LA NAISSANCE DU DUC DE HOU DE ATX
...Et treize! C'est un PrinccI Vive le duc do Bordeaux! Daprès une gravure populaire. — (Musée Carnavalel.)
LES ÉCHOS DE PARIS
L'assassinat du duc de Berry.
(13 février.)
LE 13 février, on donnait spectacle, par extraordinaire, à l'Opéra. Les augustes époux y assistaient Quelques minutes avant la fin du dernier ballet, Mme la duchesse de Berry té» moigna le désir de se retirer. Le duc l'accompagna jusqu'à sa voiture, lui donna la main i)Our y monter, et un valet de pied ferma la portière. Le prince se disposait à rentrer dans sa loge, et il était déjà retourné pour remonter l'escalier, lorsqu'un individu s'élance sur lui, le saisit fortement par l'épaule gauche, et élevant le bras au-dessus de l'épaule droite, lui enfonce au-dessous du sein droit, entre la septième et la huitième côte, un instrument aigu k deux tranchants, de la longueur de sept à huit pouces, attaché à une poignée de bois grossièrement travaillée ; le coup fut asséné avec assez de violence pour pénétrer dans le corps du Prince de toute la longueur de l'instrument.
Ce n'est qu'avec un sentiment d'horreur que nous traçons ici le nom de l'assassin ; ce nom qui se trouve désormais accolé à celui des Ravaillac et des Damiens, et qui doit partager l'infamie de leur immortalité. Il se nomme Pierre-Joseph Louvel, sellier de profession, employé seulement depuis trois mois dans la propre sellerie du Roi ; il avait été soldat du train de l'artillerie de la garde sous Bonaparte
Au moment où le Prince se sentit frappé, il porta la main h sa blessure et s'écria : Je suis mort ! 11 eut le courafîc de retirer lui-même de la plaie le fer meurtrier.
Au cri du Prince, la duchesse s'était déjà élancée hors de la voiture, et elle soutenait dans ses faibles bras son époux chancelant, dont le sang coulait en abondance et rejaillissait jusque sur elle. Le Prince fut porté à l'instant dans la salle de l'administration de l'Opéra, où l'on dressa à la hâte une espèce de lit de camp formé de banquettes et de matelas appartenant à l'établisse-
PARIS DE 1800 AlOOO.
LA N A 1 S S A N CK D U I) f C DE H 0 lU) E A L' X .
Voyez, monsieur le maréchal, je suis bien sa ni ère.
D'après une lithographie populaire de Makkt. — (lUbliclhèque historique de la Ville de Paris.]
ment. On courut chercher du secours ; quelques hommes de l'art, qui habitent dans le voisinage, furent bienlùt auprès du Prince ; leurs noms doivent être recommandes à la reconnaissarn-e publique : ce sont les d(H'lenrs Bougon, Hlancheton, Thérin, Lacroix, Caseneuve et Urogart. (le furent eux qui administrèrent les premiers soins ; les docteurs Dnpujtren, l)ubois et Roux arrivèrent ensuite ; on avait étc les chercher à leur domicile, qui est éloigné de l'Ojiéra.
Après avoir coiisoiinné son forfait, l'assassin avait cherché à s'évader; poursuivi par les cris des témoins de son crime, il était déjà parvenu ii tourner la rue de Uiclielieu ; mais Jean I^aulmier, garçon limonadier du café Hardi, entendant les cris qui le poursuivaient, et le vo^vant s'enfuir précipitamment prés l'arcade Colbert, lui barra le chemin en étendant les bras, et le retint ainsi étroitement serré, action courageuse qui pouvait lui coûter la vie, puisque Louvel était armé dun second poignard, dont il aurait pu se servir pour sa délivrance. Aussitôt Desbies, chasseur au 2* régiment de la garde rovale, commandé par M. le comie de la Poterie, arrive, frappe le meurtrier, le renverse, et avec l'aide du sieur Paulmier, le remet à la gendarmerie du IhécUre.
Ce brave chasseur était placé en sentinelle au spectacle ; malheureusement le prince se trouvait entre lui et l'assassin, ce qui ne lui permit pas d'apercevoir aucun de ses mouvements. Après le coup fatal, il s'élança avec une telle imi»étuosilé, qu'il renversa Monseigneur, et poursuivit le scélérat jusqu'au lieu où l^aulmier l'avait déjà saisi.
Ils le traînèrent au corps de vestibule de la salle.
[arde établi sous le
{Journal des Débats.)
Sur les cinq heures et donne, le Roi, que l'on avait cru ne devoir avertir que lors(|u'il ne restait plus aucune lueur d'espérance, arriva. Quel moment [)Our le monarque ! Déjà les s^vmptômes étaient devenus plus graves : la difficulté de respirer et la douleur étaient au comble. Cependant, à la vue du Uoi. le duc de Herry sembla retrouver de nouvelles forces, et il employa ses derniers moments à solliciter de nouveau, en faveur de Louvel, la remise de la peine capitale.
« Sirr, disait-il d'une roix di'jà expirante, Sire^ (t (jrdce pour l'Iwmnte qui in a frappé!... Grâce pour « Vhomme ! (C'est toujours ainsi qu*il a eu la géné- « rositè de le nommer.) Sans doute cest quelqu'un « que j'aurai offensé sans le vouloir. »
Le Uoi répondit avec l'accent de la plus profonde affliction :
« Mon fils, vous survivrez, je l'espère, à ce cruel « événement, nous en parlerons : la chose est « importante, et vaut la peine d'être examinée à « plusieurs fois. »
Les médecins, qui voyaient de minute en minute approcher le moment fatal, pressaient, avec les plus vives instances S. M. de s'épargner la vue du spectacle douloureux qui se préparait.
PARIS SOUS LA RESTAURATION