‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 86 sur 455 · MODES DE 1807. — LE BAISER PERFIDE · texte numérisé non relu

MODES DE 1807. — LE BAISER PERFIDE

D'après le Suprême Bon Ton. — (Bibliothèque de la ville de Paris.)

Il ne

d*un ton sévère, lui ordonne de se relever... bouge pas...

— Allons, Spire, lui dit-elle d'une voix douce, relevez-vous... Je vous l'ordonne.

— Kelevez-vous, S. M. l'exige, ajoute M°" de C.

plus

PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE

Même immobilité de la part de Spire. Cet entêtement m'inquiète, je m'ap()roche, je veux l'aider... 11 avait perdu connaissance. Lorsque je le toucliai, son corps ])erdit ré<iuilibre ; il tomba de côté sans donner signe de vie !

— Eh vite! Edouard, s'écrie l'impératrice, de l'eau, du vinaigre, courez... sur ma toilette vous trouverez un flacon, allez chercher du secours, cet homme se meurt... mon Dieu ! j'en suis la cause... je ne lui ai cependant rien dit.

Elle prend son mouchoir, elle veut déboutonner

— C'est un homme perdu, dit tout bas Dargens. Malgré cela, il lui soutenait la tète et lui faisait respirer des sels américains.

Spire commença à étendre les bras, peu à peu il revint ù. lui.

— Madame, répétai-je, je supplie V. M. de se retirer, ou je ne réponds de rien.

— Eh bien ! imisqce vous le croyez nécessaire, je vais m'en aller, mais ne l'abandonnez pas.

En disant cela, elle firond ia petite Madeleine par la main, la regarde, l'ombrasse et remmène,

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MODES DE 1807. — l'embarras DES CAPOTES.

(Bibliothèque nationale. — Collection des Estampes.)

la veste de Spire, elle ne sait ce qu'elle fait, tandis que M"* de C... reste là, immobile, comme une statue. Je m'élance, je monte dans l'appartement, je m'empare de tous les flacons qui tombent sur ma main; je dis à Dargens, le valet de pied, de me suivre, que quelqu'un se trouve mal; nous rejoignons S. M., qui est pAle et inquiète; Spire est toujours dans le même état.

Je supplie l'impératrice de se retirer, elle ne le veut pas :

— Comment voulez-vous que je l'abandonne, cet homme!

— Madame, lui dis-je respectueusement, il est à craindre que la présence de V. M., lorsque Spire recouvrera ses sens, ne le fasse retomber dans le même état.

non sans retourner souvent la tête. M"*^ de C... la suit, toutes deux sont enfin rentrées au château.

Pendant ce temps, Spire a ouvert les jeux; il est assis par terre, dans les bras de Dargens qui le soutient. Je tiens à la main le mouchoir que Joséphine m'avait laissé et avec lequel elle s'est plusieurs fois essuyé les yeux : il est imbibé de vinaigre, d'eau de Cologne, d'eau de Portugal, que sais-je! Je le présente à Spire qui regarde sans voir, écoute sans entendre.

— Monsieur, me dit Dargens, Spire s'est donc bien grisé ce mathi ?

— Ma foi! je ne sais.

Enfln, cet homme si susceptible m'entend; il me demande pourquoi il est ainsi, ce qui s'est

PARIS DK 1800 A 1900.

passé , coniinont il se fait que nous soj'oiis lt\... Il senibh; clioirhor h se rappeler queliiue chose, il fronce le soureil ; je le vois pâlir de nouveau :

— Allons. Sjiire. lui «lis-je. levez-vous, ça va bien niainlenant. r'esl un Fiianvais rêve que vous avez fail. vnilà IchiI

— ('.lie lèlV pa^. inc répon«lil-il en allaehanl ses yeux sur un des cnins «lu niouclioir que je liens à la Hiaiu;«'l. le reconnaissant à la marqua', il se jette dessus, il le presse sur ses hnres. un torrent de larmes lui amène eiilin un soulairenuMit :

lui ni son enfant. Je lui dis, en clieniin. que l'inipératrice ne mettait qu'une seule eondition à la grAce qu'elle lui avait accordée : c'était qu'il n'ouvrirait jamais la bouche, à «pii que ce ïùi, de ce qui s'était passé; (fu'elle avait emmené la j)etite Madeleine, et que j'allais la lui ramener. Je lui redemandai le mouchoir de Joséphine, qu'il ne cessait de presser sur ses lèvres : il ne voulait pas me le rcndr<^: enfin, je vis le moment où nous allions le mettre en pièces pour savoir à qui des deux il resterait : S|»ire linit par céder.

Darfîens ne savait ce que tout cela signifiait. Je

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