‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 85 sur 455 · LA SOCIETE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

LA SOCIETE LITTERAIRE

(Caricature de 1807. — Bibliothèque de la ville de Paris.)

PARIS SOUS LE PREMÏKR KMPFRK.

<le l'Etoile. En liant de la tahlo de ('lia<iuo réf,'imonl. ('tait dressée inio lente particnlière pour les offieiers. La tente de rétal-nnijor étail plarée an rond-[)oiiit d<'s (;iiain|>s-Elvsées.

L(; corps iMniiici|>al a fait les lionnenrs dn han- <piet: et iilin (pie le peuple j»artiripàt aussi a re repas de raniillr. on a fait sur les douze jirinrijialas plates de Paris des disirihutions di' vin cl tiré des loteries de conirstihlcs Sur la [ilace du marché des Innocents, la distrihution du vin a élé faite f»ar la ftmtainc même, d'où le vin jaillissait par quatre rol)in<Ms. Des oi-rlic^lrcs de miisiri(Mis étaicid dnîssés s»ir chacun»' de ces places A liuit heures des i'eu\ il'nrtitice ont été tirés sur ces

M. de J^alainle, cpli, le jour même du couroiuu^ment, ne trouva rien de plus intéressant à raconter (pn^ l'éclipsé imprévue du troisième satellite de Jupiter. (Juant à Spire, il [larlait peu, n'interro::eait que rarement et ne racoidait j.imais. 11 montrait la |daide (jue l'on était cuiii'ux d'étudier, et par un Kh jiirn! fortennud accentué, il décelait son c(uitentemeiit et sollicitait, du re;.sir(l, votre admiration L'impéiatiice avait pour lui et sa famille, (pii était trcs-nnnd»reus(\ une hienveillance loulc j>articulière. I)u reste. Sj)ire avait l'air de l'homme le [dus doux : Je ne l'aurais certainement jamais cru cajtahie de commettre une acti(Mi romme celle dont je fus témoin, et (pi'on

Caricature de 1807, faisant allusion à la critique de l'époque. — (Dibliollièque do la Ville de Paris.)

places. Aucun désordre, aucun accident n'a troublé un si beau jour.

Journal de VEmpire (IfiOÎ).

Le garçon jardinier de la Malmaison.

JosKPHiNE était descendue de voiture avec M'"'' de C...; elle allait traverser le péristyle de la Malraaison, lorsqu'elle aperçut Spire : c'était le premier garçon du jardin botanique. Allemand flegmatique comme ils le sont tous, uniquement occupé de ses plates-bandes, et sur qui l'autorité des officiers ou des dames de S. M. avait peu d'influen(;e. Il ne voyait de grandeur, de richesses et d'importance que dans la culture de ses espèces et le développement de sa famille (c'est ainsi qu'il désignait ses fleurs). 11 ressemblait en ce sens à

apj>réciera, ce[)endant, comme elle doit l'être. L'impératrice avait donc aperçu Spire; elle lui avait fait sii^ne du doiirt de venir lui parler. A cette invitation, notre homme n'avait pas marché plus vite: il s'était contenté de [jorter la main à son bonnet et de tendre l'autre à .loséfdnne, qui, moitié en riant, moitié mécontente, lui avait donné la sienne, en disant à M"**^ de C... :

— Pounpnn désohli^erais-je ce brave homme? Tout en cheminant, la conversation s'était

engaf-ée entre elle et son garçon jardinier. J'avais sinvi et j'écoutais, comme c'était toujours mon habitude.

— Tu te portes Iden? lui demanda l'impératrice.

— Pien, pien, Fotre Machesté, et mon chardin aussi.

— Et tes enfants ?

— Pien, pien, Fotre Machesté, et mes arbustes aussi.

Ceinture en corset écliancré.

(D'après le Costumr parisien de 1807.)

— Mes parasols chinois sont-ils toujours aussi beaux?

— Stercutia, Fotre Machos té, ia, ia.

— Et ma grande gennandrée?

— Tencrium. Fotro Machosté, ia, ia.

— VA mes capustas ?

— Capusta cranti IJora, la, ia.

A ces mois, nous étions arrivés

devant la plate-hlandc des capuslas (espèce de choux géants de l'Inde), à laquelle Spire tournait le dos; sa plus jeune fille, agenouillée sur la couche, coupait le dernier.

— Eh pien? dit Spire en se retournant.

La petite fille, croyant que son père l'interrogeait, répondit :

— J'ai coupé tous les petits pour faire la soupe.

Et elle montra son tablier déjà à demi rempli.

A cette vue, Spire pâlit, il devient immobile, ses lèvres s'agitent, sa langue est glacée ; Joséphine, qui le regarde, part dun éclat de rire... Tout à coup, Spire, entrant dans un accès de fureur inimaginable, semble, par ses regards, vouloir dévorer sa famille ; ses doigts se crispent, il tourne des

jeux égarés autour de lui, aperçoit une bêche fichée en terre à quelques pas, s*élance, la saisit... La petite fille pousse un cri déchirant et vient se réfugier dans les bras de M™« de C..., qui ne sait que penser de tout cela.

Dés ce moment, Joséphine ne rit plus, elle avait deviné l'affreuse intention de son jardinier. M™*" de C... est tremblante; moi-même, j'ai peine à m'empêcher de sauter à la gorge de cet homme dénaturé.

— Comment! s'écrie l'impératrit-e à qui la colère laisse à peine la faculté de parler distinctement, comment! Spire,... devant moi,... oser... je vous chasse.

Puis s'adrcssant à sa fille :

— Viens, ma jietile, lui dit-elle en tâchant de la cnlnior, n'aie pas [)eur. il ne le touchera pas... Mais r'est une hèle féroce «jue cet hnmnie-là!

Cependant le })ère était hors d'ét.d d'entendre ni les san'ilots de son enfant, ni la voix de sa souveraine.

— Jésus, niein (lott! s'écria-l-il en s'arrachant les clievoux, che suis téshonoré î

Puis, avec une expres.sion furieuse qui avait (piel<(ue chose de firolesque, il se jette aux genoux de riiiipératricc, déjà passahleinent émue de la scène qui venait de se passer, lui baise les pieds qu'il arrose de ses larmes. Puis il s'écrie :

— Fotre Machesté peut me faire mourir; mais puiscjuc mon fille a coupé mes capoustas, il faut que che lui coupe son tète.

Je crois qu'il l'aurait fait, et sans remords, comme une chose très-juste, sans Joséphine, qui, dans cette occasion, employa toute son autorité, sans rien perdre» de sa bonté vraiment angèlique.

Sfdre est toujours à ses pieds; le calme, chez lui, a succédé à la fureur : il sent toute l'énormité de sa faute, il semble anéanti. L'impératrice,

Page 1