LA CAMPAGNE DE PRI SSE
(Mu!»éo doi méJailles de la Monnaie.)
nouveau bonbon : A la Victoire. Richard, marchand confiseur, rue de la Vieille-Boucherie, gendre et élève de Berthellemot, en a obtenu encore davantage avec ses fruits confits : .4 la Paix : et Radet, dans une pièce de circonstance : la Hêunion de Famille ou le Jour (le rAn, jouée au Vaudeville, a inséré ces couplets que la salle entière a applaudis :
Combien dans la nouvelle année On doit prévoir do jours heureux !
Dans celle qui s'est terminée Que d'événements f^lorieux î Toutes doux di^'ues de mémoire Seront à la irloire dos Français :
Lune iinit [)ar la vieloire.
I/autre verra fixer la paix.
Et, à la foire aux jouets, qui se tient sur le teiTe-|)lein du l*ont-Neuf veuf de sa slatue. le jouet en vogue, le « jou(4 de Tannée >•, c'est un gfena<lier et un cuirassier de la garde ([ui, au moyen d'une iicelle (pie Ton tire, l'ont sortir une Paix ttiomphale d'une touiTe de lauriers.
Sil faut en croire plusieurs contemporains, ce fut un peu sous la pression de la police que s'organisèrent les réjouissances populairr's. (pi'on illumina rues et maisons, lorsque Sa Majc^sté l'Empereur et Roi revint, le 27 janvier, dans sa bonne ville de Paris. Deux jours auparavant, l'évéque de Versailles, premier aumônier, avait béni la chapcdie des Tuileries et mis sous l'invoCiition de la « Très Sainte Vierge * cette ancienne galerie qui. au temps do la Convention, conduisait à la salle de la Liberté'.
La Liberté' î ce n'est plus qu'un mythe. Vn jour, le 14 mars, l'Empereur, se rendant à la messe, trouve une inarehande de modes, Mlle l)os|)eaux. dans une galerie où il ne voulait pas que 1<'S « chilîonnières », comme il disait, attendissont que Joséphine les reçût. (Jue fait-il ? 11 niande Savary ; et Mlle Despeaux, portée plus morte que vive dans une de ces petitr's voitures (lue l'on appelait « pot-dechanibre », est conduite à Bicôtre où elle reste vingt-quatre heures.
Il ne convient pas de s'étonner outre mesure de cet état d'ilme : Napoléon est un demidieu ; et, faut-il le dire? il conserve seul, au milieu d'une griserie générale, quelque notion des choses et des hommes.
Une colonne triomphale doit être élevée à sa gloire ; et, tout d'abord, l'emplacement choisi a été celui où se trouvait naguère la vieille forteresse des rois : la Bastille. Ce monument, ce sera la Colonne de la Grande Année,
Car l'Empereur n'oublie jamais ses soldats lorsqu'il s'agit de commémorer ses succès.
PARIS sors LE PREMIER EMPIRE.
Lp [loni rl'Austorlitz, (|ui vient d\Hn» ouvert à la circulation, portera, inscrits dans ses ornements, les noms des |)rincipaiix oHlriers niorls dans cette bataille; la place, qui sera formée au dél)<»uclié de co p«jnt vers le Jardin des IMantes. prendra le nom du .général Valhubert, tué à Austerlilz ; celle cpii sera créée à Fautre extrémité, le nom du colonel Mazas ; le quai du Mail deviendra le houlevard Morland; une rue nouvelle, bordant la partie
pose tout entière sur ses prétoriens, aussi s\'f- Ibrcf'-t-il de le< altacher à sa fortune |»ar les liens d<» la vanilé satisfait<' vl de l'intérêt; il n'oublie pa< cpi'il peut avoir, «[u'il aura certain(Mnent besoin des bonnes volontés pojMilaires: et.d<' même (piil promul.iiu<» l«'s div(*rs livres du (]iuU\ rivil qui. dans >a pensé»' inlime.scnuil inb'rprétés à son « bon plaisii- . . quand et eoinmciU son de^potisnip en décidera, il vrut donner un lantome de satisfaelion à
LES PROJETS DE DESCKNTK KN ANULKTKHRK.
(D*après une caricature aûglaisc de 1806. — Musée Carnavalet.)
Dans les salons du faubourg Saint-Germain on fit des railleries interminables sur les coquilles de noix avec lesquelles ri.mp<reur vou. lait conquérir la pertide Albion, et on alla voir pour s'en moquer les chaloupes canonnières que Ton construisait sur le quai des Invalides. Des caricatures (imprimées en feuilles volantes <\ Paris secrètement et A Londres ouvertement) traduisirent ces sarcasmes qui cessèrent au retour de PKmperenr à Paris, après la campiigne de Prusse et la victoire d'Austerlit/. {Tu. Lxvxli r.i:.)
latérale à gauclie de Tancienne é.iilise Sainte- Marie, sera la rue (lastex, en mémoire du colonel du 13" régiment d'infanterie léf^^ère ; Fontaine et Percier dessinent lArc de Triomphe du Carrousel, destiné, dans la pensée de l'Empereur, à être la porte d'honneur du palais des Tuileries; Raymond et Chalgrin jettent les fondations de TArc de Triomphe de la Grande Armée, TArc de Triomphe de l'Etoile, dont la grande voiHe abritera, un instant, le 15 décembre 1810. le cercueil de Napoléon, ramené de Sainte-Hélène
L'Empereur comprend que sa puissance re-
ces bons l*arisi(Mis. as^oifles de traïupiillib'.
Alors, pour gage de sa résolution, il ordonne (pi'une ruf nouvelle sera ouverte sur les t<'rrains des Ca[)ucines. là où se tient une sorte de kermesse dont un dr's théAtricules sert aux débuts de Virginie D(*jazet : il décide (pie cette rue portera le nom fallacieux de rue de la Paix.
Car tout le monde la désire, encore qu'on !ro>ie la rérIauHT. Pourtant quelques allusion^ timi<les se glissant déjà dans les discours olïicicds : lorsqucî Na[)olét)n, visitant b's travaux du Louvre, est acclamé par la foule, de tout cœur, ainsi qu'on a<'clam<' à l*aris, c'est tré>
ccrtainomentau grand capitaine que vont les cris d'enthousiasme, mais il est facile de distinguer dans ces manifestations l'espoir d'un avenir plus calme à Tombre des lauriers arrox's de sang et de larmes.
Cette année, cependant, n'est point stérile
détails de. la vie privée dont les faits constituent bien plus l'histoire réelle (pie les incidents ]>;issagers de la vie polilicpie, vague et siiperiicieile — on sent combien toute cette [irospérili' r^t en iaeade.de quelle argih» sont pétris 1rs pieds de cette statue du colosse
LES K.NVillO.NS I)
(l)'aprôs un plan do l'époque. —
|)0ur l'aiis : tous imîs soldats, inscuicieux du lendemain parce tpi'ils se croient invincibles, jettent l'or sans compter sur les tables de jeu qui se remontrent et se rencontrent i)arlout. On danse à Tivoli, au Salon des étrangers, et le commerce de luxe s'emichil ; mais, dans les rues, la misère en haillons s'étale; tandis qu«." dans la population ouvrière hi travail mancpie. Et l'on sent, pour peu (pion veuille |)énétrer dans les détails de cette j)ériode — dans les
Uibliotlit-quo de la ville de Paris.)
d'Austerlitz, (pie vient de modeler Chaudet. l'n monument, à Paris, caractérise bien cette année qui le vit édifier: c'est ia fontaine ih' hi Vidoire, qui va sélever place du Châtelet. l'ne Victoire dorée paraît distribuer des couromn's sur les tombes iiu-onnues des morts glorieux. La Victoire est dorée, mais mal d'aplomb, et le lût de la colonne est ^réje.
Kdmond Beaurep.vihe.
PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE
LK i'ONT D AUSTKRMTZ.
(D'après une ^'ravure du temps. — Collection G. Hartmann.)
Crinimencé eu 180-'. ce pont fui ouvert aux piétons le l" juin l^0^>, mais les voilures ne purent le traverser qu'à partir du o mars 1807. Sa construction avait été décidée par un décret de l'an l\, en vue d'établir une communication entre le Jardin des lUantes et l'Arsenal. On lui donna la dénomination de Ponld'AusU'rlit:, à l'occasion de la célèbre victoire remportée le L' décembre IBUo.
LES ÉCHOS DE PARIS
Les Cafés du Palais-RoyaL
AXS l'enceinte de ce palais, on remai'que tout d'abord le café de Foi, renommé pour ses bonnes glaces et ses sorbets. Là se réunit ordinairement la bonne société, au sortir du Théâtre - Français et de celui de la Montansier, mais on n'y voit que très rarement des dames.
Les autres cafés sont celui de Chartres , celui de la Rotonde, avec un pavillon dans le jardin, où, en été, on va prendre le frais du soir; celui de Corraza, où l'on peut lire les journaux étrangers ; enfin le café des Mille Colon- , nés orné d'une
MEDAILLE FRAPPEE A L OCCASION DE „„nnfi*tA Ho LA VMITB DU PRINCE DE BADE A LA H^an^l^e QC
MONNAIE tins MEDAILLES. glacesetdejo-
(Musée des médailles de la Monnaie.) lies colonnes.
Dans [les caves dos|'^'aleries du palais, il faut citer avant tout le café du Caveau, dit du Sauvage, sous le café de la Hotonde;il comprend deux grandes salles, qui, dés le matin jusque vers les sept heures du soir, sont occupées par un restaurateur, où l'on trouve des déjeuners froids et chauds, et où, ù raison de to sous, on peut faire un ample diner bien arrosé. Le restaurateur disparu, un limonadier prend sa place; une musique aiguë et discordante, accompagnée d'un tambour de basque, s'y établit, de même qu'un homme, auquel le maître du café paye 6 livres par séance pour jouer le sauvage, qui se place dans une sorte de grotte fermée par des décorations en bois, et entourée de trois ou quatre timbales, qu'il frappe d'une telle force, faisant des grimaces, des sauts et des bonds pour amuser les habitués; ceux-ci sont, pour la plupart, de petits marchands qui s'y rendent, avec femmes et enfants, pour boire la petite bouteille de bière aigre et manger des échaudés.
On prétend que celui qui fait le nMe du sauvage est l'ancien cocher de Robespierre.
Le café des Aveugles, non loin de celui du Sauvage, est installé de même sous terre. Son nom lui vient de l'orchestre complet, composé exclusivement d'aveugles formés aux Quinze-Vingts, qui y sont tous les soirs. Il y a parmi eux une femme aveugle, qui chante des airs de bravoure, mais dont la voix est fausse et aigre. Ce café est divisé en vingt petits caveaux joliment décorés. Le flux et reflux continuel ne cesse que vers minuit. Des gens de toutes les classes et conditions sortent et entrent sans discontinuer.
C'est aussi dans ce café que résident M mes Angot, nom célèbre dans toutes les pièces facétieuses qu'on donne à Paris pour amuser la population. Ce sont deux grosses marchandes de bouquets,
PARÎS DE 1800 A 1900.
qui vont présenter des fleurs aux godiches pour leurs belles, et qu'elles font paver plus ou moins cher.
Outre ces bouquetières, des marchands de
ne reçoivent que de la bière, ou une tasse de café, ou quelques sous par jour, selon leurs talents. Malgré la obaleur insupportable et l'air méphitique qui régnent dans ces caveaux, d'où s'exhale une épaisse vapeur capable de faire rebrousser chemin à celui qui y descend, journellement une foule de monde y va ot s'y amuse.
Toutefois la police de Paris doit veiller avec soin et rigueur sur tous ces lieux de réunion, qui, sans cette vigilance, deviendraient facilement des repaires de vols et de brigandages.
{Lellrcs de Paris de jmj'à jso: )
Les Halles.
LA marée est re qui frappe les veux, et ce qui s * e m p a r e d'abord de notre odorat, entrant à la Halle. Tous les monstres de l'Océan, grands et petits, pères et mères, frères et sœurs, enfants mêmes s'v donnent rendez-vous chaque malin, un rendezvous qui n'est jamais interrompu que dans les très courts jours d'une excessive chaleur, (i'esl \k que l'orgueilleux saumon, le fier esturgeon et le majestueux turbot se trouvent côte à C(jte avec le merlan modeste, le maquereau patelin et l'humble hareng; ils v sont réunis non pas ainsi que dans