I N T E R I E L' H DE LA SYNAGOGUE DE LA RIE DE NAZARETH
D'après une gravure de l'époque. — (Musée Carnavalet.)
pas ces admiratrices de Byron d'assister aux bals de TOpéra, très brillants, sauf celui du dimanche gras ou aux premières de l'Opéra Italien.
Rossini est le maestro incontesté de ces deux scènes. Si Moïse en Egypte semble un oratorio longuet, si Tanaèdc, opéra sérieux, n'a qu'un demi-succès, par contre à Roméo et Juliette^ kCendrillon^k la reprise de la Gazza Ladra on refuse du monde salle Louvois. Que sont les décors iïAladin ou la Lampe merveilleuse, les danses voluptueuses du Paradis de Mahomet pour lequel la salle Feydeau a fait des miracles de mise en scène, que sont ces splendeurs auprès des cantabile où Mme Pasta se fait applaudir avec frénésie?
Le lendemain de ces soirées sensationelles, les élégants en frac anglais, les coquettes à taille guêpée et à capotes gigantesques commentent chez Tortoni, en grignotant des meringues, le jeu passionné de Garcia ou de Mme Manvielle-Fodor. Longchamp n'étant plus de mode, et Tivoli trop mêlé, Tortoni et l'Académie restent, en dehors des théâtres, les seuls endroits où il soit de bon ton de se ren-
contrer. Les grandes dames font queue à la porte du Palais Mazarin : au plus fort de l'hiver, emmitouflées de pelisses, elles battent de leurs chaussures fmes la boue gluante pour entendre Saintine débiter ses phrases ampoulées sur l'enseignement mutuel.
Au Salon, peu fréquenté par le grand public, la réunion choisie s'est formée en cour admiratrice devant la Corinne au cap Misène de Gérard. On emploie à tout propos ce mot de saison : « cela est aimable. » Aimable le David dissipant par les sons de sa harpe la tristesse de Saiil, de Gros; aimable le Ruth et Booz de Hersent. Quant aux fervents de David ils ont pour cette fantastique Barque du Dante, début de Delacroix, un mot féroce : « cela est barbouillé avec un balai ivre. »
Vers la fin de 1822, l'art classique se meurt de sécheresse et d'épuisement. Un idéal plus libre, plus pittoresque, plus personnel commence à poindre, en réaction contre la pompe, la rigidité conventionnelles et les élégances fanées. Et c'est cette réaction, à laquelle Paris devra ses plus hautes gloires littéraires.
F. Evrard.
PARIS SOUS LA RESTAURATION