‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 405 sur 455 · LA LECTURE · texte numérisé non relu

LA LECTURE

Caricature de 18f8,par L.-L. Boili. y.

D";i|tr«s l'original. — (Musée Carnavalet.)

jeune femme étaient elles-m«'mes l»ien riantes! L'épanouissement de tous sos trails arcusait chez elle une joie si intime! Oh oui! <iuel«|uo doux projet lui promettait assurément iicauroup de bonheur pour la fin de celte soirée. I-'idée qui s'a^^itait en elle sous linfluence de ces inspirations précieuses aUait donc se produire élincelante et dorée «le{ tous leurs ravons!

Celte médiljition dura bien «luelques minutes.

En lin, la modiste se tourna tout d'un cou[»

vers la table, et, saisissant avec vivacité un grand morceau de iiiae lilas (jui s'y trouvait devant elle, elle en mesura plusieurs fois l'auna-ie sur son bras, de l'index et du pouce k l'épaule; elle l'examina dans ses divers sens, le tourna, le ploya, le fronça {dusieurs fois et de plusieurs façons ; puis, ses dimensions bien calculées, l'étendant sur ses

genoux, elle prit soudaio ses ciseaux et tailla hardiment en pleine gaze.

C'en était fait. Elle avait dit : Ce sera une capote; — ce fut une cal>ote.

Pour que l'œuvre s'accomplît avant la nuit, il fallait cependant se hâter. Il n'y avait plus à compter que sur une heure de jour.

En un instant, rappelées à l'ordre {»ar la voix de la première demoiselle, toutes les jeunes Olles se remirent dicilement au travail, chacune s'occupant avec ardeur de la lâche qui lui fut assignée.

L'une fut chargée de lapasse; l'autre, de la forme; celle-ci. des coques; celle-là , des rouleaux ; une cinquième, de la coiffe : une sixième, des lisérés.

Au bout d'un (juart d'heure, les gros ouvrages de la capote étaient terminés.

C'est que, dans la construction d'un chapeau de femme, — si frêle, messieurs, que vous semble ce léger édifice, — il entre plus d'éléments s(did(îs que vous ne vous l'imaginez.

— Le gros linon, le tulle à triple ap|)rél, le carton, la cannclille et le laiton qui en constituent la carcasse et l'échafaudage ne sont-ils pas vraiment de la cliarpente et de la serrurerie ?

Quoi ipi'il en soit, ces apprêts divers furent successivement déjHisés devant la première demoiselle C'était à elle, l'architecte; à elle, l'artiste véritable: à elle seule «pi'il appartenait «le les réunir et d'en former un tout. Elle

LE SAI.ON r»E CCRTIUS.

D'après une gravure du temps. — (Musée Carnavalet.)

PARTS SOUS LA RESTAURATION

Chapeau cardinal en velours. Robe do blonde. Manteau de easimir doublé et bordé on velours.

(D'après le Costume juirisien do IHJS.)

seule, qui avait conçu cette capote, pouvait lui donner le souffle — la vie — et réaliser en elle sa pensée.

Sur une tèle de carton qu'elle tenait entre ses genoux, Ibabile modiste eut bientôt, au nioven d'épingles, ajusté l'une avec l'autre la passe et la forme du cliapeau. La grande aiguille acheva d'unir indissolublement par (luelcjnes points ces deux parties principales de la coiffure. Puis, en peu d'instants.. sous les doigts légers de l'arliste, la gaze étreignit et enveloppa le squelette vivifié de la capote, et se dra[)a sur elle en plis gracieux. Des torsades de paille à jour furent ajoutées autour de la passe et de la forme; un joli bavolet fut posé derrière au-dessus de la coulisse.

Tout cela venait de s'exécuter rapidement et avec une incrovable verve.

Les demoiselles, qui avaient chacune achevé leur besogne de détail, suivaient, d'un œil curieux et attentif, cet intéressant travail de la mise en œuvre de leurs apprêts.

La modiste, entièrement absorbée dans sa création, souriait doucement à ses progrès.

Klle éleva bientôt la capote en l'air sur l'une de ses mains, la fit tourner légèrement, l'examina sous tous les aspects, penchant la tète à droite et à gauche, et de temps en temps pressant de son

autre main le bord de la passe à divers endroits, rectifiant quelques-uns des plis de la gaze, donnant ainsi son harmonie et sa perfection à l'ensemble de l'cruvre.

(le n'était cependant pas tout encore. Le plus difficile et le |)1ms important restait à faire. Il s'agissait maintenant de placer le bouquet. Nul n'ignore que c'est là l'instant décisif, et que de la pose du iio'ud, des fleurs ou des {dûmes dépend tout le sort d'un chapeau, si bien (pi'il ait réussi d'ailleurs jusque-là.

Le plus prnfoMil silence régnait dans l'atelier. Il V avait une vive anxiété dans tous ces regards de jeunes lilles, ti.xés sur la capot»* ({ui s'accom- |>li.sMjiit.

Mais l'iiispiralion n'avait pas abandonné notre artiste S(ui> sa main, les épis, les bluets et les (•«Mpielicots s(î iih'lyiciit aux coques de gaze, et se ^roui»aienl «l'une laron ravissante. divinement |)en- • hésà droite de la forme de la ca[K)t(! sur sa passe.

La deiiiiére cocjue posée, la modiste replaea délicatement la fragile coifl'urc! au bord de la table; puis, ci'oisant les bras, elle se pencha (Mi arrière sur le dossier de sa chaise.

l'iie incx[)riniable satisfaction se lisait dans les traits de la jeune femme: elle se disait assurément : — Je suis contente; voici ma pensée exprimée. Cette contemplation ne fut cependant pas

Capote de crêpe de deux étoffes dont une transparente. Robe de batiste. Canezou de seliDc. Capote de gros de Naples. Robe de seline.

(D'après le Costume parisien de 1828.)

forme mousmous-

Robe de crépc garuio de rubans poses de biais

et de nœuds de satin.

(D'après le Costume iiarUien de 18J8.)

longue. S'élaiil Icvôe et appro«"li<''c de su ^'la<r, elle appela l'une «les demoiselles.

Alors s'avan<;a soudain le plus espièjLrle et le plus fripon minois de petite lille <|ui se soit vu jamjiis. La eapote fut [)Osée sur la jolie t*He et «lélinitivement essayée. C'était la dernière épreuve. Kl le ne pouvait certes mieux réussir. Ce ne fut «pi'un cri d'enthousiasme dans tout l'atelier. La ca|)ote eut un succès universel Klle allait en effet î\ ravir à la charmante enfant. Aussi la folle se plaisait si fort avec cette coiffure «|u'ellc ne la voulait plus quitter, et la tenant du bout des doigts contre ses joues, elle sautait de joie devant la glace en se mirant.

Il lui fallait bien pourtant l'ùter, cette chère capote! Dés (ju'on y eut attaché les brides, on la descendit au nmgasin, où elle fut immédiatement posée dans la montre, au premier rang, sur un des pieds d'acajou.

A. FONTANKY.

Le salon de Curtius.

LE salon des figures du sieur Curtius, au boulevard «lu Temple, existe depuis soixante ans; il est toujours le môme; il n'a ni gagné ni perdu. 11 est humble et modeste, avec sa petite entrée, son aboyeur à la porte et ses deux lampions.

Quandvous entrez dans le salon, vous le trouvez tel qu'il était dans l'origine, noir et enfumé. Les ligures nouvelles relèguent jiar derrière les figures anciennes, comme le roi qui arrive à Saint- Denis fait descendre son prédécesseur dans la tombe, pour prenâre sa place sur la dernière marche du caveau. Cependant, vous y retrouverez des visages de votre connaissance; que de célébrités bonnes ou mauvaises : héros, savants, gens vertueux, scélérats, le sieur Curtius a passées en revue depuis l'ouverture de son muséum! Je crois pourtant qu'on a plus souvent changé les habits «pie les visages. Je ne serais pas surpris que C« nexiéve «le Hrabant fut de\enue la bergère d'Ivry; <|ue Charlotte (iorday eût prêté ^ou bonnet à la belle K«aillér«'; «jue Harnave représentât aujour- «riiui le général Ton. et que la moustache «le Jean l>art «'lit servi à faire relie «lu marè'hal Lannes. Ce «pii. surtout, n'a pas bougé de pla«'e. c'est le ^Mand «-ouvert où .sont réunis tous les lois. On y a vu L(Miis .W et son auguste famille, Louis XVI et son auguste famille, le l)ire«'toire et son auguste famille, les [vois «'onsuls et leur auguste famille, l'empereur Napoléon et son auguste famille, Louis Wlll et son auguste famille. Charh's \ et son auguste famille! N. Brazie».

Chapeau de tLssu de paille orné de rubans de satin coupés par une tresse «le paille. Robe de guingan brodée. Pèlerine «le mousseline à deux rangs à petits plis et en tuyau; cravate à papillons brodés en soie.

(D'après le Costume parisien de 1828.)

Janvier.

4. — Ordonnance nommant les nouTeaux ministres : Affaires étrangère!», de la Fcrronays ; Guerre, deCaux; Justice, rortalis ; linanccs, Roys. Création d'un ministère des Affaires oommerciales et industrielles. — Suppression de la direction de la police générale — de Helleyme remplace De* lavau à la préfecture de police.

30. — Condamnation aux travaux forcés de l'ouvrier tailleur Jullien, qui avait blessé grièvement dun coup de couteau une jeune fille, Arsène Chevallier, que se» parents lui refusaient.

31. — Suppression (provisoire) du Cabinet noir. Les employés du bureau déméiia<^ent pendant la nuit tout le matériel dont ils se servaient pour décacheter les lettres.

Février.

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