SEMENT DE LA STATUE DE LOUIS XIV
(Musée de la Monnaie.)
maître de l'Université, supprime l'École normale, fait fermer les cours de Guizot, de Cousin et deLacretelle à la Faculté des lettres où les auditeurs ne sont cependant admis que sur présentation d'une carte et après avoir déposé à la porte cannes et bâtons.
Ce redoublement de rigueurs a son origine, sinon son excuse, dans les complots militaires, ourdis par les sociétés secrètes contre le gouvernement. A Paris, les affiliations aux ventes de la Charbonnerie se propagent jusque dans l'armée; les royalistes sont impuissants à démêler ce réseau insaisissable d'intrigues.
Le complot des quatre sergents de la Rochelle, accusés de conspiration contre la sûreté de TÉtat, avertit le gouvernement du danger, sans lui fournir des armes contre les ventes. Le public suit anxieux les péripéties du procès de Bories, Raoulx, Paulmier et Goubin. Le procureur royal de Marchangy requiert et obtient contre eux la peine capitale.
Pendant la lecture du verdict, que rend plus sinistre l'appareil d'une séance de nuit, avocats et spectateurs éclatent en sanglots.
Le lendemain de l'arrêt, les Ventes parisiennes se concertent pour aviser au moyen de sauver les condamnés. Vainement, on tente d'acheter à prix d'or la complicité du directeur de la prison de Bicôtre pour favoriser Invasion.
Le 21 septembre, à 9 heures du matin, une foule immense qui a envahi la place de la Grève, les quais et môme les toits, attend, muette et consternée, le passage des charrettes. Calmes devant la mort comme ils l'ont été pendant les débats, les quatre jeunes gens montent à l'échafaud au cri de : « Vive la liberté! » Rarement exécution émut davantage le peuple de Paris qui s'habituera désormais à voir dans les sergents de la Rochelle les martyrs d'une cause sacrée.
Le lendemain, les journaux donnent en môme temps que les détails du supplice, le compte rendu d'une soirée théâtrale aux Tuileries en l'honneur de l'anniversaire de Mademoiselle, fille de la duchesse de Berry. Et cette coïncidence parait un défi à l'opinion publique.
Impitoyable pour les factieux, Louis XVIU et les ultras réservent leurs faveurs pour les soutiens de la monarchie. On rehausse le prestige de lÉcole polytechnique, toute dévouée aux Bourbons, en remplaçant l'habit bourgeois à boutons dorés aux armes de France par le costume militaire. Le roi, qui se pique de goûter les bonnes lettres, encourage les débuts du jeune Victor Hugo par une pension de 1,000 francs sur sa cassette. Le livre, publié sous le titre d'Odes et Poésies diverses, voit le jour grâce à la libéralité d'Abel Hugo, qui supporte les frais d'édition. De facture toute classique sous leur rhétorique hardie, ces Odes décèlent, pour les esprits avisés, une surabondance de force et comme une pléthore de talent.
Catholique et royaliste, Victor Hugo salue avec enthousiasme la rentrée des Bourbons et la naissance du duc de Bordeaux; mais, à y regarder de près, on le sent déjà hypnotisé par la grandeur de l'épopée impériale et
PARIS SOUS LA RESTAURATION
reconnaissant au grand despote de la gloire dont il a gorgé la France.
0 Français ! des combats la palme vous décore; Courbés sous un tyran, vous éliez grands encore. Ce chef prodigieux par vous s*est élevé ; Son immortalité sur vos gloires se fonde Et rien n'efTacera des annales du mondo Son nom par vos glaives gravé.
Bien pâles, en efTet, paraissent les solen-
HéDAILLE FBAPPÉB A L'oCCASION
DB LA BIÉOUVEBTUBB AU CULTE DE l'ÉGLISE
SAINTB-GEKEVIÈVE (PANTHIÉON.)
(Mutée de la Monnaie.)
nités de la monarchie, telles que l'inauguration de la statue de Louis XIV ou du monument de Malesherbes au Palais de justice, auprès des fêtes de l'Empire. Et que sont les parades militaires de Beaujeon, cette mesquine entrée de Henri IV à Paris, auprès du triomphal déûlé des aigles de la Grande Armée f
La gloire militaire! Le peuple de Paris en est sevré, réduit à applaudir au Théâtre Français un ou deux vers allusionnels du Sylla de Jouy ou du jRé^/tMd'Arnault. Que ces instants d'émotion lui semblent fugitifs! Et certes, il faut toute la sensibilité entraînante de
Mlle Georges pour qu'il écoute jusqu'au bout de froides machines bibliques en 5 actes comme les Macchabées de Guiraud ou le Sa&l de Soumet. Et toute la mimique terrible de Talma-Oreste suffit à peine pour dissimuler le vide de cette longue suite de monologues et d'imprécations qui s'appelle Clytemnestre.
Certaines hardiesses de ces pseudo-classiques prouvent pourtant qu'ils subissent, malgré eux, l'influence libératrice des théâtres étrangers. Il y a dans Sylla une scène de somnambulisme directement calquée sur Shakespeare. On joue périodiquement, rue de Richelieu, VHamlet de Ducis et Ton y découvre quelques belles situations. Les bourgeois du Marais et du quartier de la Bourse applaudissent à la Porte-Saint-Martin le Château de Kenilworih, mélodrame tiré de Walter Scott, dont les œuvres complètes, publiées par Gosselin, s'annoncent comme un grand succès de librairie. Est-ce à dire que l'éducation du public parisien soit faite? Le parterre de i'Odéon se récrie si l'on apporte sur un brancard Ephraïm pour être livré aux roues et aux chevalets du tortionnaire; il siffle les comédiens de Windsor qui tentent^ à la Porte-Saint- Martin, des représentations intégrales de Macbeth et d'Othello. Mais si, du fond d'une loge, on regimbe contre ces importations exotiques, à la lecture on flnit par s'y habituer et par lefc apprécier. Et quelle année fut plus féconde en publications étrangères? A l'étalage de Ladvocat, le grand libraire du Palais-Royal, les œuvres allemandes et anglaises attirent les fureteurs et les bibliophiles : ici, comme suite au Shakespeare de Guizot, les pièces de Lope et de Calderon; ailleurs le Don Juan de Byron voisine avec VEgmont de Gœthe. Les feuilletonnistes dénoncent et flétrissent notre ignorance afl*ectée des richesses de nos voisins.
C'est l'aube du Romantisme : autour de Charles Nodier, qui publie 7Vi%, se groupent les habitués du premier cénacle; Stendhal, porte-drapeau de la nouvelle école, lance sa brochure sur Racine etShakespeare. Et, malgré Tengouement persistant pour les Méditations, phénomène sans précédent dans le siècle, le petit recueil de poèmes d'Alfred de Vigny trouve des gens de goût capables de comprendre ce penseur désenchanté.
Les femmes des salons s'imprègnent d'un sentimentalisme imprécis, d'une mélancolie prétentieuse qu'elles puisent dans leurs auteurs favoris : snobisme de commande, dont elles se dévêtent aussi rapidement que de ces nouvelles c blouses » bouffantes et gracieuses qui sont la parure négligée des Merveilleuses à la mode; maladie éphémère qui n'empêcha