‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 71 sur 455 · LA I» E L I B K R A T I 0 N I> E S POLITIQUES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA I» E L I B K R A T I 0 N I> E S POLITIQUES ANGLAIS

(Caricature de 1800. — Musée Carnavalet.)

épicuriens étaient retenues doux mois à l'avance. à prix d'or par h's Parisiens du grand monde (jui se disputaient le plaisir «l'entendre quelques refrains à travers une chdson. haleine était un rival de Vatel. 11 ne faisait ni vers ni <hansons, mais il entendait îY merveille la manière d'arranger un jambon aux épinards. et de confectionner un vol-au-vent à la crème. Rien n'était oublié par cet homme vraiment pénétré <le sa mission : des orangers, des grenadiers, des lauriers-roses étaient idacés sur l'escalier qui conduisait à la salle des festins.

Un couvert magnifKiue était dressé par lui; un surtout de chez Toinir garnissait le milieu de la table; des girandoles de chez Ruvrût étaient arrangé(;s avec svmétrie. Les fleurs les plus belles brillaient dans des vases de cristal ; des garçons arrosaient de quart d'heure en (piart d'heure. Par un raffinement d'atticisme, on dînait presque toujours aux lumières, même en été. On prétendait que le feu des bougies donnait plus de gaieté à un repas, que la gaieté facilitait la digestion .. Kt. comme on tenait à digérer avant tout, on emplovait tous les movens pour,v parvenir.

Une fois seulement (c'était l'année de la comète), nous allions nous mettre à table : Haleine paraît dans le salon. la serviette sous le bras, l'air pâle et défait... « Messieurs, vous voyez un honnne au désespoir. J'attendais les huîtres par la voiture de quatre heures... elles n'arrivent pas... Je vous

avoue que je suis dans une anxiété !.. Messieurs, si ce malheur marrivait!... Je ne m'en consolerais jamais !... Messieurs... » Et il se i)romenait comme un fnu dans le salon, en levant les mains au ciel et regardant de temps en temps par la fenêtre, pour voir si les huîtres ne venaient pas. Puis il descendjiit.puisil remontait ;c*étaitpitié de le voir. . En vain nous cherchions à le rassurer, en lui disant qu'un dîner sans huîtres n'en était pas moins un excellent dîner, llien ne pouvait lui faire entendre raison Nous avions vraiment peur (pi'il ne se portât à quebpie extrémité, et ne renouvelât la scène de l'infcu'tuné Vatel. Knlin. un garçon vient annoncer la fameuse bourriche !..

La figure de Baleine s'épanouit, elle reprend sa sérénité; un sourire de satisfaction se peint sur ses lèvres et il s'écrie, avec un certain air d'assurance, moitié grave et moitié comique : « -Mi î je savais bien «pie les huîtres ne manrpieraient pas!... »

C'était un coup d'o'il vraiment original que ces vingt convives riant, causant, buvant ensemble. Les mots piquants s'échappaient avec le Champagne. La diversité des physionomies animait le tableau. A cote de la ligure grave et reposée d'Eusébe Salverte, Désaugiers étalait sa bonne grosse

RÉPONSE DE l'empereur AU ROI DE PRUSSE.

(Caricature de 1806. — Musée Carnavalet.)

face réjouie et rebondie. Armand (îouffé, avec ses besicles et .son rire sardonique, contrastait à ravir avec Ducray-Duminil, qui tendait une bouche béante, un visage rouge et bourgeonné. Deux petits vieillards. aux manières de l'aricien régime,

Les seuls qui nous étaient restés

D'un siècle plein de politesse, montraient avec coquetterie leurs cheveux blancs:

PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE

c'étaient Philipon de la Madclaine, qui composait encore, à soixante-quinze ans, des chansons pleines de gr<\ce et d'esprit ; [»uis ce bon vieux Laujon, qui traversa, comme je lai dit, une vie de po«'te de rjuatre-vingt-cinq ans.

Je n'ai rien connu de si aimable, d'aussi insouciant, d'aussi heureux que ce petit vieillard! ... C'était le vaudeville ambulant, la chanson iucarnéc, le flonflon fait homme... Ah ! pauvre Ijiujon, si tu vivais!... 11 assista, quoique malade, au dernier dîner qui précéda sa mort de quinze jours. A propos de Laujon, on se rappelle ce mot charmant de l'abbé Delille. 11 y avait près d'un demi-

qu'au soir, le spectacle le plus divertissant. Voilà une roue de fortune en verre; n'en soyez pas surpris; les extrêmes se touchent; la nation la plus éclairée de l'Europe parait en même temps la plus superstitieuse; à tous les coins, dans toutes les extrémités de la ville, vous trouverez des liommes rusés (\u\, sous diverses formes et de mille manières dilTéreiites. attirent les [»assants [>our leur annoncer infaillibk'ment les numéros qui sortiront au tirage prochain de la loterie; et toujours ces faux prophètes sont environnés d'un cercle nombreux d'auditeurs, et d'un essaim île curieux, dont les plus crédub^s se laissent séduire

LK DKRMEIl REVE UE l'ITT.

(D'après une gravure anglaise de 1806, pièce coloriée. — Bibliothèque de la Ville de Paris.)

William Pitt, second de ce nom, Tàme de la coaliUon contre Napoléon et la France, était né le 28 mai 1759. II mourut le 28 janvier 1806.

siècle que l'auteur de V Amoureux de quinze ans faisait des visites pour arriver à l'Académie française. Comme quehiues membres du docte corps élevaient des difficultés, en raison du genre frivole que le solliciteur avait cultivé, Delille se lève: t Mes chers confrères, dit-il, je pense qu'il est important que M. Laujon soit nommé cette fois; il a quatre-vingtdeux ans, vous savez où il va... Laissons-le passer par l'Académie. » Tout le monde applaudit à ce mot délicieux, et le chansonnier fut académicien.

(Paris, ou le livre des Cent et Un.)

La Rue à Paris.

VE.NEz avec moi faire un tour dans les rues de Paris; vous n'en serez pas fâché, car ks quais, boulevards, etc , offrent, du matin jus-

par les brillantes promesses de ces charlatans. Deux sous sont le prix ordinaire de ces prophéties infaillibles. Là, un autre a dressé une espèce de table avec des earactéres mobiles : vous lui dites la lettre initiale de votre nom, aussitôt il la tire de sa place, et une petite case appliquée par derrière renferme tout ce que vous désirez savoir. Un troisième a trouvé cette manière de prophétiser trop simple. Regardez cette table sur laquelle toutes sortes de petites figures se tournent, poussées par un mécanisme intérieur; au premier aspect on ne la prendrait pas pour le sanctuaire d'un prophète de la loterie ; niais hientôt vous apercevez, au-dessus des marionnettes, un zodiaque attaché à la colonne qui traverse la table. Plus haut vous découvrez un autre cercle qui porte les 90 numéros. Désignez maintenant avec le doigt

celle de ces marionnettes qui vous parait posséder le mieux la science divinatoire, par exemple, cet Empereur turc qui vous menace si majestueusement de son sceptre ; aussitôt toutes les figures se mettent à courir; le zodiaque, les numéros tournent.

le rouage se démonte. l'Empereur turr s'arrête et vous indique avec son sceptre le mois d'aoïl t, au-dessus duquel on lit le numéro 78 Rien de plus naturel et de plus sur; vous mettez ces numéros au mois d'août, et vous êtes à peu prés certain... de perdre votre argent.

Mais (1 u c veut ce matelot avec son microscope?

que fait-il voir à travers? — Une puce — Et cela coûte? — Un sou. — Approchons un moment de cette boutique : l'inscription pompeuse qui la décore annonce une merveille : t (jui veut voir,

L EPOUVANTAI

(Caricature de 180G. -

s'approche et regarde 1 1] Qu'est-ce donc? Une puce qui traîne un éléphant; une puce qui fait marcher

un carrosse à six chevaux rempli de monde; une puce à la [latte de laquelle on a attaché une boule de métal, au movcn d'une chaîne d'or, et qui saute gaiement malgré son fardeau.

Tout cela est vrai. Voici une invention non moins bizarre, deux mouches qui se battent à l'épée. Elles sont attachées perpendiculairement à deux épingles fixées derrière leurs ailes, de sorte qu'elles tendent les pattes en l'air. Après les avoir placées l'une vis-àvis de l'autre, et de bien prés, on leur donne une petite boule de liége à laquelle est attaché un brin de paille. Aussitôt que cette boule touche leurs pattes, elles la saisissent pour s'y tenir ; par ce mouvement la . boule tourne, et le brin de paille s'agite vers l'ennemi. Comme celui-ci en fait autant de son côté, les deux brins de ])aille se touchent comme deux cpéos, et voilà le duel des mouches!

(Anonyme.)

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