‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 385 sur 455 · L. ArcK DE L.\ssus · texte numérisé non relu

L. ArcK DE L.\ssus

PARIS SOUS LA RESTAURATION

L HEURE DE MIDI AU J A H D 1 !S DU I» A L A 1 S - RO Y A L . — LE COUP DE CANOX.

D'après une gravure de l'époque. — (Musée Carnavalet.)

LES ÉCHOS DE PARIS

Talleyrand et le comte de Maubreuil.

... Le 20 janvier 1827, pendant le service funèbre en corannémoration de la mort de Louis XVI, qui eut lieu à Saint-Denis, le comte pénétra dans le vestibule qui conduit à la salle de réception des princes. Il s'approcba même de M. de Tallenay, olïicier des gardes du corps, et lui dit :

— Monseigneur le Dauphin passera-t-il bientôt dans cette pièce?

— Dans cinq minutes, Monsieur, repondit M. de Tallenay, qui ne connaissait pas Maubreuil.

Le comte resta. Il y avait là M. Duirctte des Verrières, maréchal des logis des gardes, qui s'î'tonna qu'un étranger bien vêtu prît place au milieu de la livrée.

— Je suis un parent de M. de Larochejacciuelein, dit Maubreuil ; je veux voir le Dauphin.

On lui permit de s'approcher. Dans ce moment même, M. de Talleyrand, grand chambellan, appelé par ses fonctions au service célébré dans la cathédrale, et d'ailleurs empressé auprès du duc d'Angoulême par opposition au ministère déplo-

r(ibh\ M. de Talleyrand parut à l'entrée du vestibule. Il avait reconduit le l)au]>hin,il attendait sa voiture.

Maubreuil rompit la haie des gardes, s'avança précipitamment vers le [)rince et lui appliqua un soufflet dans le haut de la figure. M. de Talleyrand perdit l'éciuilibre et tomba sur les dalles du vestibule, où il se blessa grièv(Mncnt à la tête.

Arrêté sur le champ par les soins du duc de Luxembourg, Maubreuil fut conduit à la Force, tandis que le prince, transporté rue Saint-Florentin, était saigné jusqu'à trois fois dans les vingtquatre heures. Charles X lui envoya M. Dupuytren, et le duc crOrléans vint lui faire une visite.

Cependant, si la mort épargnait M. de Talleyrand, elle menavait M. Angles. Kncore quelques mois, et l'ancien fonctionnaire de la Restauration, agonisant dans une de ses terres, expirait assez à temps i)our que Maubreuil piU échapper enfin à l'arbitraire de la police. Mais, en attendant, .M. Dclavau avait jeté le comte au secret. Le régime de la prison seulement était changé : au lieu de pain noir et de bouillon, Maubreuil demanda de l'ail et des harengs : il tenait à garder sa cui sine de Londres. Deux repris de justice, qui étaient couchés avec lui sur la même planche, lui

L E S HAT E A l' X A V A I' K V II S l M L A SKI N K K N 1 Sa 7 . — D K PART DE PARIS.

D'après une fj;ravure du leiiips. — (Collection G. Ilartmaim.)

avant témoigné de riiilcrét, furent transportés à Hicètre. Le comte avait toujours l'orij^^inal des ordres qu'il avaitemporté à Londres, et que M. Dambray lui avait fait rendre en 1817. 11 dormait avec ces papiers; il les plaçait sous son oreiller do paille.

Cette nouvelle affaire de Maubreuil vint à la police correctionnelle en février 18â7, au moment où la fameuse loi de M. de Peyronnet sur la presse était en discussion devant la Chambre des Députés.

On était loin des fureurs réactionnaires de 1815 Cela explique le vif intérêt de commisération que la présence de Maubreuil souleva dans le public au tribunal. Il était vêtu de noir et portait à la boutonnière le ruban de la Légion dllonneur. Ses yeux, bordés d'un cercle livide, n'avai<^nt[>lus rien d'égaré; sa voix affaiblie était douce, sa contenance modeste. On voyait des mécb(»s grises entremêler sa longue chevelure brune. Le comte ne ressemblait pas plus enfin à l'homme de 1817 (pie rboinnie de 1817 n'avait ressemblé au brillant écuyer de la reine de Westphalie, sous l'empire.

— Avant d'être président, vous étiez juge d'instruction, dit Maubreuil en s'adressant personnellement au magistrat qui présidait le tribunal ; c'est vous qui m'avez fait conduire, en octobre 1814, delà Force au Palais de Justice, lié avec des cordes.

— Prévenu, répondit le Président avec dignité, je n'ai pas à m'expliquer ici sur de semblables imputations. Vos noms, prénoms et qualités ?

— Vous n'êtes plus juge d'instruction, ajouta Maubreuil, c'est sans doute au zélé déployé à me poursuivre que vous avez dû votre avancement.

On conçoit l'effet de ces audacieuses paroles sur l'auditoire, alors que le ministère de M. de Villèle était au comble de l'impopularité. Il lut d'ailleurs prouvé que Maubreuil avait à peine atteint le prince de Talleyrand à la joue, et que si

le chambellan avait fait une chute, c'était moins par douleur que par effroi. Le soufflet n'était qu'un outrage moral. Une circonstance mystérieuse accrut la pitié qu'inspirait le sort du proscrit.

— Vu avocat que je ne connais pas, dit-il, m'a demandé un pouvoir en blanc; il m'a même offert de l'argent pour obtenir d'être chargé de ma défense. 11 a voulu séduire un homme qui était trop mon ami pour se laisser corrompre. Il m*a fait des offres, il a écrit à M. de Talleyrand. On voulait, en un mot, étouffer l'affaire, pour que je ne parlasse pas.

Cet exorde promettait un scandale. Il fut immense. On écoutji Maubreuil conter le roman de sa vie avec une intimité de détails tellement précise que M. d'Ksparbès de Lussan, substitut du procureur du roi, n'eut pour ainsi dire pas de récpiisitoire à faire, à tel point le prévenu se chcirgcait lui-même.

— On a fait, d'ailleurs, ajouta Maubreuil, des efforts inouïs pour paralyser ma défense. Je voulais qu'elle fut confiée à M. Teste, dont je connais le talent. Mais on a intercepté nos lettres.

L'argumentation de M. d'Ksparbès roula presque entière sur une note du 4 avril 1815, gardée à la police, et qui était un billet de Maubreuil à Dasies, dans îc^fuel il disait à son complice :

— Vous êtes une commère. Au nom de Dieu, taisez-vous î

Maubreuil répondit que cette note regardait la marquise d'Orvault, sa tante. Battu sur ce point, le substitut dé«*lara cpi'il y avait prescription morale pour la tentative de Fontainebleau, et que, sans répimdre à l'exposé de Maubreuil, il n'avait à poursuivre (jne sur le soufflet, qui sans doute aux yeux de M. d'Esparbés n'était pas encore entré dans le domaine de l'histoire.

Maubreuil fut condamné pour voies de fait envers M. de Talleyrand à cinq années de prison, à cinq cents francs d'amende et à la surveillance de

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la haute police pendant dix ans. En appel, le jugement fut confirmé. C'était le 37* arrêt dont le comte était frappé depuis 1814.

André Delrieu.

(Mémoires secrets sur la Restauration )

Les obsèques du duc de la Rochefoucauld-Liancourt.

A peine les anciens élèves de lÉrole des nrts et iinHiers de Chîilons eurent appris, par les journaux, la mort de mon père qu'ils vinrent à son hôtel, demander la permission d'j lui rendre un dernier hommage en jetant religieusement de l'eau bénite sur son corps. Cette de-

char; mais lorsque la famille, fortement indignée, s'écria qu'assurément elle y avait consenti et qu'elle y consentait encore, ils reprirent le cercueil aux mains des porteurs. Déjà ils avaient traversé la cour tranquillement et fait quelques pas dans la rue Saint-Honoré , tout se calmait et aucun tumulte ne pouvait survenir à la suite de ce transport, lorsque, sur un ordre secret remis par le même homme à l'officier commandant, eeiui-ci ordonna à la troupe de tomber sur les huit jeunes gens portant religieusement sur leurs épaules le corps de leur bienfaiteur. On n'eut aucun respect ni pour les hommes, ni pour le mort même.

Le cercueil fut jeté <lans la fan^,^e, il fut brisé Kepiacé sur le «bar funérain\ suivi par les

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