‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 390 sur 455 · VUE DU PONT DES ARTS EN · texte numérisé non relu

VUE DU PONT DES ARTS EN

D'après une gravure du temps. — (Collection G. J^artmann.)

l'objet principal de ma visite, vers lequel j'étais d'ailleurs emporté malgré moi par le Ilot de canaille dont j'étais obligé de suivre la direction. J'arrive enfin dans ce (ju'on appelle ie jardin! c'est-t\-dire dans un bourbier, aux deux côtés duquel sont dressées des tables de bois pourri (fui ne peuvent contenir la dixième partie des buveurs qui se pressent autour. C'est à l'extrémité de cette cour, sous un dais formé de vieilles tapisseries, que siège, entre deux tonneaux. rid«d(î de ce temple impur, indigne en tous points de ses adorateurs et du culte quils lui rendent l*our se faire une idée de l'état de dégradation où peut arriver la nature humaine, ilfautavoir vu la mère Hadig, coiffée d'un sale bonnet de coton, le rej^ard allumé de vin et d'impudence, la poitrine débraillée, les bras nus, distribuant à droite et à gauche, et tout î\ la fois, des injures et dessoufflets:!! faut avoir entendu les sons rauques de cette voix qui n'appartient à aucun sexe et dont les expressions n'appartiennent à aucune langue; il faut avoir

remplir. Je refusai le plus poliment qu'il me fut possible.

« — Eh! dis donc, vieux ro(|uentin, cria-t-elle, si tu no veux pas boire, que viens-tu donc faire ici? 5

t — Nous voir, répondis-je en riant.

t — Me |)rends-tu pour une bète curieuse? » répliqua-l-elle.

Kn ménu^ temps elle me jeta à la figure le vin qu'elle m'avait offert. Son mouvement fut plus prompt que mesuré : la Iibati«ui faite en mon lionneur tomba tout entière sur un charbonnier, qui, sans tenir compte à la dame de son intention, lapostropha si vivement qu'à un échange d'injures succéda presque aussitôt un échange de coups de poings, du voisinage desquels je jugeai à propos de me retirer. La lutte fut moins longue que violente; on fît cercle autour des athlètes, et l'on monta sur les tables pour jouir d'un combat dont l'honneur resta tout entier à la mère Hadig.

La Bédolliére {Le nouveau Paris.)

LA GIRAFE DeJ1827.

D'après une gravure du temps. — (Musée Carnavalol.)

Les modistes en 1827.

UNE ouvritM'e en mode est au travail avant neuf heures du matin, et ne le quitte qu'à dix heures du soir: elle fait deux repas par jour, ou plutôt elle est censée les faire. Dans les plus riches maisons, on ne donne aux modistes que des légumes, rien que des légumes; sans doute on craint qu'une nourriture trop ahondante et les sucs nourriciers de la viande ne leur portent au cerveau. Le vin, qu'elles n'aiment pas, ne leur est présenté qu'a prés avoir été mis en rapport avec la fontaine, et le dessert leur ferait perdre trop de temps. Des maux d'estomac les tourmentent presque sans cesse de dix heures à cinq heures du soir; ce n'est qu'à force de morceaux de sucre, et quelquefois ajirés le dîner, avec le secours d'une demi tasse de café partagée entre quatre, qu'elles se procurent un mcmientde relâche.

Aussi (piel accueil font ces pauvres recluses au cousin de province qui vient géné-

est de toute justice; il y a di^s artistes, des ouvrières émériles, qui sont payée-; ju^jqu'à mille éc.us; mais pour (luelques-unes dont les produits sont cotés à ce taux, et qu'on reciumait à leur âge compétent, au tahlier vert, ample et court, à la toque de velours savamment cliifTonnée. et surtout à la place d'honneur qu'elles occupent près des carreaux du magasin, combien végètent avec cinq, quatre, ou même trois cents francs d'appointements 1

Le terme moven est de huit cents francs. J'ai dit (lu'olles sont nourries ou à peu près: beaucoup ont le logeuK'nt ; ce sont les moins avancées, les surnuméraires, celles (pii ne sont pas suflisamment initiées dans le.s mystères de leur art.

(les dernières sont chargées des fonctions les jilus dèsai:i'èahles.

Les ouvrières d'un magasin se subdivisent en ]K'nsionnaires el en externes (lelles-ci ont un logeuMMit en ville; à dix beun^s très |»récises, elles rpiitlent l'ouvrage s'aventurent dans la rue, et laissent au hasard le soin de bMir tnmver un vengeur, si (juelque téméraire osait les méconnaître...

Une des fonctions des dernières venues est assez singulière: elle consiste à rappeler. .le m'explique : souvent une dame qui est entrée dans un magasin, et dont le choix s'est arrêté sur un chapeau a jfièsoffert, c'est-à-dire a proposé à la marchande de lui laisser l'objet qu'elle convoite pour un prix au-dessous de celui qu'on lui a demandé ; on prévient la sortie de la dame en s'esquivant avec a<lresse; puis, quand racheteuse approche d'un

DlOCfÊNE AVEC SA LA.NTERNE CHERCHE UN HOMME EN PLEIN MIDI.

Grands Dieux vous les voyez, et vous n'en riez pas! Caricature du temps. — (Musée Carnavalet.)

reuseujent leur offrir, le dimanche ou un jour de fête, de les régaler du potage à la Julienne, du heefteack, du fricandeau à l'oseille, el de la classique omelette soufflée!

Le prix ordinaire du travail de l'année varie en raison des talents d'une modiste; et cela, du moins

autre magasin, on l'arrête, et bon gré mal gré, il faut qu'elle revienne sur ses pas, c'est alors que le marché se termine.

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