L. AuGUis
(Révolution de 1830.)
€t de Louis XIV! Cependant jusqu'alors le nom des ministres était seul compromis dans les imprécations publiques. On criait :
Vive la Charte! Mort à Polignac!
on ne songeait point à tuer la royauté. Les agents du pouvoir rojal et non le pouvoir roval même paraissaient menacés.
Mais des pierres jetées aux enseignes portant des fleurs de lis révélèrent une tendance nouvelle dans les esprits, et donnèrent une autre face k l'insurrection. Les notaires, les huissiers furent contraints à enlever leurs panonceaux dorés; tous les marchands ou fabricants dont la porte était rehaussée parla fastueuse inscription de fom^isseur du Roi, furent violemment assaillis. Le commerce s'en elTraja un moment; la crainte du pillage fit dès lors sortir de leurs maisons les gardes nationaux licenciés qui, la plupart, avaient gardé leurs uniformes et leurs fusils. Appelés, enrégimentés, dirigés par le pouvoir, ils s'en fussent servis pour arrêter l'émeute ; sous prétexte du désordre, ils eussent fait des soldats contre la révolte. Répudiés par lui, ils suivirent leur propre
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LES BLESSÉS DU 29 jriLLET.
Croquis fait d'après nature. — (Musée Carnavalet.)
PARIS SOUS LA RESTAURATION
Chapeau de paille de riz. Robe de soie. Canezou
de blonde. Sautoir en ruban.
(D'après le Costume parisien de 1830.)
Troisième journée.
(29 juillet 1830.)
LA journée du 29 juillet 1830 est une date mémorable dans nos annales, car, ce jourlà, la population parisienne s'empare du Louvre et des Tuileries; ce jour-là le drapeau tricolore est debout sur le dôme des Tuileries; ce même jour, dans Taprès-midi, de deux heures et demie à trois heures le général Lafayette prend possession de l'IFôtel de ville. Voyons comment il s'v installa.
En y entrant, il y trouva un général et un journaliste : ils avaient déjà formé une administration et agissaient de concert Le journaliste se nonmiait Baude, rédacteur en chef du journal le Tempa : il s'était fait remarquer par une énergique résistance aux ordonnances de Charles X, et le général était M. Dubourg, militaire obscur, en disponibilité depuis plusieurs années. Il avait avec lui, comme chef d'état-major, le colonel Zimmer, qui avait servi sous l'Empire.
L'Hôtel de ville avait été abandonné, dans la nuit du 28 au 29 juillet, par les troupes royales qui s'y étaient vaillamment défendues, car, en temps d'orages, l'Hôtel de ville devient le centre de toute l'activité politique; c'est là qu'on se porte et qu'on gravite ; c'est là que l'ordre s'établit au milieu du désordre. Un gouvernement
croule, un autre lui succède, un interrègne existe, mais si la population sait qu'il y a une administration installée à l'Hôtel de ville, elle prend patience et se croit sauvegardée.
Ce n'est pas le hasard ni l'ambition de jouer un rôle qui pouss«''rent M. Haude et lo général Dubourg à l'Hôtel de ville; c'est là un point (l'histoire juscju'à présent mal éclairé et qu'il est bon de présenter sous son véritable aspect.
M. Haudc, rédacteur en chef du Temps, vivait dans rintiinité politique de M. Gjisirnir Périer; ce bantpiier-dépulé, averli de la prise de possession de l'Ilotel de ville par les Parisiens, fait mander aussitôt M. Haiide, et lui dit en le voyant : « Kendez-vous de suite à l'Ilôtcl de ville, je vous y invite; prenez conseil des événements, et faites ensuite tout ce que la prudence vous suggérera. » El M. Haude se rendit aussitôt à l'Ilôlel-de-Ville, et se mit à fonctionner aux lieu et place de M. de Chabrol qui avait quitté son poste.
Parlons niainlenant du général Dubourg.
Le :29 juillet, dit l'auteur du Mémorial de l'Hôtel lie rille, je nie trouvais, vers onze heures, sur la place de la Bourse; j'entendis retentir autour de moi ces mots : « Noua avona un (jénéral. » Je demandai quel était ce général, on me répondit qu'on ne savait pas; je demandai qui l'avait désigné : même réponse.
Enlin, je vis sortir de l'intérieur du Palais de
Chapeau de paille de riz. Robe de mousseline imprimée. Canezou de mousseline.
(D'après le Costume Parisien de 1830.)
IL V A DONC El: ni nFUHT ItANS PAIUS?
Litliograpilie de Langli-mk d'après un dessin de J.-J. (jhandvïlle. (Collection (î. Hartmann.)
la Bourse un homme ajant passé quarante ans. Sa taille était moyenne, son visa^^e, portant l'empreinte d'un caractère aventureux, n'était pas sans noblesse et sans agrément, ses traits paraissaient altérés: du reste, aucun signe ne révélait un militaire. M. Dubourg était vêtu d'une redingote bleue. M. Kvariste Dumoulin, l'un des rédacteurs-gérants du Co/i.st<i/((iort»f/. vint auprès do moi en costume de capitaine de lagardc nationale et me dit h la liAte : « Le général Dubourg se met à la tète du peuple, nous allons marcher à l'Hôtel de-Ville; c'est là qu'est le trône, venez avec nous.» Je suivis, la foule s'ébranla, lançant au ciel d'une voix formidable ce cri : » Vive le général Dubourg! h l'Hôtel de ville! »
Chemin faisant, le général Dubourg quitte un moment la colonne et reparaît bientôt sous l'uniforme improvisé de général de brigade. Aussitôt on se remit en marche. Le général Dubourg, au moment de revêtir cet uniforme,dit à ceux qui l'entouraient : » Vous le voulez, et moi aussi, quoique je ne me dissimule pas le sort qui m'attend : si j'échoue, l'èchafaud ; si je réussis , vous verrez «pi'on me peindra comme le plus vil des hommes ! *
M. Baude se trouvait déjà installé dans un cabinet voisin, quand le général Dubourg arriva, et se mit immédiatement en rapport avec lui; il s'adjoignit aussi-
tôt, comme chef d'étatmajor, le colonel Zhnmer, brave oflGcier de l'ancienne armée, qui était accouru à l'Hôtel de ville, pour mettre son épée au service du nouveau pouvoir.
MM. Baude, Dubourg et le colonel Zimmer, dés (pi'ils furent en présence, se concertèrent sur les mesures à prendre immédiatement ; on était dans l'Hôtel de ville, mais il fallait dire au nom de qui on l'occupait : en vertu de quelle idée : MM. Baude, Dubourg et Zimmer se décidèrent à annoncer immédiatement au peuple, qui demandait à grands cris une direction et des chefs depuis deux jours, qu'un gouvernement provisoire, composé du général La Fayette, du général Gérard et de M. de Choiseul, était constitué, (|ue ce gouvernement allait se rendre à l'Hôtel de ville, et qu'ils agissaient en son nom; on lança des fenêtres de l'Hôtel de ville une grande quantité de bulletins sur lesquels étaient écrits les trois noms, La Fayette, (Jérard, Choiseul, et portant en tète : (joum'npmrnt prorisoire. On les avait indiqués la veille parmi les combattants: et aussitôt que les bulletins eurent été répandus dans la foule (jui encond)rait la place, elle poussa des cris de joie. Le gouvernement de Charles X n'existait plus : les bulletins proclamaient sa déchéance que les événements allaient ralilier. F. Uittiez.
(Ilislnive du ri'ijnp (h* Louis- Philippe I")