‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 29 sur 455 · FRANÇOIS-RENÉ MOLE (THEATRE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS-RENÉ MOLE (THEATRE FRANÇAIS

D*après une gravure du temps. — (Bibliothèque de la \ ille de Paris.)

Mole, né le Si norembre 1731 à Poris où il mourut le 11 décembre 1802, débuta à la Comédie* Française le 7 octobre 1754, ne fut pas admis et revint débuter le 28 janvier 17G0. Après la mort de Beilecourt(l778),il tint en chef le grand emploi delà comédie. Ses triomphes furent: le Misanthrope, V Optimiste, le Philinte de Molière, le î'iVux C'?/i7»a/atr(? et surtout le Scducteur, comédie du marquis de Bièvre. Mlle Contât disait de lui, lorsqu'il avait soixante-<*inq ans : € Il n'existe pas un jeune homme qui se jette si bien aux genoux d'une femme. >

dant. Fouché ordonna de supprimer ces paroles: mais le mouvement y suppléa. Sans rien dire, l'acteur, avec un regard et un geste indignés, brisa son verre. Le public, à qui le mot était connu, se douta bien, d'ailleurs, pourquoi il n'était pas dit, et l'effet fut tout aussi grand que le premier jour. Bonaparte avait voulu assister lui-même à cette seconde représentation. Pendant le premier acte, il avait paru être tout à l'intérêt des situations, et ne recevoir qu'une impression favorable. L'auteur,

qui était dans la salle, et ne le quittait pas des yeux, se croyait sauvé: mais un incident vint tout à coup à la traverse.

Le premier acte fini, les applaudissements, qui semblaient craindre de couper l'intérêt en éclatant au milieu de l'action, se donnèrent libre carrière. Surtout une loge, en face de celle du Premier Consul, manifesta un enthousiasme qui attira son regard perçant. Elle était occupée par M. de Choiseul et |)ar d'autres personnes appartenant au monde de rémigration, nouvellement rentré.

Pour M. de Choiseul. son retour s'était accompli dans des circonstances qui M avaient porté sur lui l'al-

,^' tention. 11 était un des niui'

i ' • m frmjès de Calais, un de ces

g émigrés qui. sous le Direc-

A M toire, jetés par la tempête

J^y sur les côtes de France,

™"^^ furent revendiqués par des

lois impitoyables, et sauvés après une longue lutte qui émut vivement les esprits.

A ces bravos dont l'intention était bien affichée, le front de Bonaparte se rembrunit. La portée que l'on donnait à la pièce lui apparut clairement. Le parti des Bourbons en faisait un manifeste en leur faveur. Aussitôt, l'arrêt ne fut pas douteux: jusqu'à la fin de la représentation, le mécontentement du chef du pouvoir fut en raison de la sympathie du public. Le drame trop applaudi fut défendu.

Quoique l'auteur filt très innocent de la signification prêtée h son œuvre, il était j\ craindre pour lui que la foudre souveraine ne s'en tînt pas à cette interdiction.

11 prit précipitamment la route de Rennes, sa ville natale, où il alla faire une petite retraite. Revenu bientôt à Paris, il apprit ce qui était advenu pour Dupaty, à propos de iAntichambre, iouê dix jours a\}rèH Edouard en Écos$e (\).

(1) I.ouis-Kmmanuel Dupaty, fils de l'auteur des Lettres sur l'Italie, entra à dix-sept ans dans la marine et se distingua dans le combat où périt le Vengeur. Devenu auteur dramatique, au commencement du siècle, il fit représenter en 1802 l'Antichambre. Celle pièce déplut au Premier Consul qui y voyait dos allusions politiques. L'auteur, sous prétexte qu'il n'avait pas eu un congé en rftgle comme marin, fut arrêté et dirigé sur Brest, où on l'aurait embarqué si des amis puissants n'avaient obtenu sa grAce. Il se rallia plus tard & l'Empire,

ACTEl'HS ET ACTRICES DKS THÉATHES Hfî PARIS

D'ap rus mijea de cartes de 1802

(Bibliothèque de la ville de Paris.) Cliché Alfred Barrier*

(Lire les noms de gauche à droite en commençant par le haut.) 1. Saiul-Aubin iOpéra-Comiguc). — 2. Arnaull (Th. Louvois). — 3. Sainl-Phal (Th. Français). —4. Mlle Raucourl {Th. Français). — 6. Firmin {Tk. Louvois). — 6. Mme SaioUAubin lOp^ra-Comique). — 7. Klleviou {Opéra-('.omique). — 8. Mme Dug^zon (Opèra-Comique) — 9. Duport, danseur (Opéra). — 10. Mme Branchu iOpt^ra). — il. Hucl [Opéra-Comique). — ii. Mme I^froy (Th. Louvoix), — 13. Berlin (Opéra) — U. Mlle Clotilde, danseuse (Opéra). — 15. «javaudan (Opéra-Comique). — 16. Lays (Opéra). — 17. Mlle Kmilie ConUt {Th. Franrais). — 18. lalma (Th. Français.)— 19. Mlle Ducbesnois {Th. Français). — ÎO. Henry, danseur {Opéra). — 21. Lofond (Th. Français). — i»2. Mme Scio-Messie {Opvra-Comique). — 23. Mainvieille (Th. Français). — 24. Mlle Mars {Th. Français). — 25. Baptiste aine (Th. Français). — 26. Mme Chéron (Opi^a). — il. Cbenard (Opéra-Comique). — ii. Mlle Suzanne (TA. Louvois). — 29. Daaincourt (Th. Franrais). — 30. Mme (iardel (Opr-ra). — 31. Batiste (Opéra-Comique). — 32. Mme Scio {Opéra- Comique). — 33. Picard (Th. Louvois). — 34. Dugazon {Th. Franiais). — 35. OaTeaux {Opéra-Comique).

Cette affaire n'était rien moins que rassurante et l'intérêt des royalistes pour l'auteur ne faisait qu'accroître le «langer. Sur un avis officieux de son protoctciir Chaptal, l'écrivain menacé prit le parti de nietlre la frontière entre lui et ce péril et alla chenlier un refuge en iiussie. Quant d Edouard en Hcosse, il n'y eut pas pour lui d'amnistie jusqu'à la fin de l'Empire; il ne reparut que le 9 juin 18H.

Théodore Mlhet, 1/Histuhe par le Théâtre.

La matinée d'une mondaine.

SI vous me jurez d'èlre di^^cret. je vais vous raconter conimenl s'est passée une de mes matinées chez une dos heaiités à hi mode. Avant-hier, à l'une de ses .- assemhhi'cs «, sur les trois heures du matin, elle luavail engagé à revenir « dans la matinée ». pour parcourir avec elle, au piano-forte, cpielques partitions de (iluck. « Que dois-je entendre par matinée? avais-jc insinué. — (^est à d«'ux heures! »

A l'heure dite j'arrive et le p(U*tier m'informe

Lj^.

MÉDAILLE ?RAPPÉE A L*0CCA8I0.\ DE L'oUVBRTUHE DU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE EN 1802. (Collection du Musée des médailles de U Monnaie.) Le Conscrvaloire de musique est une fondation de la Révolution (18 brumaire an II). 11 fut installé dans une partie des bâtiments des Menus-Plaisirs, rue Bergère. Des travaux d'aménagement furent entrepris pourl approprier et durèrent plusieurs années L'ouTerture eut lieu en l'an X. (Edni. Bkaukkpaihk).

LE VIEUX PARIS

Entrée de la Place Daupliine.

D'après une esquisse du temps. — (Musée Carnavalet.

Les deux pavillons d'entrée de In IMacc Daupliine donnant sur le l'ont-Nenf datent de Henri IV. L un de ces pavillons est occupé de(»uis 1740 par la maison Chevallier, dont les instruments d'optique étaient en faveur sous le Directoire et le (k>nsulat. Au-dessus parait la maison où naquit .Madame I^oland.

que « Madame » a fait demander plusieurs fois si je n'étais pas là. Je me hâte de monter l'escalier, je traverse rantichainhre sans attendre que l'on m'annonee, et je pénétre dans le salon croyant hien trouver la mailresse du logis devant son piano-forte. Personne dans le salon, et le pianoforte fermé! T(uit à coup, une pimpante soubrette se montre à une |)orte dérobée et m'invite à entrer. Je la suis, el je me trouve en présence de la « beauté «• rejXKsant dans son si)lendide lit de sItIc ^'rec, sous d'éblouissants draps de batiste, et avec un anionrellenifmt de coussins recouverts de soie violet tendre. A droile et à gauche, de beaux vases grecs; sur le degré régnant autour du lit, les mignons souliers de bal de la veille! Les cheveux noués négligemment, la tcte appuvée sur le bras droit, le genou gauche légèrement replié sous la moelleuse couverture, la belle indolente m'invite en souriant à prendre place prés du lit. Nous causons de la dernière « assemblée », nous dissertons de quel(|ues romans nouveaux, jetés pêle-mêle sur une toilette; au bout d'une demiheure, on sonne la soubrette, et je passe au salon pendant le temps du lever. Ce fut l'affaire d'un instant : Mme X... reparaît dans un charmant négligé. Enfin, nous nous installons devant le piano-forte. Mais à peine avions-nous chanté une scène, qu'un homme tiré à quatre épingles est introduit : c'était le joaillier venant montrer des parures. On quitte le piano-forte pour examiner les bijoux; après les avoir maniés, remaniés, tournés, retournés, il est décidé qu'ils ne conviennent pas. Le bijoutier est congédié, mais avec recommandations pour une foule de colinchets destinés à un prochain bal.

PARIS SOUS LE CONSULAT

Nous nous remettons au piano-forte, et nous attaquons un duo. .le plaquais le dernier accord, quand la soubrette apporte le déjeuner de Madame : un poulet nHi et un flacon de vin de Syracuse. Elle détache une aile, boit une larme de muscat, sans penser à me dire d(î lui faire raison. Je me risque à remplir un verre; aussitôt on m'engage à vider le flacon, ce dont je me donne de garde.

La partition est reprise, mais voici deux merveilleuses qui se présentent. Leur toilette est examinée, jugée, critiquée, et Mme '** se facile très fort contre la faiseuse qui s'est permis de ne pas lui envoyer un chapeau semblable à celui qui sied si bien à l'une de ses visiteuses. X ce moment, la modiste incriminée paraît avec son carton.

Tout d'abord, on la tance vertement de sa négligence envers une bonne cliente. L'accusée se justifie de son mieux et, prenant l'ofl^ensive, reproche à la propriétaire du nouveau chapeau de lui avoir joué un vilain tour, en s'empressant d'exhiber une coifl'ure livrée depuis une heure à peine! Le liacre de la faiseuse n'a pu lutter de vitesse avec le bel équipage de Madame! L'auteur du méfait, qui riait sous cape du succès de sa malice, s'écrie: « Ah! parlons de mon bel équipage! En me ramenant, cette nuit, mon cocher l'a accroché, et ce matin il ma fallu sortir dans une vieille voiture que j'aurais honte de montrer aux Champs-Elysées. Chère amie, vous devriez donner l'ordre d'atteler et me menei* faire un tour avant dîner. » La t chère amie » remontrait qu'il était bien tard pour sortir, quand son mari survint alin de rappeler que le dîner à la légation de *** exigeait ce soir la grande toilette. La conversation s'engage entre Monsieur et les dames, de nouveaux visiteurs arrivent, peu à peu le salon se remplit. On plaisante Mme *** sur sa paresse ; elle-même

les services civils aussi bien que les services militaires, le talent aussi bien que le courage. Les fonctions législatives, la diplomatie, l'administration, la justice, le sacerdore, les sciences, les arts, doivent être «l'aussi bons titres d'admission que le

rit beaucoup de la sottise de son portier, qui s'est imaginé qu'elle recevait « tout le monde » parce qu'elle m'avait invité, moi seul, à faire delà musique. Le monde continuant à affluer, je me suis esquivé sans bruit... J.-IV Keicuahut : Lettres intimes, Paris, 1802-1807.

L'Ordre de la Légion d'Honneur.

DANS la pensée de Bonaparte, et comme l'article premier de la loi l'indique formellement, le but de l'institution est de rémunérer

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