NAISSANCE DE S . A , H . MONSEIGNEUR LE DUC DE BORDEAUX
Louis XVIII lient dans ses bras l'enfant du miracle. D'après une grarure du temps. — (Collection d. Hartmann.)
« Je^ne crains pas le spectacle do la mort, ré- « pondit le Roi. J'ai un dernier soin à rendre à « mon fils. » On dit qu'alors Mada.me se précipita à genoux, prit les mains de S.A.U., el s'écria : « Mon père vous attend, dites-lui de prier « pour la France et pour nous. »
{Quotidienne.)
Ce fut dans cet instant que le prince expira. Le Hoi, prenant alors le bras de M. Dupuytren, s'approcha du lit, ferma les paupières de son neveu, et lui adressa un dernier adieu. A cette vue, les sanglots redoublèrent, et les gémissements qui retentirent avec une nouvelle force, franchirent l'enceinle de la salle, et annoncèrent au peuple, assemblé en foule sous les fenêtres, qu'il avait un [ami, un père, un jjrolecleur de moins : que le duc de Rerry avait vécu.
(Quotidienne.)
La naissance du duc de Bordeaux
Au milieu des agitations dont la France était tourmentée, une grande espérance occupait la maison royale et la nation entière; Mme la duchesse de Rerry touchait au terme de sa grossesse. Des vœux s'élevaient de toutes parts, des autels de la cité, comme de ceux du village, pour l'heureuse délivrance de la princesse et pour la
naissance d'un prince... Ils furent exaucés : Mme la duchesse mit au monde un prince, le 20 septembre, à deux heures trente-cinq minutes du matin.
A cette heureuse nouvelle, qui fut immédiatement jiortéc au Hoi. Sa Majesté se rendit chez la princesse où se trouvaient déjà Monsieur, Madame duchesse d'Angoulème et une foule d'olTiciers de la cour, mêlés avec des gardes nationaux, alors de servite, et appelés en témoignage de ce grand événement.
11 est plus aisé d'imaginer que de décrire cette entrevue, où les larmes d'attendrissement coulaient de tous les yeux, où tous les cu'urs étaient oppressés de leur joie et de celle de la famille royale. Le Uoi embrassani sa nièce avec la tendresse d'un père, lui reniit une (leur en diamants, conmie le symbole de ses espérances. Il couvrit l'enfant de ses baisers et, voulant renouveler pour lui ce (|ue l'histoire a raconté de la naissance de Henri IV, il lui frotla les lèvres avec une gousse d'ail et lui fit boire quelques goutles de vin de Jurançon, épreuve que l'augusle enfant a supportée comme le liéarnais son aieul.
A trois heures et demie, le chancelier de France, Messire Charles Dambray, vint, conformément à l'ordonnance royale du ^li mars 1810, constater la naissance et en recevoir l'acte prescrit par le Code civil.
D'après les ordres du Boi, l'auguste enfant a annoncer au peuple la naissance d'un prince. Le clé nommé IlKNUi-CAHi.KS-FEHDiNAM)-MARiK-niF.r- premier se flt entendre ù cinq heures du matin; DONNK u'Ahtois, réunion de noms qui devait rap- au treizi^'me, impatiemment attendu (car on ne
HAPTKME DK M G « LK I) l' C DK HOHDEAl'X EX L ÉCLISE NOTRE-DAME.
Vue perspective de rintêricur du porche. Gravé p.-ir Bigant d'après une composition de HiTToiiFr et Lr ('omte. — (Collection G. Hartmann.)
peler à la fois, A riiériticr du trône et à la France, devait en tirer que douze pour la naissance d'une
l'exemple du bon Hoi, la naissance é^'aloment princesse), les témoignages de l'allégresse publique
inespérée du grand monarque, et la mémoire du éclatèrent de toute part ; une foule d'ouvriers qui
prince que l'on pleurait encore. se rendaient à leurs travaux, et de citoyens accou-
Vne salve de vingt-quatre coups de canon devait rus des difTérents quartiers de la capitale, se
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porta aux Tuileries pour s'assurer de la réalité toute sa cour, daignant s'arrêter" sur le balcon où de cette grande nouvelle. Les premières autorités un peuple immense faisait entendre des acclama-
ONDOIEMENT DE M(iR LE DUC DE BORDEAUX EN LA CHAPELLE DES TUILERIES. D'après une gravure de l'époque. — (.Musée Caraavalel.)
s'empressèrent d'apporter leur$ félicilations au pied du trône... Au retour de la messe de la chapelle, où l'enfant royal fut ondoyé et le Te Deum chanté en actions de grâces, le Roi, suivi de
tions,lui adressa, d'une voix émue mais forte, ces mots que l'histoire doit recueillir : t Mes enfants, votre joie centuple la mienne, il nous est né un enfant à tous... Cet enfant sera un jour wtre père, il vous
aimera comme je rons aime, œmme lotm le$ viieiis ni»Me dans sa simplicilo, ont T'iim tous ceux qui vous aime^nt » et nous ireiilroprcmlrons |M»iiil. ont eu le honlieur «le les eiilendre Klles ne
HAPTKMK DE M (1 H LE DUT DE HoRDEAlX EN LJ'.iiLlsE N (» T II h-D A M E .
Vue de rinttriour de l'Kglise, prise de la Croix. Grave par llii-o.'* il 'après une co m pus il ion de M n l'iiii i et I.f C'im i k . — Mit) lied ion G. Ilarlmann.)
dit un écrivain. d'exprimer à quel Dointccs naroles périront point dans la mémoire des Français(l) » d'une bonté toute rovale, si| touchante et si (ij .U(;«i/eur du lO s. pfcmbre.
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HAI'TKMK 1>K MtîH LK DUC l»K liOHDKAlX K.N L KGM^K .\OTIlK-l>AMK.
ViK* do rinlérieur de l'église, pris-c de la nvî. (iravé par CrAiiA Aham d'«]>rès une con]]>ositioii de HiTruiiir et Li liuMit:. — (Collection G. Hartmann. ')
Pendant toute la jotirnée. la môme foule s'est ai»i»rociier son lit do la fenèlre, et se souleva jiour
pressée sous les fenêtres de rapparlement de montrer l'auguste enl'unt à tout un peiiide ivre de
Mme la tluthesse de Herry. (pii. surmontant ses jtie.
douleurs avec un courage héroïque, voulut faire (Aumiaire historique.)
Le duc de Bordeaux et les pièces de circonstance.
QUELQUES jours à peine s'étaient écoulés depuis la naissance de l'enfant royal, que tous les théâtres de Paris et de la province s'étaient fait l'écho de l'allégresse publique.
Le 30 septembre, l'Académie royale de musique décommanda son spectacle et donna l'hospitalité au Théâtre-Français; celui-ci représenta Athalie, avec Talma dans le personnage de Joad. Les nom-
serment qu'il demandait à un^ peuple de fidèles. Des scènes analogues, mais variées dans leur expression, suivant la pièce et le théâtre dans lequel elles se manifestaient, se reproduisirent sur les divers théâtres de Paris. Odes, vers, musique, couplet sentimental ou grivois, tout reflétait la même pensée et la préoccupation universelle ; tout redisait le Noël joyeux de la naissance d'un descendant de] Henri IV. C'était pour les entreprises dramatiques une question de succès autant pour le moins qu'un devoir de patriotisme. Au Vaudeville, qui [était, plus encore