PAHIS ADMINISTRATIF
Les trente années qui s'écoulèrent de lu chute du second Empire à la fin du dix-neuvième siècle furent pour l'aris une incomparable période d'activité administrative. Aucune époque de son histoire n'égala, au point de vue de son amélioration surtout matérielle, ce qui a été réalisé de 1871 à 1900. Si l'on suit, du point de départ au point d'arrivée, la route parcourue malgré les difficultés à surmonter, on doit recon-
naître, à quelque opinion politique qu'on se rallie, le zèle et le dévouement avec lesquels a été remplie sans repos la tâche acceptée par les municipalités et par les préfets de la Seine qui se sont succédé, durant cette époque, à la tête de l'administration.
Cette tache était considérable. Elle ne pouvait être entreprise et menée efficacement jusqu'au bout qu'à la condition de joindre à une inlassable vigilance un souci constant des intérêts à gérer et à défendre.
Après les malheurs et les souffrances du
siège, après les ruines dues à la Commune, ilyavaillout d'abord à travailler à la reconstruclion de Paris dans la plupart de ses quartiers Or. la situation de la Ville se trouvait grevée de charges accablantes. Le passif était énorme : en dehors des obligations normales de dépenses et de la réparation de dommages particuliers, il s'élevait à l»:»i.(M»l,:«)0 francs, dans lesquels était comprise pour 210 millions l'indemnité exigée par l'A llemagne comme rançon de Paris.
De ce passif il fallait, aussi rapidement que possible, faire disparatlre le poids et effacer en môme temps sans délai les traces nombreuses de l'invasion et de la guerre civile. Aussi le conseil municipal élu le 2:1 juillet 1871 fut-il. le jour même de son entrée en fonctions il aoiUi. saisi par le préfet de la Seine. Léon Say, d'un plan financier ayant pour objet un emprunt de liquidation de 330 millions.
Cet appel au crédit suivait de quelques semaines, à peine celui que l'Étal avait adressé à la France et au quel le patriotisme du pays avait répondu par l'offre de quatre milliards et demi. Les Parisiens firent preuve du même empressement. Le succès de la souscription dépassa toute attente. L'emprunt fut couvert quinze fois. La spéculation y intervint assurément.mais les petits souscripteurs furent
légion; si bien que, pour accueillir l'appoint fourni par la petite épargne, on dut créer un nouveau type de titres : des quarts d'obligation d'une valeur nominale de cent francs.
La dette municipale n'était toutefois pas éteinte. Les budgets de 1871 et 1872 laissèrent un déficit de 57,979, 113 fr 13 centimes, et ceux de 1873 et 187 ly ajoutèrent 7,484,419 fr. ♦î!» centimes; au total, 63,463,833 francs 82 centimes.
Or. il importait, quel que fiU Je manque de ressources, de rendre à Paris, pour y ramener la population llotlantc qui dépense, sa physionomie accoutumée en rebâtissant les édifices incendiés, surtout l'Hôtel de Ville, et
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Exécuté par la maison Chrisloile et O
en faisant renaître ses embellissements détruits Et. d'autre part, il était nécessaire de construire des écoles pour développer renseignement primaire et pour combattre l'ignorance qui. de l'aveu de tous, avait été une des causes de la défaite dans la lutte contre les Allemands.
Pour prendre ces mesures, il était urgent d'avoir sous les yeux un inventaire de tous les engagements auxquels on aurait à faire face. Léon Say présenta, dans un expo>é d'une remarquable lucidité, la série d'échéances à payer et les moyens d'équilibrer l'exercice budgétaire sans perdre de vue nouvelles dépenses à contracter. La majorité du conseil municipal partagea les vues du préfet, et, grAcc à cette entente, il fut possible de panser et de cicatriser les blessures graves et profondes faites par les deux sièges, t Quand on passe en revue, dit M. (iaston Cadoux [Le* Finances de la Ville de l'aris de 1708 à i(KHi), l'œuvre accomplie par la municipalité au cours de celte période; quand on songe en même temps à l'état de trouble politique de l'époque, on ne peut se défendre d'un sentiment de gratitude pour les élus de 1871 et poulies divers fonctionnaires qui réussirent si complètement à vaincre toutes les difficultés accumulées et à remettre le crédit de la Ville de Paris hors de pair après les effroyables convulsions qu'elle venait de traverser. »
A la fin de celle laborieuse législature qui s'acheva le 27 novembre 1874, le président du conseil municipal, M. Vautrain , qui en résuma les travaux, put dire avec justice à ses collègues, en les félicitant des heureux résultats obtenus, qu'ils avaient répondu, dans l'ensemble de leur gestion, à leur importante mission, en ne reculant ni devant le labeur excessif ni devant les obstacles presque insurmontables au début. A l'expiration de l'exercice de 1874, le crédit de la Ville élait entièrement restauré : elle pouvait, dès
ce moment, reprendre sa marche ascendante, reconquérir ses droits à la confiance du pays, revendiquer son rang de capitale, son renom de phare de la civilisation, et prouver à l'Assemblée de Versailles que Paris s'était ressaisi et qu'une fois de plus le vaisseau symbolique, au lieu de sombrer comme l'avaient «lit les pessimistes, allait, à pleines voiles, voguer vers l'avenir et vers l'idéal.
L'acclamation de la République, le i septembre 1870, par le peuple de Paris, avait, avant toute autre chose, été une réponse à la capitulation de Sedan. Paris croyait encore à la victoire quand il reçut la nouvelle de la défaite écrasante. Il avait crié . A Berlin! », eu juillet, avec conviction, et voici qu'il apprenait brusquement que les régiments français ne devaient être conduits en Allemagne que comme prisonniers. De même que l'enfant, en un geste de colère, arrache de son livre tout un chapitre d'histoire pour qu'il n'en soit plus question, Paris, toujours impulsif, en une explosion de représailles, rayait de ses annales toute la période de Louis-Napoléon Uonaparle, présidence et empire, pour revenir au 24 février 1818 C'était, à ce moment, la pensée dominante. Cela fait, et >e rappelant 181 1 et I8l.'t. il se préparai l'héroïsme, en attendant de Moltke. cet autre Hliïcher, et en espérant que le général Trochu. mis à la tête du gouvernement de la Défense, serait, lui aussi, un Moncey.
Le siège, qui dura près de cinq mois, prouva qu'aucune des grandes qualités d'Ame de la vaillante population parisienne n'avait dégénéré : ces longs jours de souffrances ininterrompues et d'interminables et torturantes angoisses furent marqués par bien des actes sublimes restés discrets ou ignorés, qui, s'ils avaient été publiquement connus, seraient encore aujourd'hui admirés et glorifiés. A peu d'exceptions près — et les faiblesses doivent se pardonner en ces heures cruelles, — chacun lit son devoir.
Il n'y eut, en délinitive, chez tous les Parisiens, devant l'ennemi, quelles que fussent leur condition et leurs idées, qu'une même altitude patriotique. La Ville, incarnant, à ce tournant des destinées, la nation, et consciente de sa responsabilité, était fermement décidée à s'ensevelir sous ses murs plutôt que de se rendre, comme elle l'avait déclaré dans la proclamation du 8 septembre.
Ceux qui, avec le Comité central des fédérations ouvrières, voulurent, dans les manifestations, s'installer à l'Hôtel de Ville et déposséder du pouvoir le général Trochu et ses
collègues, n obéissaient au fond qu'à l'intention d'imprimer à la résistance une activité fiévreuse qu'ils croyaient plus propre à assurer le succès. Ils se persuadaient que la Commune, la levée en masse, le* décrets révolutionnaires seraient plus efficaces que les promesses d'un plan secret dont les événements devaient d'ailleurs montrer l'inanité. Dans leur violence, ne voyant que des incapables en dehors des hommes de leur parti, ils accusaient de duplicité, de lâcheté, de trahison quiconque ne partageait pas leurs vues outrées, et ils ne parlaient que de destituer, emprisonner les fonctionnaires et les chefs, civils ou militaires, qu'ils considéraient comme lièdes ou nuls. Ils étaient mus surtout par la crainte de voir le gouvernement accueillir des propositions d'armistice qu'ils jugeaient déshonorantes. Ilscxigeaient que Paris, après avoir épuisé toutes ses ressources contre les Allemands, fit comme Missolonghi contre les Turcs. Kt c'était, à leurs yeux, du patriotisme que cet appel à l'émeute qu'ils soutenaient valoir mieux que l'ordre devant l'étranger investissant la ville.
Le gouvernement de la Défense nationale, issu lui-même de l'irrégularité et en possession d'une autorité légalement discutable puisqu'il ne la devait qu'à un coup de force de la foule, manquait en réalité de prestige pour tous ceux qui ne voulaient pas de ces syndics de la faillite impériale, la plupart des avocats, n'apportant presque tous, comme titres à la direction des affaires, en ces circonstances pleines d'inconnu et de péril, que leur réputation d'orateurs ou de politiciens. Quelques-uns étaient, au surplus, par leur âge avancé, peu aptes à porter le fardeau très lourd qu'ils prenaient sur leurs épaules.
On ne mettait généralement pas en doute la sincérité, l'honnêteté de ceux qui avaient charge de tant de graves responsabilités, mais ils n'eurent que pendant trois semaines à peine la confiance sans réserve du peuple de Paris. On s'aperçut bientôt qu'ils ne disposaient, pour soutenir les courages, que des affiches murales, où ils ne pouvaient que répéter des phrases vibrantes, mais forcément stériles. Ceux qui ne les approuvaient pas les taxaient d'impérilie, et les pins véhéments les appelaient des traîtres: ceux qui se ralliaient autour d'eux ne comptaient ju* très faiblement sur leurs moyens de faire une sortie victorieuse qui eut débloque lu capitale.
Il n'était pas facile, dans ces conditions, à l'administration municipale de remplir son rôle, d'autant plus qu'elle avait affaire à une
population surexcitée, nerveuse, rendue méfiante par tous les bruits répandus, par toutes les douloureuses informations qu'on lisait dans les journaux, dont un assez grand nombre poussaient à la discorde.
Le 5 septembre 1870, Etienne Arago. appelé à la mairie de Paris, rétablie comme en 1848, avait invité le peuple ù « se souvenir des grandes dates révolutionnaires ». Estimant qu'un vieux soldat de la Itépublique — c'était le nom qu'il prenait — pouvait décider personnellement, à lui seul, de la forme des institutions, il s'était e mpressé d'écrire en tête de son premier acte officiel les mots : ■ Commune de Paris. • On les lui tit effacer aussitôt, il est vrai, pour les remplacer par ceux d" • Hôtel de Ville de Paris • ; mais cet incident était signilicatif. car il faisait prévoir ce que les ultras s'efforceraient de réaliser dès qu'ils en auraient l'occasion.
Le maire de Paris avait pour adjoints Charles Floquet, Henri Brisson , Clamageran, Hérisson, qui appartenaient comme lui à la démocratie avancée H lit. avec leur appui, prévaloir pour ainsi dire exclusivement l'élément radical dans le choix des vingt maires d'arrondissement Nommés pardécret du gouvernement, en attendant l'élection d'un conseil municipal, ils s'efforcèrent d'organiser la lutte pour la vie, au milieu des privations générales, en réglementant les distributions de viande et de pain aux portes des boucliers et des boulangers, et en créant les cantines qui sauvèrent de la mort un demi-million d individus affamés. Cette organisation ne fut pas parfaite et pouvait difficilement l'être, mais