DE CHAILLOT
D'après une gravure du temps. — (Collection G. Hartmann.)
Celle pompe, ainsi que celle du Oros-Caillou, fut construite vers 17S.^, par les frères Terrier, qui dirigeaient alors une compagnie dite des Kaux de Paris, Cette machine, la première qui ait paru en France, fut, depuis ses établissements, et notamment en 1S05, puis sous la Restauration, considérabbment perfectionnée. Klle servait à alimenter d'eau dix fontaines dans Paris. On l'appelait pompe à feu parce qu'elle était mise en mouvement par la vapeur qui s'échappait de.s chaudières construites sur des fourneaux de grande dimension.
DANS ce siècle où chaque année sennble avoir sa personnalité, l'année i823 se distingue surtout par le nombre et rinnportance de ses criminels. Qu'il suffise de
LE .SERGENT MERCIER s'oPPOSE A L*AR RESTATION DE MANUEL.
D'après une gravure de l'époque.
(.Musée Carnavalet.)
citer LecoufTe. Feldtmann, le médecin Castaing, une des âmes les plus scélérates qu'il y ait jamais eu, et la femme Boursier, qui, par dévouement à la cause philhellène — elle voulait épouser le Grec Kostolo — empoissonna son mari.
Comment les crimes ne seraient-ils pas très fréquents à une époque où la police se consacre presque entièrement à la politique? Le gouvernement, qui se sait impopulaire, s'appuie de plus en plus sur les juges, les geùliers et les agents provocateurs. Paris est encore tout Hvmissant de l'exécution des quatre Sergents de la Rochelle. L'indignation et la douleur d'un parti sont devenues celles d'un peuple. L'opposition, désormais irréconciliable, saisit toutes les occasions et prend toutes les formes.
Manuel est expulsé de la Chambre, le 4 mars, pour avoir fait entendre à une tribune qui n'est plus libre des paroles que la France entière a répétées avec une patriotique émotion. Dès le lendemain, un journal libéral, le Miroir, publie un article intitulé : MANUEL DE l'homme DE BON TON. Seœnde édition,
< Je ne sais en vérité, dit l'auteur de cet article, de quels termes me servir pour exprimer d'une manière convenable la haute estime que je professe pour le ^anu^/ dont je vais parler. Les quahtés les plus heureuses se réunissent pour en faire l'objet de l'admiration générale... Tout prévient en sa faveur. Le style n'est pas son seul mérite. Que si on le considère
\ H H K > T A r ION 1» r n k v y t k m a n r k i, a l a c h a m b r e . (ir.ivt' |».ir RF.vii.i.r, d'après !<• ilossin d*» MARTrNKT. — ((^4ollection Charles Simond.)
MEDAILLE FRAPPEE A L OCCASION RETOUR DU DUC d'aNGOULÊME.
(Musée de la Monnaie.)
sons h' rapport lypoi^raphique : quel carnctère! (•♦*st du romain: qI sa justification. Kst-il quel- (pic chose de plii< satisfaisant, de plus beau, (le plus élégant?. .. Je le recommande à toutes les personnes qui ont à cœur de s'instruire des lois de la bonne compagnie : quant à moi, je l'aurai toujours dans ma chambre. »
Ce Manuel de r homme de bon ton, ouvrage d'ailleurs fort médiocre, n'a pas été inventé pour les besoins de la cause. Cette réclame à double lin double sa vente.
Le ser.ii(^nt Mercier, qui a refusé d'empoigner Manuel exerce, rue aux Fers, la paisible profession de bonnetier. On ouvre une souscription à vingt-cinq centimes pour lui offrir un sabre de mille francs, et dans (juelques jours ♦•lie est couverte. Le portrait du héros est vendu clandestinement. Dans sa boutique les clients atlluent. Ils achètent, afin d'ennuyer le gouvernement, des gilets de flanelle dont ils n'ont pas besoin, et s'encombrent de bonnets d(* coton pour accomplir un devoir civique.
Les prisons se remplissent de journalistes, de littérateurs qui ont le mauvais goût de no pas suffisamment vénérer les ministres. Jay el .louy sont enfermés à Sainte-Pélagie et y conq)Osenl, à l'abri des bruits de la rue, les Hermttes en prison. Magalon est transféré à Poissy, enchaîné à un voleur cpii a la gale. Au moment où il passe rue des Petits-Augustins, une femme lui jette d'une fenêtre un bouquet de fleurs. Bouquet emblématique, dans lequel on peut voir l'expression délicate et diar^ mante des sentiments de Paris,
PARFS.SOrS LA RESTAURATION.
VAlbum, le Miroir, les F.unes parisiennes, tous les journaux qui n'approuvent pa> la politique du gouverneraenl sont surveillés, avecun zèle infatigable, par a police, en attendant qu'on les supprime. Leurs moindres allusions sont dénoncées à la riirueur des lois, et si par hasard ils parlent d'un coquin.
sans le nommer, on les accuse d'insulter les ministres.
Louis XVill laisse faire. Assez clairvoyant j»our voir le mal. troj) aiïaibli |)oiir rem])ôcher. il assiste à son règne. De temps en temps, pour montrer au peuple qu'il nest pas encor(; mort, on conduit à quelque inauguration ce débile re])résentant d'une fragile royauté. Ainsi, le i5 septembre, il se rend à l'Exposition de Tlndustrie et «^ laissf» tous les cœurs émus de sa bonté •.
En dépit des formules olïicielles, ni ce fantôme de roi ni son terne entourage n'intéressent le public. Les Parisiens, devant le nouveau héros qu'on oiïre à leur admiration restent indifférents on hostiles.
Les acclamations qui accueilb-nt, le 2 décembre, le dur d'Angoulême à son entrée dans Paris par l'Arc de l'Étoile, ligure en toile peinte, ne trompent personne, et legouvernement sait, pour les avoir payées, ce qu'elles représentent et re «jumelles valent.
Seuls les auteurs dramatiques montrent quelque enthousiasme.
Ils célèbrent la prise du Trocadéro. Honnêtes fabricants de pièces de circonstance, ils en font, avec la même conviction, sous tous les régimes.
Avec cet esprit prophétique qui distingue b'S poètes de coui", les auteurs du Sièye de
Gênes, donné à l'Odéon le 20 décembre, adressent au duc d'Angoulême ce couplet flatteur :
BAL DONNE A L IIOTEL-DE-VILLE EN l'honneur de S. A. U. MtiR LE DUC d'aNGOULÉME. D'après une gravure du temps. — ((^olleclioii <"i. Hartmann.
De palmes son fronl se couronne.
De ses guerriers il est l'amour.
Qui sait si bien défendre un trône Est digne d*y monter un jour.
LA VICTOIRE RAMÈNE S. A. R. MGR LE DUC d'aNGOULÊME. D'après une gravure du lonip>. — (Musée (^ai-navalel.)
Mais le public n'allait pas au théâtre pour acclamer le gouvernement. II y cherchait au contraire toutes les occasions qui lui permettaient de l'attaquer d'une manière détournée et sans trop de risques. Il se passionnait bien moins pour les pièces de circonstance que
pour les querelles déjà fréquentes entre les directeurs et leurs artistes. Il soutenait Perlet, qui refusait de débuter au Théâtre- Français et Potier, transfuire de la Porle- Saint-Martin, à qui le nouveau directeur de ce théâtre réclamait une indemnité de H millions. Il assistait avec regret à la retraite de Martin, le rival d'EUeviou et avec admiration