elle n'emploierait point la violence, et ouvrirent les portes. Le colonel se présenta même dans la salle, avec deux commissaires de police, promit qu'on ne toucherait point aux élèves, et les engagea à se retirer; mais on lui représenta qu'on n'était point en insurrection, qu'on ne voulait que signer une pétition, et que cette affaire-là ne regardait point la gendarmerie. Sur ces entrefaites, arrivent MM. Jacquinot de Pampelune, procureur du roi, et Angles, préfet de police; à leur suite entre dans la cour le piquet de cavalerie, le sabre à la main. Tous

les élèves, indignés, se réfugient dans la salle et ferment les portes et les croisées avec un tel fracas que les vitres sautèrent de toutes parts.

M. Jacquinot de Pampelune se présente à la porte, au nom do la loi ot du roi. On ouvre, et il entre suivi do M. Angles, qu'on pousse avec lui à la chaire du professeur. Là, après avoir obtenu, avec beaucoup de peine, un peu de silence, il invite les jeunes gens à se retirer. « Hendez-nous notre professeur! s'écrie -t-on de toutes parts. — On vous rendra justice, répond le magistrat mais c'est à la commission et non à moi à prononcer. — In de nos camarades a été arrêté », s'écrie quelqu'un. M. le procureur du roi assure qu'il n'y a personne d'arrêté |»our le nioinont. (les derniers mots exritont le tumulte, et le magistrat répond qu'avant d'avoir examiné, il ne peut savoir si ce qui s'est passé est innorent ou <oupable; il ajoute que. si on a arrêlê un étudiant, il sera interrogé <le suite. On applaudit cotte garantie de la célérité de la justice, et on demande de toutes parts que la force armée se retire. M. le procureur du roi armoncc (lu'il est l'organe do la loi, et que c'est aux jeunes gens destinés un jour à l'appliquer, à donner les premiers l'exemple de l'obéissance que tous les citoyens doivent à l'autorité. Il ajouta que les jeunes ^^ns n'avaient rien à craindre «le la gendarmorie, et il offrit de se mettre à leur tète avec

Chapeau de tulle et rouleaux. Robe de mousseline

garnie de dentelle. Kcharpe de soie.

(D'après le Costume Parisien de 1S19.)

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