‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 365 sur 455 · L.i- Il V I:. I · texte numérisé non relu

L.i- Il V I:. I

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PARIS DK 1800 A 1900.

sur son cœur : « Pauvre amie, dit-il, ta souffres autant que moi. »

Courageux contre la mort qu'il vovait approcher sans effroi, il tenait rependant à la vie par de si tendres liens, qu'il prescrivait lui-même les remètles violents qu'il crovait propres î\ la lui conserver Le siniementdelaponipe à ventouse déchirait le cœur des assistauts : • yïwrlijriaeZ'moiy disait-il, la douleur fuit di version ù mon mal. »

Quehpies minutes avant sa mort, il tourna un regard à demi éleint vers sa femme assise à ses

lipopoli, qu'il avait pris à son service lors de son séjour en Turquie, fut appelé pour aider ses neveux: mais à peine l'a-t-on soulevé, que sa tète se penche du cùté gauche; on retend de nouveau sur son lit, son front se relève, ses veux éteints hrillent tout à coup d'un éclat extraordinaire, se tournent vers le ciel où son regard suhlime s'arrête et se fixe pour toujours.

A ce moment imprévu, ses neveux se précipitent sur ce corps inanimé, ils le pressent do leur poitrine nue, ils cherchent à le réchauffer de leur

Prix de Rome do 1825. — Premier grand prix de peinture. —

(tcole des Beaux-Arls.)

Tableau do Norblin.

côtés, et lui prenant la main : C'est toi, ma bonne

amie je te vois encore et nos enfants!... 11

s'arrêta : et cette îlmc forte eut le courage de ne point briser le cœur dune mère en lui otVrant le spectacle déchirant de ses cinq enfants rassemblés autour du lit de leur père, qui était prés d'ex.pirer.

Les neveux profitèrent d'un moment de calme, sur lequel ils ne se faisaient pas illusion, pour entraîner la malheureuse épouse hors de la chambre avant le moment fatal. A l'instant où ils rentrèrent, le général témoigna le désir ou plutôt la volonté de sortir de son lit et de changer de place.

Son valet de chambre, Perœko, grec de Phi-

haleiuo. leurs cris l'appellent; mais c'est vainement qu'ils font retentir à son oreille le nom de son épouse : son cœur reste muet, il a cessé de vivre.

A ce spectacle, le malheiu^eux Perœko se roule par terre, à la manière de l'Orient, comme un Ijomnie à qui l'on vient d'annonrer son sup- ])lice. il place sa tète sous les pieds de son maître, et rendu par la douleur i\ l'expression native de ses sentiments, c'est en langue bulgare qu'il fait parler son désespoir.

11 était une heure trente-huit minutes, quand le général Foy rendit le dernier soupir.

B. JouviN.

PARIS SOUS LA RESTAURATION

Les funérailles du général Foy.

Nous élions cq novembre. Le froid était vif et une pluie abondante et glacée semblait vouloir s'opposer à tout concours populaire. Cependant les rues étaient pleines, dés le matin, d'une population attristée et recueillie ; les boutiques de marchands étaient fermées ; une stupeur morne était peinte sur tous les visages. La jeunesse, qui était aussi venue en foule à ce convoi était cette fois consternée comme les vieilards. Les députés anciens et nouveaux accompagnèrent le char funèbre. Les jeunes gens portèrent le cercueil sur leurs

d'ordinaire silencieuses et lugubres ; les uns étaient montés sur des arbres bien fragiles, les autres dominaient du haut des monuments destinés & d'autres hommes illustres, et de tous côtés on n'entendait que l'oraison funèbre du général Foy. Cependant le convoi avançait et pour tromper la nuit, de nombreuses torches avaient été allumées; bientôt elles se multiplièrent, pas assez toutefois pour illuminer d'un vif éclat l'immense sépulture, mais de manière à porter un jour plus lugubre en toute cette cérémonie. Toutes ces tètes humaines reflétées d'une lueur blafarde, tous ces corps marchant d'un pas lent et monotone au milieu de ce

PARIS

PARIS EN 1825. d'APRÂS DBS DOCUMENTS DE l'ÉPOQUE.

Carte dressée par A. Mbunieb. — (GoIlectioQ Charles Simond.)

épaules. On voyait marcher derrière eux, deux très jeunes enfants dont Tainé rappelait tous les traits de l'homme qu'on avait perdu. Paie les députés, les électeurs et les citoyens appartenant en grande majorité à la bourgeoisie ; et au milieu d'eux, des soldats licenciés, des officiers qui, pour ce jour-là, avaient repris le vieil uniforme et l'épaulette noircie de poudre, tous marchant en ordre, en silence, chapeau bas, par celte température d'hiver et celte pluie continuelle.

On était parti & dfx heures du matin; la nuit commença avant quatre heures; et toute cette multitude n'était pas encore arrivée au cimetière. Là, ce fut encore un bien autre spectacle! Une immense quantité de peuple avait pris les devants, et était venue encombrer ces allies de la mort

vaste champ semé d'ossements humains, ce bruit du vent qui venait éteindre là ses gémissements lointains, ce murmure confus de paroles mal articulées qui ressemblait au langage d'un monde inconnu, cette obscurité profonde coupée par des lumières vacillantes et qu'on eût prises pour des jeux phosphoriques continus, au-dessus de tout cela un ciel noir comme le drap mortuaire, et dans l'air une odeur de soufre, tel était l'aspect fantastique que présentaient les funérailles du général Foy.

On fit cercle autour de la tombe. Le général La Fayette, ce vétéran de la liberté, qui semblait, à toutes ces occasions, un de ces témoins qu'un autre âge s'était réservé pour encourager le siècle nouveau dans ses efforts, porta la parole et commença

I. K u 0 r r. i: v a h d k n 1 îs :2 'i . — e n t h k e de i. a h u k c a v m a h t i n . D'apns une gravure de lYpoque. — (Collection G. Hartmann.)

11 n y avait aulrefuis dans ce quarlierqiic ii«g chantiers. La transforniati'^n ont lieu surtout k parlir de ISi'^i, mais cIIp no conin:e::çi à donner une nouvello physionomie à cette partie du boulevard qu'après l'avèn» mont de Charles X.

l'éloge du citoven. Alors il se fit un silence solennel. Toute la majesté de la religion, qui couronne les derniers mérites, avait passé sur les lèvres des orateurs qui venaient jeter la dernière pelletée tle terre sur un ami. Casimir Périor fit entendre d'autres accents; comme les anciens (irecs. qui rassemblaient autour du mausolée tons les dieux pénates : il appela l'intérêt et la reconnaissance de tous les admirateurs de Foy sur sa veuve et ses enfants :

c — La Frmice les iJoiern >, s'ècria-t-il.

Kt de celte dèputation oii toute la ca[»italc représentait la France, des voix unanimes s'élevèrent pour reprendre oui!... oui!

Le pays tout entier sut prouver à Paris (ju'il avait deviné ses vœux : ime souscription de plus d'un million répara les torts de la fortune envers la famille de l'illustre général.

Armand Maruast.

La première de la Dame Blanche.

(10 décembre.)

LORSQUE Sémiramis franchit les Alpes, Paris, goiltant sous la Restauration les loisirs de l'intelligence, avait recommencé la guerre célèbre des bouffons et des {iluckistes et des piccisnistes. Le faubourg Saint-dermain était dilettante et tenait pour Kossini, tandis que les petits théâtres, les petits journaux et même les feuilles libérales de grand format faisaient à la musique italienne une opposition nationale. A leurs yeux Monsigny, (irétry. Dalayrac, Nicolo, se trouvaient compris implicitement dans le texte de la Charte; le musicien du Barbier était pour eux impopulaire

au même titre que les Bourbons. La guerre se ralluma naturelletTient dans les deux partis à l'occasion des deux premières représentations solennelles, (jui eurent lieu simultanément à rOpéra-Bu(Ta (comme on disait en ce temps-là) et à rOpéra-Comique. Snmromis fut jouée pour la première fois ù Paris, le 8 décembre, et la Dame lilanche, le 10 décembre 1825 Le chef-d'œuvre de Uossiiii se vit arrêté, après la première soirée, par l'indisposition de sa princifiale interprète. Mme Mainvielle-Fodor, soutirant d'une grave affection du larynx, dut céder à Mme Pasta, le rôle de la Heine de Babylonc. Je n'ai plus à vous npprendre par (juels frénétiques bravos on accueillit dans le camp op[)Osé le «dief-d'œuvre de Boïeldieti. (le fut, pour les partisans de la musique nationale, un événement qu'ils s'eiïorcérent de transformer en triomphe politique, et presque une revanche de Waterloo. Le maître italien, inmiolé à la gloire du compositeur français, ne compta qu'une voix en sa faveur : ce fut celle de son rival.

Boïcldieu avait trop d'esprit; il aimait trop sincèrement son art pour accepter le rôle, indigne de son talent, que des admirations inintelligentes auraient voulu lui fnire jouer en cette circonstance. H ré[K)ndit, avec une modestie de bon goiU, à ceux qui rabaissaient devant lui la gloire du chantre de Sémiramis : « (Juoi qu'on dise ou t|uoi « (fu'on fasse, je ne prends des compliments que « l'on m'adresse rjue la jiart «pii me revient. Ou » ne peut toucher à celle que l'Kurope a faite à « M. Hossini sans donner une preuve d'ingratitude « ou de mauvaise foi »

Il répondait une autre fois avec son fin sourire à un sot complimenteur qui l'avait abordé pour lui dire : « Vous êtes au-dessus de Rossini. • —

PARIS SOUS LA RESTAL'HATION.

« Oui le sait mieux que moi. on ce t moment, iinm cher Moiisieiii*?

« nous liabilons tous les doux hi « mémo maison sur le boulevard, t Rossini estl<>^'éjau second, et j'oe- « cupe le troisième état,M\ »

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