HENRI-AUGUSTE TRUMEAUX
Condamné à mort le 2 «germinal an XI.
D'après un dessin du temps. — Hildiolhèqne nationale. (Colleclion Hennin.)
violents, l.a joune sfrnr épouvantée appela son père : celui-ci, ([uoiqu'il oiU d'ahorrl nié avoir ▼isilé sa fille, est ensuite convenu qu'il est réellement monté en ce moment dans sa chambre, et qu'après avoir jeté un coup d'o'il. de la porte, il s'est aperçu qu'elle tournait à ht mort.
Ce fut alors qu'il fit appeler de nouveau le chirurgien, qui fut fort étonné de trouver morte la personne qu'il avait visitée trois quarts d'heure auparavant, et dont l'état ne hii avait fait concevoir aucune inquiétude
Le père, en reconduisant le chirurgien, lui observa de ne ])as oublier qu'il l'avait envoyé cherchep deux fois Le même jour, à neuf heures et demie du soir, tout le quartier fut instruit de la mort de cette intéressante et malheureuse demoiselle. A cette nouvelle, une bouchère voisine, à qui elle avait parlé quelquefois de ses peines, s'écria : Ah! le monstre! cest lui, c'est son père qui l'a empoisonnée! Et le même cri fut répété par plusieurs autres personnes.
Le lendemain 22, le cito^yen Saussai, magistrat de sûreté de l'arrondissement, averti par le citoyen Carron, se transporta chez l'épicier avec l'offlcier de santé judiciaire, le cito^ven Burard. Celui-ci déclara à la première inspection que la personne était morte de poison. Les lèvres étaient noires, la langue sortie d'un demi-pouce avait été violemment comprimée par les dents; les mains avaient éprouvé une telle contraction, que le bout des ongles était enfoncé dans la paume de la main.
Une cuisse avait eu un tel mouvement de rotation, qu'elle s'était rejetée sur l'estomac.
On procéda le 23 à l'ouverture du cadavre. Il fut
reconnu que la victime avait été empoisonnée avec de l'arsenic, dont plusieurs grains ont été trouvés encore intacts dans l'estomac, et ces grains comparés avec l'arsenic saisi chez le père, ont été jugés être de même nature et de même (jualité.
L'avis de l'officier de santé judiciaire fut que la personne avait été empoisonnée deux fois: la première dose n'étant pas assez forte, avait été évacuée par les vomissements de la journée; la seconde dose, qui fut prise après la visite du chirurgien Carron, fit périr en peu de temps la victime dans des lourmenls allreux. Un procèsverbal très détaillé est joint à la procédure et fait frémir l'humanité Le magistrat [reçut quelques déclarations
La surveillance la plus rigoureu.se fut mise sur l'épicier beaucoup de personnes s'attroupèrent le ^25 au soir On ne parlait que des vertus de la fille et du crime du j)ére (Craignant une émeute populaire, le magistrat de sûreté fit fermer la boutique et plaça auprès de l'épicier un emplové de la préfecture, qui [Kissa avec lui la nuit.
Le lendemain, dimanche 2(). on mit des sentinelles à la porte. Le corps <le la jeune personne fui exposé, et ensuite porté à l'église et à la sépulture accompagné de parents et d'amis versant des larmes sur un si fatal événement.