UNE VUE DE PAHIS AU COMMENCEMENT DU SIÈCLE
(Tableau de Demachy. — Musée Carnavalet.) Ce tableau fait pendant au précédent, et les deux sont probablement de la même date.
la mer, mais comme nous le serons tous un jour dans l'empire des morts, c'est-à-dire, dans le sein d'une égalité parfaite. Forcés de n'indiquer dans ce genre qu'une seule maison, nous nommerons Mme Dieu, comme la marchande de marée le plus
PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE
souvent entourée de monstres. En s'assurant bien (le leur fraîcheur, l'on sera bien certain de n'être jamais trompé par elle.
La volaille abonde à la Halle, mais elle ny vient que de la seconde main, c'est dire assez qu'elle y est toujours plus chère qu'{\ la Vallée, première et inépuisable source de tout le poil et de toute la plume qui se vendent à Paris.
Le commerce des issues est très considérable à la Halle, où les tripières tiennent leur rang tout aussi bien que les rôtisseurs. C'est là que les pieds de veau et les ro^mons de mouton, leurs cervelles respectives, les têtes de tous deux, les foies et les ris du premier, les lani^ues du seeou<I, etc , S(? trouvent en ^(rande abondance, et la boutique de Mme Heaucage mérite, eu ce genre, d'être indiijuée. D'autres tripières plus modestes, mais qui n'en font pas moins partie de la communauté, vendent des issues d'un ordre inférieur; telles que des pieds de mouton, les c(r.urs, les mous, les foies et les palais du bo'uf. Ce commerce n'est pas sans doute aussi glorieux «jue l'autre : mais chaque chose a son prix, et ces dames s'estiment tout autant que si elles vendaient des têtes et des oreilles <le veau; tant il est vrai que la vanité trouve toujours un petit coin pour se nicher dans ce bas monde, et surtout chez les dames.
Les végétaux de toute espèce abondent à la Halle, dans une telle quantité, qu'on en a divisé le commerce entre les marchandes d'herbes et celles de légumes proprement dits. Ainsi celle qui vend des carottes ne vend point de petits pois, et les navets et les choux-lleurs ne se trouvent point réunis dans les mêmes mains. Parmi les marchandes de légumes les mieux assorties, nous nous plaisons à nommer Mme Noël, qui fournit les plus gros restaurateurs. Cette vente continuelle, et à chaque instant du jour, offre, ainsi que la marée, de grandes variations dans ses prix, et le thermomètre a sur eux une inconcevable influence. C'est ainsi qu'on voit le maniveau de champignons passer quelquefois de dix sols à six francs, dans le cours de la même semaine , et la botte de persil sauter, dans le même temps, de deux sols à trois livres. Il faut une grande habitude de la Halle pour n'être étonné de rien.
Le poisson d'eau douce a plus de fixité. Le médiocre est, surtout l'hiver, à un prix raisonnable. Mais les grosses carpes, et surtout les anguilles, y sont presque toujours assez chères. Dans la semaine sainte, eHes deviennent inabordables, (juant au brochet, il ne faut s'en approcher qu'avec précaution , surtout si c'est un monstre. A l'exception des goujons, brèmes et ablettes, tout le poisson d'eau douce se vend vivant à la Halle. 11 faut se méfier de celui qui ne l'est plus, et sur lequel ou vous lâche très facilement la main. Les écrevisses, les limaçons et les grenouilles s'y vendent également vivants. Ces deux derniers sont un manger très recherché, lorsqu'ils ont passé par les mains d'un cuisinier consommé dans son art.
Le commerce du beurre et des œufs est tenu, à la Halle, par les mêmes marchands, qui cumulent souvent cette vente avec celle des fromages de Brie, de Marolles et de Neuchàtel. Ce sont de fort
capitalistes qui tirent en droiture, ou achètent en gros sur le carreau. Ils approvisionnent toutes les fruitières de Paris, et vendent ainsi tout X la fois
LES PETIT. s MÉTIERS DE PARI. S.
(Eaux-fortes de Duplessi-Bertau.v.)