‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 300 sur 455 · SAMSCX LIVRÉ AUX PHILISTINS · texte numérisé non relu

SAMSCX LIVRÉ AUX PHILISTINS

Prii de Rome. — Premier grand prix de peinture en 1821. — Tableau de Court.

(École des Beaux- Arts.)

ébranlé et détaché des verrous et des gonds tenant aux portes de Madame. Son Altesse Uoyale et tous ceux qui lui appartiennent, se sont précipités vers le lieu du danger : tout le monde, hors la fille du Uoi martyr, montrait de l'effroi: et celle qui, instruite par le passé, aurait pu, mieux qu'une autre, concevoir de justes craintes, était encore la consolatrice universelle. M. Bellard est arrivé un quart d'heure a|)rcs l'explosion et M. le duc de Ilichelieu qui, dans ce moment terrible, se trouvait chez h; Uoi, et était sorti de chez Sa Majesté pour en connaître la cause, a assisté aux premières recherches.

Le but affreux que l'on se proposait est manqué. 11 n'y a eu que quelques légers dég<\ts, des

de nos Rois, et qui a éveillé la sollicitude et les alarmes de tous les bons Français.

Heureusement la Providence divine ne cesse de veiller sur les (ils de saint Louis!

(Journal des Débats.)

Fondation de l'École des Chartes.

(22 février.)

Sors l'empire, on songea peu à écrire l'histoire. La nation tout entière, depuis son chef jusqu'au dernier soldat, en faisait. Les études mises en honneur par le xvnio siècle, et qui avaient donné auxMabillon,aux Ducange, aux

Robe lie bal. Coiffure ornée de Heurs et de rai>iiià. (D'après le Costume Parisien de 1821.)

Montfaiicon, une immense réputation, restèrent donc abandonnées. Si quelques bons esprits y pensèrent encore, nulle tentative du moins ne vint démontrer qu'ils clierrhassent à faire sortir leurs regrets d'un ordre d'idées tout spéculatif. Enfin la Restauration arriva qui voulait raviver le culte des souvenirs et reconstituer l'ancienne noblesse dont les titres avaient disparu ainsi que les manoirs, dans nos tourmentes sociales. On sentit donc le besoin de créer des gens qui eussent la patience d'aller, au milieu des parchemins, à la découverte des vieux noms et des anciens faits de l'antiiiue monarchie. Depuis que la France, d'ailleurs, était débarrassée du joug de l'ancien régime, depuis surtout que le sceptre de fer, quoique glorieux, d'un conquérant, ne pesait plus sur elle, on comprenait qu'une nouvelle ère s'était levée pour l'histoire. Désormais, il fallait au peuple la connaissance de la vérité; il lui fallait des récits abordés avec franchise, appuyés sur des preuves authentiques; il était nécessaire, enfin, pour remplacer l'éclat des victoires dont les derniers événements venaient de déshériter le pays, de continuer l'illustration de la France par la reprise de ces travaux littéraires, qui l'avaient antérieurement placée au premier rang de la civilisation moderne.

Voilà |K)urquoi un homme de beaucoup d'esprit, bien qu'il se soit jadis rendu coupable de quelques tragédies fornmlées dans le système classique

(rhonorable et savant M. Raynouard, auteur de la grammaire^ de la langue française avant Tan 1000), faillit obtenir alors, dans le but que nous venons d'indiquer, la formation d'une école dans le genre de celle des Chartes. En effet, sur la fin de l'année 1817, le célèbre éditeur des Soirées des troubadours, se promenant en compagnie de M. l'abbé de Montesquiou, ancien ministre de l'intérieur, et resté fort bien avec le roi Louis XVIIl, déroula, tout plein encore qu'il était d'enthousiasme pour son beau langage provençal si sonore, mais appréciant aussi à sa juste valeur notre idiome roman du Nord, aux terminaisons presque toutes assez tristement accentuées, le plan d'une vaste fondation, qui devait, selon lui, procurer à ces vieux dialectes, sinon une popularité que la lièvre politicjue de nos temps les empêchera probablement de saisir jamais, du moins un asile respectable et respecté, où quelques hommes de choix pussent les cultiver en paix, au profit des études scientifiques.

11 ne s'ajzissait de rien moins que de renouveler en quelque sorte Iniquement la congrégation de Saint-Maur. en faisant élever aux frais de l'État, dans une maison appartenant à l'Etat, et dont les professeurs auraient été payés par l'Etat, un certain nombre de jeunes gens destinés à devenir des bénédictins civils; car ainsi les nommait

Chapeau de paille cousue. Redingote à collet en

schall, avec un rang de boutons de métal.

Pantalon de Casimir.

(D'après le Costume Parisien de 1821.)

PARIS SOUS LA RESTAURATION

Chapeau de gaze orne de marabouts et d'une double blonde. Robe de gros de Naples à corsage formé de bandes entrelacées et de bouillons, le bas garni en ruches.

(D'après le Costume Parisien de 1821.)

M. Kaynouard. L'auteur des Templiers, poussé par ce dévouement à la science dont il a toujours fait preuve, offrait même avec désintéressement, d'accepter les fonctions gratuites de directeur de cette école, et afin que ses jeunes religieux ne prissent point trop en dégoût la solitude : « Je louerai, disait-il plaisamment à l'ex-ministre, une loge pour l'année à l'Opéra, et j'aurai une voiture à deux chevaux afin d'y conduire mes moines tour à tour et de les distraire de temps à autre par le spectacle des merveilles réservées aux gens du monde >.

Comme on le voit, le plan était original, et cette idée qui venait tomber ainsi dans la tête d'un poète dramatique, bien avant qu'on songeât à s'occuper comme aujourd'hui du moyen âge, était singulièrement remarquable.

La proposition, énoncée gaiement comme elle fut, plut beaucoup à M. Montesquiou. L'abbé (je tiens ceci de M. Kaynouard) se pâma de rire dans sa soutane, et n'eut chose plus pressée que de raconter le fait à Louis XVIII au petit lever. Le roi dont la fondation d'un pareil établissement caressait les idées littéraires et les prétentions archéologiques, reçut avec plaisir la communication de son ministre, et répondit qu'il y réfléchirait.

Par malheur, il fut longtemps à réfléchir. Les

circonstances fâcheuses dans lesquelles se trouvait alors la France, savoir : l'occupation étrangère et les embarras que donnait au gouvernement un essai de constitutionnalisme auquel la nation n'était pas encore habituée, firent ajourner la mise à exécution du projet dont nous parlons. L'honneur d'avoir créé l'École des Chartes n'appartient donc pas à M. Haynouard; il revient à l'un de ses collègues de l'Institut, professeur à l'Lcolc de droit, conseiller d'État, homme doué d'une grande érudition, à M. le baron de Gérando.

De fait, le vendreili i mars i8ii, parut, dans la partie officielle du Moniteur, une ordonnance royale précédée du rapport, si^rié de M. Simèon, ministre secrétaire d'Ktat au dèparlement de l'inlèrieur et daté du 2:2 février 1821, rapport qui avait été rédigé d'aprrs un mémoire et un projet présentés au ministre par M. de Gérando.

Le 5 mars de la nièine année, M de Lespine, employé aux manuscrits de laBibliolhèfpie royale, et M. Pavillat, chef de la section historique aux archives du royaume, furent noniniès prolesseurs à l'École des Chartes, aux appointements de douze cents francs chacun.

Ininièdiatement, rAcadèmie présenta ses candidats qui furent tous agréés par le ministre, et les cours commencèrent. Une cliose remarquable,

Chapeau de velours brodé de grains d'acier et orné

de plumes d'autruche. Robe de velours

garnie de plumes assorties (1821).

(D'après le Costume Parisien d« 1821.)

c'est que la création de TÉcole des Chartes, loin d'avoir été accueillie avec plaisir par le public

LA LÉliENHK N APOLKOMENNE I>ANS LlMdSTlllE

PAniSIENNE. — nONnONMÈIlE EN CRISTAL DE

HOCHE AVEC POUTRAIT DE NAl'OLÉON".

(Collection Paul Le Roux.)

Ce» bonbonnières d'un traviil curieux ne furent très probablement fabriquées (jut- sous la Keslauralion et Tannée de la mort de l'Empereur, «iuoiquellcs i>orlcnt des dates antérieures.

d'alors, et prise au point de vue historique, fut blâmée vivement au contraire, regardée comme une arrière-pensée aristocratique et contre-révolutionnaire. Héranger qui était alors infatigable, et dont la plume valait à elle seule une armée au parti libéral, répondit à l'ordonnance royale par un de ces coups de boutoir populaires, qui, tout en affectant de se montrer aussi légers qu'une épigramme, sont, au contraire, aussi lourds qu'un coup de massue. 11 lança dans le public chantant, et alors tout le public chantait les chansons de Déranger, ce fameux et plaisant refrain :

Charticrs, rendez-moi l'honneur,

Je suis bâtard d'un grand seigneur.

Je ne dirai rien de ce que produisit la première promotion de l'Ecole des Chartes, parce qu'il ny a rien à en dire. La plupart des élèves présentés et reçus dans les formes indiquées par l'ordonnance du roi étaient cousins, neveux ou arrièrepetits-cousins des membres de l'Académie, et presque tous aussi incapables que leurs parents et j)rotecteurs, lesquels les avaient jetés là en désespoir de cause. {Paris pittoresquey

par une Société d'hommes de lettres.)

La nouvelle de la mort de Napoléon.

LE général Rapp étant de service auprès du Uoi, à Saint-Cloud, apprit, au moment d'aller déjeuner avec Sa Majesté, la mort de Bonaparte.

Ce général ne voulut d'abord pas croire

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