‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 387 sur 455 · MASSACRES DE LA RUE SAINT- DENIS (27 JUILLET · texte numérisé non relu

MASSACRES DE LA RUE SAINT- DENIS (27 JUILLET

D'après une gravure de l'époque. — (Collection JCharlcs Siniond.)

une immense majorité. Le iS au matin, on commenra à recevoir partielloment les nouvelles du résultat des élections: les listes arrivèrent, incomplètes à la vérité; mais comme tout faisait présager un succès formidable, les habitants des quartiers Saint-Martin et Saint-Denis s'empressèrent, î\ la chute du jour, de garnir leurs croisées de lumières ; des Ilots de clarté célébrèrent le triomphe qui paraissait assuré.

Le 10, les journaux de la capitale annoncèrent aux provinces que, la veille, les rues de Paris avaient été spontanément illuminées, et que le soir les illuminations recommenceraient.

11 est à remarquer que, lorsque Paris s'est mis en train d'illuminer, jamais il ne s'est contenté d'une soirée, et que, dans cette circonstance, on se plût à justifier l'adage : il n'est pas de bonne fête sans lendemain.

La préfecture de police, informée que les habitants de la capitale, et notamment des quartiers limitrophes des Halles, devaient, peiulant la soirée, célébrer par une illumination générale le succès des élections, avait envoyé des agents j^ur tous les points de Paris, princfpalement dans les quartiers Saint-Denis et Saint-.Martin. (juanl à moi, on m'envova on observation dans la rue Saint-Denis, et, mêlé à la foule qui circulait avec peine, je [)us saisir à droite et à gauche bien des lambeaux de conversation, mais [kis une seule, je l'avouerai, n'était à la louange du gouvernement.

Tout Paris semblait s'être porté dans ces deux rues; ceux qui avaient vu la veille, voulaient revoir; ceux qui n'avaient pas vu voulaient voir pour la première et dernière fois; enfin les bourgeois venaient sur la chaussée pour jouir de l'effet (|ue produisaient leurs fenêtres illuminées. Ce qu'il v avait de plus curieux à voir, c'était la rue Guérin-Boisseau et autres ruelles de ce genre.

où les deux rangs de maisons, présentant peu d'écartement, paraissaient ne s'être séparées que pour donner passage h un fleuve de feu. Pendant ce temps les enfants se promenaient par bandes, demandant des lampions et brûlant, avec les pétards et les fusées dont ils étaient [lorleurs, la figure et les vêtements des passants.

N'ors huit heures du soir, je me trouvais non loin du passage du (irand-(!erf, lorsque je vis apparaître <lans la rue Saint-Denis, et venant du (ùtè de la [dace du Chàtelet. une trou[»e d'hommes en guenilles, commandés par un individu armé d'un bAton; ils se mirent à crier à tue-tète : « Des lampions! des lampions! » 11 v en avait partout, que ]M)uvaient-ils désirer de plus? Us continuèrent leur route et bientôt Tbonime au bâton leur désigna une maison dont plusieurs fenêtres n'étaient pas illuminées A ce signal s'élevèrent des cris forcenés de Mort an.r viltèlistes! mort an.r jésuites! mort aux biffots ! iwec l'accomjiagnement obligé des lampions! qui, cette fois, était répété en fausset par les gamins.

Le gamin de Paris est ossonticllemont imitatour : il avait entendu crier, il cria; puis, comme à un autre signal «le h'ur chef, les mêmes hommes se trouvèrent les mains }deines de pierres et se mirent en devoir de casser les carreaux de cette maison, le gamin fut bientôt armé de mêmes projectiles, et il aida elTicacement ses professeurs; au bout «juelques secondes, un grand nondjre de vitres furent cassées. Les habitants, craignant une invasion de la populace, s'empressèrent d'illuminer les fenêtres, au milieu des huées et des sifllets des spectateurs.

L'homme au bîiton et sa troupe remontèrent encore la rue, mais toutes les croisées étaient garnies de lumières, et celles qui en manquaient, ou dont les lampions s'étaient éteints, étaient i.i\\Kssft.-

diatement éclairées; cela ne faisait pas l'afTaire de celte bande de braillards.

Ils redescendirent vers la Seine; arrivés prés du passage du Cirand-Cerf, ils s'arrêtèrent devant une maison en construction, et l'horame au bâton s'écria : « Aux barricades! » A ces mots, tous ses acoljtes se jetèrent sur le bâtiment, enlevèrent matériaux, éf'hafaudaj?es, et, en un instant, aidés d'une vingtaine de commis de boutiques, ils eurent bientôt édifié une barricade formidable qui fut bientôt suivie d'une seconde. L'élan était donné, et le public circulait tant bien que mal au

et, chose étrange, bien que la préfecture fût à deux pas et qu'un piquet de gendarmerie stationnât sur la place du Chàtelet, aucun de ces messieurs n'avait cherché à faire arrêter ces misérables provocateurs! Ce ne fut qu'à dix heures du soir, lorsque la barricade était entièrement terminée et occupée, qu'un détachement de troupes de ligne, commandé par M. B..., capitaine d'état-major de la place, se montra rue Saint-Denis, à la hauteur de la rue Darnétal; à son approche, les agents provocateurs et leurs dupes s'empressèrent de prendre la fuite; malgré cette retraite précipitée,

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