‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 377 sur 455 · L ES !• E T I T S M K T I K H S DE 1» A R I S · texte numérisé non relu

L ES !• E T I T S M K T I K H S DE 1» A R I S

Le marchand do légumes.

D'après une gravure de lî<26. — (Musée Carnavalet

Enfin, le 19 octobre, k onze heures trenle-cinq nninutes du malin, l'illuslre acteur expira sans agonie. A huit heures, il avait encore reçu la visite de MM. Jouj et Arnault ; mais il était averti de son sort, et on lui avait entendu dire : « Point de prêtres ! Je demande seulement à ne pas être en • terré trop tôt. Que voudrait-on de moi? Me faire abjurer l'art auquel je dois mon illustration, un art que j'idolâtre ! renier les quarante belles années de ma vie ! séparer ma cause do celle de mes camarades, et les reconnaître infâmes .. Jamais !î! » Il murmurait à voix basse : « Voltaire ! Voltaire ! Comme Voltaire ! »

La dernière nuit a été calme jusqu'à quatre heures du malin ; à cin(( heures, un malaise assez fort se manifesta sur les traits du malade : il témoigna qu'il souffrait de douleurs inaccoutumées. Sa vue, très affaiblie, et qui était depuis quelques jours l'objet de toutes ses Inquiétudes, s'éteignit tout à fait, ce qu'il fit comprendre par un geste. Il chercha à parler aux personnes qui entouraient son lit ; mais sa langue était embarrassée ; sa voix se perdait de moments en moments. Sa pensée, que traduisaient les mouvements de ses mains, était encore assurée à six heures et demie. La raison ne l'avait point abandonné, mais elle manquait à peu prés d'organes pour se faire entendre. Ce fut seulement alors que sa physionomie exprima le regret. Plusieurs fois, il chercha, dans la matinée à donner des consolations à ceux des membres de sa famille qui étaient prés de lui, mais sa parole était glacée, et elle ne se ranima un instant que pour laisser entendre le mot Adieu !

Aucune convulsion n'a précédé le dernier soupir de Talma ; il s'est évanoui sans qu'aucune trace d'un combat intérieur se peignît sur son visage, (juand il sentit arriver le moment, il rassembla toutes ses forces, chercha dans la nuit où il était déjà plongé les êtres qui l'accompagnaient à sa sortie du monde, et il étendit vers eux ses mains, comme pour bénir ses amis, et les remercier des soins louchants (ju'ils avaient pris de lui.

Une sœur de notre grand tragédien était arrivée depuis doux jours de Londres, comme pour assister aux derniers moments de son frère : elle ne la vu (pi'à l'insUnit de sa mort. L'archevêque de Paris, avant appris que cet acteur avait exprimé la volonté formelle de n'être point présenté à l'église, a cessé les instances que son zèle avait cru devoir réitérer plusieurs fois. A troi« heures de l'après-midi, les traits de Talma n'avaient éi)rouvé aucune altération ; cette tète, que nous avons vue si belle, conservait encore la noblesse et le caractère grandiose qui en avait fait le plus beau masque tragique qui ait paru sur la scène. La maladie avait affaissé les muscles du visage, mais n'en avait point changé l'admirable dis|iosition. De la poitrine en haut, il était encore Talma quand la mort l'a frappé.

Dès huit heures du matin, une foule silencieuse obstruait les avenues du domicile de Talma ; il était impossible d'y pénétrer. Le convoi s*est mis en marche à dix heures. Un riche corbillard portail le cercueil sur lequel était placé une couronne de lauriers ornée de bandelettes rouges.

M. Amédée Talma, docteur en médecine, menait le deuil.

PARIS SOUS LA RESTAURATION

LES PETITS MÉTIERS DE P

La ciliiïonnière.

D'après une gravure de 18i6. — (Musée

Carnavalet . )

LES PETITS METIERS DE l'A RIS.

Marchand de cartons.

1)' après l'original de Cari, e Ver net.

(Bibliothèque de la Ville d«; Taris.)

M. Davillier. exécuteur testamentaire, conduisait les doux (ils de Talma.

Les comédiens français entouraient le corps, M. le baron Ta.vlor, commissaire, à la tète MM. Saint-Prix et Saint-Phal s'étaient réunis à leurs anciens camarades.

Les coins du poêle étaient portés par MM. Jiaptisle aîné, Lafon. Carti|s^ny, Monrose, Micliclot, Armand, l>cvign,v. Firmin.

Venaient ensuite les artistes de l'Opéra, avant à hnir této M. Duplantys, administrateur, M. Dubois, directeur, et M. Habeneck,rbef de l'orchestre; on remarquait parmi eux MM. Lavs et Vesiris ;

Les artistes du Tbéàtre Italien, avant à leur tète MM. Hossini et Paér, auxquels s'étaient réunis les professeurs «le l'école royale de musique et de déclamation, a\ant à leur tête M. Cberubini;

Les artistes du théâtre de l'Opéra-Comique, auxrjuels s'était réuni M. Martin, et en tête desquels se trouvait M. (iuilbert de Pixérécourt, directeur de ce tliéîltre ;

Les artistes des autres tbéàtres de Paris.

Toutes les classes de la population la plus éclairée, la plus polie, la plus éprise de ce qui est beau comme de ce qui est bien, de cette population que ce grand artiste avait charmée quarante ans, étaient

représentées à ce deuil du génie. Le nom de Talma n'était ignoré de personne, il n'est pas de si pauvre citoyen do la moderne Athènes qui

LES AMOrns Al CAlÉ.

Mgiieile de l'époi|iie. — (Musé-e Curn.iv ilel.)

n'eiU conservé quelque souvenir dl^^dipe ou iVOveste, et qui, en ce moment, ne dé[doràt m\ malbeur véritable. De simples artisans étaient venus se mêler à la pompe runèbre, comme, il y a peu de temi»s encore, aux brillantes solennités du théâtre. Chez un peuple sensible au charme des arts, le génie a aussi le privib'ge do rendre les hommes égaux.

Dans la foule qui suivaitle deuil, la voiture vide de Talma venait après les personnes à pied. Les voitures de Mlles Mars et Duchesnois, ainsi que beaucoup d'autres voitures jiartiruli» res suivaient celle de Talma. Venaient ensuite x'in'A voitures de deuil, ]>ourla]du[>art vides, prosipie tinil le monde ayant voulu aller à pied

Le convoi. |)arti de la rue do la Tour-des- Dames. a suivi les rues Bljuichp, Saint-Lazaro, des Trois-Fréres. Taitbinit, et le boulevard jusqu'à la rue du Chemin Vert. Une foule immense de personnes vêtues de noir suivait le cortège dans un religieux silence Les conlre-a liées du boulevard étaient encombrées de monde : on lisait sur tous les visages l'expression de la douleur et d'un profond recueillement. Jamais plus digne hommage n'avait été rendu au génie d'un artiste et aux vertus d'un citoyen.

On a remarqué, en passant devant le théâtre de Madame, toutes les actrices de ce théAtre qui étaient en deuil aux fenêtres du foyer.

Le cortège a défilé dans un ordre parfait, sans qu'une aiïluence si considérable ait produit le moindre encombrement; il n'y avait ni gendarmerie, ni force armée.

La foule a suivi le cortège jusqu'au cimetière du Père-Lachaise qui présentait un coup d'œil aussi neuf qu'imposant : toutes les hauteurs étaient couronnées de monde. La foule se pressait sur les tombes, et quand le corbillard se fut

arrêté, les jeunes gens qui enlevèrent le cercueil furent près d'une heure à franchir le court espace qui les séparait du lieu où avait été creusée la tombe, tant étaient serrés les rangs des citoyens venus pour rendre hommage à un talent qui a honoré la nation. La foule s'est rangée en silence autour de la tombe, et quand le cercueil de Talma y a été descendu, M. Lafon a prononcé au nom de ses camarades et avec autant de chaleur que de véritable émotion, l'éloge de celui qui fut si longtenq»s la gloire du Théâtre-Français !

P. -F. TissoT.

(Soiirenirs historiques sur In rie et 1(1 mort de Talma).

Le café Turc du Boulevard du Temple.

LA décoration e.xlérioure et surtout intérieure d'un calé n'est plus, comme jadis, confiée au hasanl ou à la routine d'un artiste vulgaire; tout lo monde calcule aujourd'hui. même les hommes de talent, et I on sent plus que jamais qu'il n'est pas de sot métier. Un sim[de limonadier (|ui lait honneur à ses engagements, trouvera de nos jours plus de gens d'un vrai mérite empressés à lo servir, «lu'un grand seigneur qui fait des (h'ttos et se donne des airs de protection : le positif est à la modo.

A coup si'ir, ce n'est fias un peintre ordinaire qui a dessiné les ornements du brillant Café Turc : quel cpiil soit, il est certain qu'il ne s'est

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