‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 366 sur 455 · H. J<H VIN · texte numérisé non relu

H. J<H VIN

Un type

du Palais-Royal :

Chodruc-Duclos.

CE gueux célèbre a eu, de son vivant, les honneurs d'une biographie en quebiue soilc onieielle. Le portrait placé en léle du volume est superbe (ihodruc e>t représenté marchant les mnins croisées derrière b; dos. scion s«»n habitude. Le i)i'oliI, rè^'ulicr. ne manriue pas de di^Miitè. I'omI est beau; le nez, a(|uilin: les lèvres fortes; la barbe et les che'veux vont se perdre sous le C(dlet d'une redingote haut montée. Le dos est voiUé, mais les épaules sont lar^res, et les mollets aileetent une saillie vi^s^oureuse.

La tenue est «'elle d'un homme qui serait sorti depuis dix ans sans changer d'habits. Le fond du chapeau s'est aftaissé; ses bm-ds se contournent comme ceux d'une salade de ligueur. Hedingote et pantîilon sont déchirés avec le p us

I' K T I T s M K r I E » s DE I' A II I S .

Marchande de légumes.

D'après l'original de C a r l e V e n n e t .

(BiLIiolhèqiie de la Ville de Parii.)

LES PETITS MEriEllS l>E ï'AItlS.

L'ulhnncur de léverbèrcs.

D'après l'original de (mui.k Vkknkt. - i Uiblioliaquc de la Ville de Parin.)

grand art. Ce ne sont pas créneaux et dentelures compliquées cunime cidlcs des j«q)es i»ortées par d'élégantes [)etites n^aitresses Les crevés sont nombreux. Au travers du drap, le coude s'est fait jour : les genoux se montrent à nu ; il v a s(dution de continuité dans bien des coutures, (juant aux bottes, il non reste plus qu'une paire de senndlos retenues par des lanières croisées sm'dt's pi.Misomniaillolésde chilTons.

Sous celle livrée de liaiNons, rpii reconnaitraitun e\-ln'an de l'Umpiro? CLodruc avait été le Non de <*el te ville coipiotle qui se nomme Hordcaux. Lt alors, «m no l'appelait plus que le SuperOe.caminQ fdus tanlon no l'appela que Vlloiiuue à la lonyue barbe.

Fort, beau, adroit, passionné on toutes ("hoses, le SujK'ilic avait fait parler de lui de Ixuino heure. Légitimiste exalté, sa vie n'avait été qu'une lutte continuelle contre le pouvoir do la Uèpublifpie ot<lu Considat, — lultepl(M*no d'épiso<les rnmanesciues.

Aux (ientjours.il se jette dans la Vendée. Son dernier duel l'y iittendait.

In Larocbejacqueloin, son compa[.'iion d'armes, le ti-aite do roturier :

* .le m'en fais gloire, répond Clnxlruc Je me bats pour mon roi, et non pas, comme vous, pour im morceau de parchemin ->

Puis, il force son compagnon d'armes ii se rendre sur le terrain, et il le lue — Uuolles leçons de principes! Ht quel théâtre bien (hcisi pour les donner!

LES PETITS SI li TIERS I» K I» A II I S .

Marchande de qualre-llcurs.

D'après l'original de ('. aulk V eu ne t.

(Hibliolhcqtie de la Ville de Paris.)

Du reste, celte reneonlre devait èlre aussi fatale au roturier qu'au noble Les Larochcjacquelein demandèrent justice au roi. et le bouillant défenseur de la lé^'ilimilé lut condamne à ne rien recevoir de cette lîestauration pour lariuelle il avait fait tant de coups de tèle.

11 a beau provoquer le colonel l'abvier au restaurant et le blesser à l'cpaule sans lui laisser le temps d'avaler s-ui potaire:

Il a beau voir Pevronnet, son imcien com- I>a^non, devenir frarde de sceaux; la manne oflicielle ne tombe pas pour lui.

On lui offre, il est vrai, l'épaulelte de commandant de gendarmerie. Mais elle paraît trop mesquine à cet ancien enfonceur de gendarmes. Il veut être colonel, et même général, au dire de certains. On le laisse marcbander, on le laisse s'user, se froisser, s'aigrir au milieu des humiliations et des déceptions qui attendent à Paris plus d'un pétitionnaire. Kt si (Ibodruc menace, la police de M. Decazes, encore un enfant de la Gascogne, est là pour lui prouver qu'elle saura suivre l'exemple de roucbé.

C'en est fait alors. Notre solliciteur crache surlhumanité-Il vivra désormais en cjnique. Le Supi'vlip ne sera plus (|ue Vllomme à la lonrjue ha rht' du Palais-Hoval; c'est au rentre même de l'élégance parisienne de son lcm[>s cpie, nouveau Diogène. il étalera ses haillons; c'est là, que sa dégradation phvsique insultera publiquement à l'ingratitude de ses amis nd

pouvoir. A dix heures du soir, en hiver; à minuit, en été, Chodruc quittait sa promenade favorite pour se perdre dans les ruelles immondes sur lesquelles se dresse aujourd'hui le grand hAlel du Louvre. II entrait dans un hùtel du dernier ordre, jetait sans «lire un mot sa pièce de vingt sous sur la table, prenait une chandelle et montait à une chambre dont il refusait d'ouvrir la porte à qui que ce fiU De deux à (|uatre heures de l'après midi, selon la saison, il se levait, descendait, remettait la clef aussi silencieusement que la veille, et allait s'attabler chez une fruitière du voisinage où il proportionnait son appétit au contenu de sa bourse.

LOREDAN LaRCHEV.

(Gens Siugnliers )

Les débuts de Duprez.

(1" déceujbro.)

TANDIS que Duprez, repoussé par un jury officiel, vovait avec douleur s'évanouir ses doux rôves d'enfant. Alexandre Choron, pauvre, méconnu, sîms protecteurs, mais persévérant comme le ^cnie, et plein de foi dans la religion de Tari, fondait, à travers mille obstacles, la célèbre école «roù devait sortir, avec tant d'autres artistes éminents, le premier chanteur français de notre époque.

Seul, peut-être, Choron avait deviné ce que serait un jour l'enfant que le hasard lui avait confié; aussi Cilbcrt était-il pour lui plus qu'un

LES PETITS MKTiEns HE p A H I S . — Gagne-pollt

D'après l'original de Carle Vehnet.

(Hibliolhèque de la Mile Ct Paris.

Chapeau de tissu de bois dil paille do riz orné do rubans de satin. Hohe do loilc garnie

de trois volanls dont un ù tête.

(D'après le Costume parisien c'e 1825.)

élève : cétait un disciple chéri : il ne pouvait l'entendre chanter sans attendrissement. Souvent, incapable de maîtriser son émotion, on l'a vu fondre en larmes aux accents de son fils d'adoption. Quelquefois, il se plaisait à unir sa voix chevrotante, et même un peu fausse, à la voix pure et mélodieuse de l'enfant.

Cependant, selon cette maxime si connue : qui aime bien chdtie bien, Choron, qui adorait son élève, le gourmandait souvent. Lu jour, à la suite d'une sévère admonestation, le père de Duprez se présente à l'école de la rue Notre- Dame-des-Champs.

• Eh bien, monsieur Choron, èles-vous content de Gilbert? — Non, monsieur, c'est un drôle que je punirai! — Et vous ferez bien, monsieur; je vous V autorise: je vous y aiderai même s'il le faut, dit le papa Duprez en brandissant sa canne: laissez-moi faire! — Comment, que je vous laisse faire? Voudriez-vous le battre par hasard? Un enfant qui chante comme un ange ! — Mais, monsieur, vous me disiez... — Le meilleur sujet de mon institution! — Vous vous plaigniez... — Qui sera un jour le premier chanteur de son siècle! — Oh ! il a si peu de voix î — De la voix ! eh î qu'en a-t-il besoin? S'il n'en a pas, il chantera avec sa jambe! et il chantera encore mieux que les autres. «

v<ux. devenue si idciiio dp charme Irgèrcnipul voilée

Et Choron laissa le père Duprez fort indécis de savoir s'il devait punir ou embrasser son fils.

Après un vovage en Italie, entrepris aux frais du ministère de la maison du roi, Duprez, de retour à Paris, en i825, se déci<la à débuter à rOdéon. Il était alors dans sa <lix-neuviéme année. Sa voix était formée, ou plutôt elle avait franchi cette période intermédiaire pendant laquelle l'organe se développe et acquiert l'étendue et la qualité qu'il doit avoir.

Il n'v avait plus à en douter : Duprez avait une voix <lo ténor! seulement cetle puissante, était, à cetle époque, et de douceur, mais faible et daus les registres inférieurs.

Pour le public, et surtout pour le public de rodcon, quimporlaieut le goiit et le savoir, s'ils n'étaient secondes |»ar les «lualilcs nialérielles ? -N'était-ce pas une imprudente hardiesse que de se présenter devant de tels juges avec une voix à peine formée, un pbvsi<iue exigu et une loinpléte inexpérience de la scène? Choron romiu'enait le danger mieux que raventui-eux Jeune homme, et ce fut contre sa volonté que INijutz risjjua cette première et terrible épreuve. Mais une voix impérieuse, celle du devoir et de l'amour filial, jiarlait à l'oreille de Duprez plus haut (jue la voix «le son maître. Il se décida à passer le Hubicon, et le début eut lieu dans le Barbier île Sccille.

Coiiïure en baréges et épingles d'or. Robe de

crêpe ornée de rouleaux de satin.

(D'après le Costume parisien de 1825.)

LE VIEUX PAHIS.

Quartier du Palais-Royal. — La rue Kadziwill.

Le n" 17 de l.i rue Radziwill esl l'ancien lu)i(l du président Maupeouje n^ l\) celui du duc de Noirmouliers (Ei>m. Bkai uh-aire.)

laquelle jadis on avertissait nos pères. Chose remarquable, on voit plus d'une jeune femme travailler le jour dans un magasin ou même dans un restaurant, et débiter le soir un rôle au Montparnasse, à Charenton, ou figurer dans les chœurs des petits spectacles.

• J'ajouterai que l'éducation des filles de nos riches artisans est souvent aussi soignée que celle des classes les plus élevées : les arts «l'agrément sont si communs dans la bourgeoisie de Paris, qu'on compterait plus facilement ceux qui les négligent que ceux qui les possèdent; la raison en est simple : quoique l'or s'apprécie beaucoup dans ce siècle, une heureuse expérience a souvent appris que les talents, ressource puissante dans l'adversité, ont fait contracter d'excellents mariages et sont quelquefois la seule dot de la beauté ».

H. Mazier du Heaume.

(Voyage d'un jeune Grec à Paris).

Les soirées du grand monde.

CE sont les étrangers qui font presque exclusivement les honneurs de Paris. On ne conçoit pas, par exemple, que le prince et la princesse de Chalais, qui sont accablés de richesses, chez lesquels les successions les plus inattendues même abondent, ne donnent jamais un verre d'eau. Leur fils, le comte Elie de Périgord, et sa femme Mlle de Choiseul,onl une fortune énorme; eh bien! ils vont partout, recevant de tout le monde bals et festins, et n'inventent pas de rendre la moindre chose à qui que ce soit.

Le prince Tufrakin donne des soirées et de fort jolis bals. Il y a une société de vieilles joueuses : la comtesse de Lujnes, la comtesse Tyskiewicz, Mme Dumesnil, etc. Elles se réunissent le mercredi à l'hôtel de Lujnes; M. Poter, Anglais, gendre de M. de Vaublanc, fait le banquier et gagne beaucoup d'argent. La duchesse de Raguse a aussi des concerts, Mme Pasta, Mlle Cinti, la fieur des pois des cantatrices, une société mélangée de l'ancienne et de la nouvelle cour, s y réunissent.

Bal chez le comte Stanislas Potocki; il y avait foule, et le bal était fort joli. Le comte est un Polonais de quarante-cinq ans, fort riche et danse comme un perdu.

Nos ministres font généralement une chère détestable, en exceptant co{iendant le garde des sceaux Pevronnet, qui la fait très bonne, et M. de Chabrol, qui la fait passable.

MM. de Villèle, de Clermont-Tonnerre, de Damas, rivalisent on festins déplorables. Un des convives du ministre des AlTaires étrangères, vovant derrière lui un palefrenier de M. de Damas qui le servait, et mourant de soif, lui a dit : c Mon ami, (juand tes chevaux ont soif, que faistu? — Monsieur, je monte dessus et je les conduis h. l'abreuvoir. — Alors, fais-moi le plaisir de me sauter sur les épaules. »

(Journal du maréchal Iîom de Castellane.)

LE VIEUX l'AIUS.

Quartier du Palais-Royal.

La rue des Bons-Knfanls (n" 19 et 21.)

Le no !*.) de la rue des BoQS-FnTaDls est un ancien hôtel que iit construire le cardinal de Richelieu pour y installer Tabbé de B<:>is-Roberl . Sous la Régence, le cardinai Dubois l'habita: le comte d'Argenson y vint ensuite j^arder les sceaux du duc d'Orléans. D'où le nom de chancellerie d'Orléans qu'il porte encore à son frontispice. Le n» 21 est l'hôtel de la Roche-Ciuyon. Dans la même rue, au n" 14, habita Brillat-Savsrin, Tauteur de la PAysiolugie du gont (Edmond Bealrki'aire.)

Janvier.

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