II
Le courant, resserré, est devenu un irrésistible torrent.
Sa vitesse égale celle d'un cheval nu trot. La croûte de place s'avance d'une seule pièce; sa vue fatigue et tire l'oeil, comme si. par la porte d'une voilure lancée au galop, ou regardait constamment le sol
Au Pont-Neuf, la Seine est un torrent. Les glaces s'écrasent contre les quais. Ile temps ù autre . un énorme bloc, violemment comprimé, se dresse a plus d'un mètre et ne peut retrouver sa place
L'écluse a disparu. Tous les bateaux a vapeur garés d a n s l' i n t érieur du petit bras sont sous pression. La q u a n t i t é de tonneaux emportés est incalculable
La Seine monte avec une intensité de plusen plus alarmante
La crue est de fiO centimètres a l'heure.
l'iicrompagnie de pompiers se tient moitié sur le pont, moitié sur les bateaux, que soulèvent et ébranlent les glaçon».
A trente mètres a peine de la seconde pile du petit bras, un mât émerge des eaux houeu-
La catastrophe de Clichy.
: train omnibus de Paris à Argenteuil, n* 127, qui part ordinairement de Saint- Lazare ù six heures précises, était resté en gare pendant un quart d'heure, attendant que la voie, obstruée par suite «les complications qu'avait fait naître le brouillard, fût tout à fait libre, (le convoi partit le 9 janvier, à G heures 15.
Le Irai n
CARTE lll' CIHETIKHC MONTMARTRE ES 1880 Dreuée par A. Msuxim, d'epri-s Us documents. — (Collection Charles SimooJ.)
ses; son pavillon pend, arraché, mis en berne par le naufrage.
Le bateau a disparu, éventrè, il y a un moment.
Les glaces ne coulent plus entre le Pont-Neuf et le pont Notre-Dame Le pont Saint-Michel est obstrué par un bateau littéralement coupé en deux. Les madriers les plus épais sont brisés comme des allumettes. Le niveau de l'eau monte constamment.
if 13, de Paris ù Uherbourg, express jusqu'à Argenteuil , qui part de Saint-Lazare d'ordinaire n six heures quinze, ne fut mis en roule, pour la même raison, qu'à six heures vinglliuit inimités.
Dans le premier train se trou va i«' nt environ neuf cents voyageurs; le second train en contenait au moins cinq ii six cents
Le train 127. parti le premier, fol obligé de ralentir sa vitesse ù partir desllatiguolles; le brouillard était a cepointépais qu'ilt'tait impossible au mécanicien d'apercevoir lesdisquescl les autres feux qui servent d'indication.
23, croyant la voie sur les si-
Les conducteurs du train libre, ne pouvant non plus se gnidei gnaux ordinaires qu'ils ne voyaient pas. lancèrent leur machine à toute vnpcur. et. sans s'en douter, rattrapèrent bientôt le convoi parti avant eux.
Ce n'est qu'aux coups de sifflet souvent répétés que les mécaniciens de chaque train comprirent le danger Ils renversèrent la vapeur, serrèrent les freins; mais tout fut inutile, et un choc terrible se produisit.
La machine du train culbuta les dernières voilures du train 127. el tous les wagons, culbulés. renversés ou défoncés, sortirentdes rails
Ce sont les voyageurs du train tamponné qui ont le plus souffert ; les personnes qui se trouvaient dans l'autre convoi ont ressenti une violente secousse et se sont trouvées presque subitement arrêtées. Celte collision s'est produite à la hauteur de la rue du Dois, à Clichy. entre la station qui porte ee nom el le pont qui traverse la route de In Itévolte.
Après un premier moment de stupeur, bien facile à comprendre, tous les voyageurs descendirent de voiture au milieu d'un brouillard épais; on n'osait avancer, on ne voyait rien.
G pendant des cris déchirants se faisaient entendre
Des voix appelaient : i Au secours! • On courut prévenir le chef de gare de Clichy et la nouvelle fut télégraphiée dans toutes les directions.
Les premiers secours furent donnés par les habitants de Clichy, qui pénétrèrent sur la voie, munis de torches et de lanternes, et commencèrent le déblaiement.
Les voyageurs sortis sains et saufs de celle effroyable catastrophe se hâtèrent de quitterla voie (Juelques-uns, contusionnés ou peu grièvement blessés, se sauvèrent clopin-clopant, pour échapper plus vile a ce terrible spectacle I n jeune Inuumc d'Argenleuil, blessé à la jambe, a préféré s'en aller à pied . en s'nppuvant sur un débris de wagon en guise de canne.
LE VIEIX PARIS. — lll K HOXTmtlTIte, AU COIN M LA RTE li'jttMH Mtl
D'après une photographie de L. Paiient.
(Collection Clurlc. S.moud.) Celle p»rti« de h ruo d'AbouLir • diffMru dtm le perc ment d« U ru» Rtatanu-,
BOI LF.VAHIl l'OISSOX.MÉBE, N« 23. HÔTEL MONTIIOLON
D'après une photographie de L. Parent.
(Collection CkariM Simond.) I.l.ùlcl «ontholon « été dfmM par Soufllol. CVit de r»nt cet MM que fat . levé.-, h- i décembre 1-51. U barric»de«ur l«,|u. Ile mourut Daudm.
Le mécanicien ilu train tamponneur a échappé à la mort, ainsi que le chauffeur, qui. fou de peur, a pris la fuite en courant à toutes jambes; hier soir, on ne l'avait pas encore revu.
M. Guénin. commissaire de police de Clichy. accompagné «le M. Yéron, son secrétaire, est accouru, dés qu'il n eu connaissance tic la nouvelle: mais ce n'est que par la rumeur publique qu'il l'a connue : l'administration du chemin de fer n'avait pas cru utile de le faire prévenir.
Tout le monde se mit à l'œuvre, et, après trois heures d'un travail pénible, les corps des blessés et des morts étaient retirés de dessous les débris de wagons dont ils étaient recouverts. A ce moment, on chercha vainement des brancards ou les objets nécessaires aux premiers pansements. Il n'y avail rien: il fallut prendre deséchelles, des branches d'arbre même dont on fit des sortes de civières, sur lesquelles ou plaça les coussins pris dans les wagons, et c'est là-dessus qu'on a dû transporter les blessés jusqu'à Paris
Une locomotive de secours arriva sur le lieu du sinistre vers neuf heures: elle repartit bientôt, ramenant à Paris un fourgon dans lequel avaient été placés les corps des huit morts.
A Saint-Lazare, les blessés furent installés provisoirement sur tles matelas, dans la salle des bagages, puis de là transportés on voiture ù leurs domiciles respectifs ou à l'hôpital Deatijon.
l'ne foule émue et triste assistait, à la porte de la gare, à la sortie de ces malheureux, dont plusieurs avaient à peine repris connaissance.
théâtre n k l'op&ra. — Aid* (décor du deuxième acte).
D'après la maquette originale. — (Bibliothèque do l'Opéra )
ignore Verdi ? El cependant le premier compte a son avoir cinquante KbretU et tout un paquet de romnns. Il est vrai qu'il ne lit que traduire en vers italiens la prose française composée par < iamillc du Locle, l'idée première du su jet appartenant— s'en doote-l-on encore aujourd'hui ?— â un archéologue illustre, soit, mais de peu d'imagination poétique. Mariette bev, qu'on ne n'attend point à rencontrer en celle affaire. A v regarder tle près toutefois, ou conçoit que celte lut) tu ire sur laquelle Verdi broda sa merveilleuse musique, soit sortie lotit entière du cerveau d'un homme familier avec les Pharaons (l'est m effet
à celle époque reculée que se iléroulcul les aventures de l'héroïne de l'opéra. La Irauie vaut celle d'une œuvre de Humas père ou h peu prés. Aida est la fille d'un roi d°Kthiopic, Amonasro, a qui I • Pharaon fait la guerre Mlle est faite prisonniére pur les Egyptiens et livrée comme esclave à la belle Atunéris, lille du roi de Thébes. Le chef des soldais du Pharaon. Ithadainès. avant d'aller combattre Amonasro, *'esl épris d'une ardente passion pour l'esclave, dont il ne eonualt point l'origine Amuéris, qui aime ltliadamès, surprend le secret des deux amants et attend l'heure île se venger île l'officier insenMhle a son amour Khadamcs livre bataille a Amonasro, le défait et s'empare de lui Le Pharaon accorde au vainqueur la main île sa lille. mais Ithuilauus repousse celle offre, car tout son ecrur appartient a Aida, lustruit de cet attachement. Amonasro exige de sa fille qu'elle lui fasse connaître les projets médités par l'Kgvptc «outre l'Ethiopie. Khadaméi les révèle à son amante, mais Numéris assiste sans être vue ù cette confidence et dénonce la trahi-
Aï da
w~ l v h le livrel et la partition Le livret esl de (ihislanzonl, la partition de Verdi Qui sait en France quelque chose de (ihislanzoni? Qui
{nui conduisant l'oschestiie roc h la r«t»inn; u'Aida.
D'après un croquis exécuté sur plaie.
(Uililiotbéquv te I
I i<J«. rôle d'Alat D'après le ilcs-iri du co-tuino.
(Hibtk>tht .|iir d« l'Optr».)
son A son père Le Ittaraon condamne Hhadamés à être enseveli vivant dans un souterrain; alors Amnéris veut le sauver, il lu repousse avec dédain et Aïdn partage sou supplirc .
Auta fournil A Verdi de nomhreux thèmes d'inspiration musicale.
Le cornpositeurest pénétré jusqu'au Tond de l'Ame des effets scéuiques de l'action.
Chaque épisode lui offre une occ a si o h d'nflirmer la puissanee de sou
instrumentation , et lorsque
dans sa superbe scënc
du triomphe île Hhadamés. au second ai le, rctentissent les fameuses trompettes droites, l'impression est si vive qu'un frisson parcourt toute la salle Dés ee moment la victoire est assurée : tout ee que l'on avait reproché au maître, la pauvreté et l'incorrection de sa manière, l'incohérence ou la vulgarité de ses formes, disparaît pour faire place A l'admiration unanime On est eu présence d'un créateur qui prétend, à l'exemple de l'auteur de l.ohenip in , renouveler l'art musical eu rompant avec les errements des époques antérieures et en pénétrant résolument dans les chemins nouveaux Après le finale grandiose du sec.n l a. te.
le duo farouche • I ta troisième entre VlQOBasro el Itliadam< s, |e duo captivant de tendresse entre Ithadamè* el Uda< rappelant, main «ans l imiter. HwnAi ri JitlitUe:
puis le trio où le musicien n trouvé des accents si chaleureux : au quatrième acte, la scène du jugement, eulîu l'adieu des deux amants prêts à périr en-
Aul'i, rnle d'AaoNASHo D'après le dessin du costume (nibli<>Oi<i|iic Je- I Opèra.1
Aulu, rùle de Un un m: - H'aprit le dessin du costume
lit.;. |U-: Jr I "p*r» )
semble, émeuvent et passionnent au delà de toute expression.
Ce fut pour Verdi le jour glorieux. L'évolution d'où sa partition d'Alda était sortie se traduisait
en une transli- ^
punition. Aida montra en lui un homme renouvelé. Entre cet opéra et le Trouvère, la distance franchie était immense et décisive. Le mailrc devenait un initiateur; il entrait en possession de son véritable
génie.
LES PRKMIRKS
cas dk vBatn.
Verdi est né à ttoneole, le lOoclobre 1813. Ses parents étaient «le condition fort modeste et tenaient une auberge qui recevait parfois, à
îles intervalles éloignés, la visite d'un musicien ambulant qui raclait du violon de façon fort médiocre.
i '.e musicien s'arrêtait devant l'auberge el gratiliail les client s de quelques airs qu'il estropiait comme à plai»ir. Qu'importe! Ces jotirs-lA, lepetit Verdi n'était plus le même II écoutait éperdument cette musique:
il allait A elle comme le vovageur altéré se précipite ver* une source, sans prendre le temps de voir si cette cnu est limpide ou non.
Le musicien ambulant, qui se nommait Kagasset. fut. o antithèse! l'étincelle qui Gl jaillir de l'Ame de notre héros sa flamme, ses aspirations artistiques. Notre bambin restait en extase en entendant Kagasset. et Ces sons iuarliculés devenaient pour lui les termes vagues cl incomplets, mais réels d'une langue idéale dont chaque mot chantait eu lui Il arrivait A donner un sens précis aux phrases tronquées, aux elueuhralions du violoneux.
PARIS SOUS LA TROISIÈME R K P t' BL I O f E.
il 5
n.ignssct, fier iJans sa médiocrité de se voir l'objet «l'une Icllc curiosité, d'un intérêt si grand, prit l'enfant on afleclion et prolongeait ses visites devant l'humlilc auberge. Il fit davantage,
l.r Trom ire, rôle «le Lkonoue D'après le dessin du costume. ( bibliothèque de l'Opéra.)
/.«' Trou l'ère, n'de «l'A I ne ù% A D'après le dessin du costume.
| bibliothèque Je l'Opéra.)
et pour que son pauvre violon, dont il devinait l'insuffisance, n'assumât point seul la périlleuse mission d'esquisser l'instruction musicale d'un petit auditeur qui écoutait avec une attention si intense, il s'adjoignit un violoncelle. Et ce fut un
Le Titinrérr, rùlc île K i: H N A M» D'après le dessin du co>tumc f 1 1 1 lilio 1 Ij> i|ur île rOjx'ra.j
grand jour, un jour heureux, que celui où notre bambin vil se placer devant la maison paternelle nos deux musiciens qui durent, toutes proportions gardées, faire des prodiges de valeur, car l'impression causée sur le jeune Verdi fut si extraordinaire oui B agisse!
s'en vinl trouver le père, en le priant de laisser son fils étudier la musique Le conseil fut écoulé .
et tout en limitant leur ambition « ce qu'un j ou r l'enfant put ton cher l'orgue de lu petite église de Itoncole, tes
parents ne mirent aucune entrave à « cite
vocation que de\ina noire musicien ambulant lMus liii-d.
dans tout l'érlol dises sueeès. Verdi, passant par sa ville natale, retrouva Bagassel âgé. inliriiic raelanl toujours par les chemins 11 cul pour lui mille attention*, bourra ses poches «le provisions, pava ravalement lequelques airs que voulut bien lui jouer le vieux violoneux.
Verdi le lit venir souvent a Sant' Agate, et les concerts d'autrefois rei otnmençaient, el c'était comme l'écho d'un passé que faisait revivre t ou t entier celte image si touchante par sa simplicité L'illustre compositeur n'oublia jamais ce qu'avait fait pour lui le pauvre musicien ambulant, et il eut raison, car sans llagasset...
Francis Thomk.
COUTS
/.»• TtitHVirr, rolo du de Le sa D'après le dessin du costume.
(Ukbhottuqiie de l'Opéra.)
PARIS D i: 1800 A 1000.
Le mariage de Mlle Samary
Le mariage de Mlle Sumarv est ce qu'on ii|i|iellc un fiiil purement parisien Je no chercherai pas •lu tout ii expliquer rudjc<-iif qui c>t inexplicable.
I n volume de commentaires n'v suffirait point.
II v a dans te terme-là parisien — un mélange Je grâce, d'ironie, d'esprit, de gentillette spéciale el de tire qui se sent et ne s'explique pas. Nestor Itoqucplun a invente la parishie, mais je défie les chimistes d'analyser une telle essence. lire T. c'était, ce mariage de Mlle Snmarv, une scène toute parisienne.
<!el envahissement joyeux de l'église par toutes les fillettes du Conservatoire,
les unes en walcr pruofs crottés et en ehtetux, ci unme mi dit. les autres déjà couverte.-, du manteau de loutre qui est comme une première épaule! le ou un premier chevron dans co grand n^'iinent de la galanterie au recrutement tout volontaire; — celte cohue jeune, charmante, cette poussée pleine de rires dans la plus mondaine des églises, donnait à la cérémonie un caractère de première à sensation ou de répétition générale qui était fort ainusanl à déterminer.
Il est évident que le recueillement Taisait défaut Un était là pour se distraire. I sa rohe blanche.
iiur.
Orttiiii!
L8 Ht» X l'ANIs IlE l.'l.i .'LK l.l.-MKel CINE. — MAIfOS 01 >l"n|.r. > n.lure p»r M. Allier I Mai.. —
.h mariée, jolie a « roquer dan* était plus émue. L'éternelle rieuse, que tout . << monde d'amies, de camarades, de peintres, de comédiens, de journalistes qui se
bousculaient pour l'apercevoir, grimpaient > ur les chaises, moulaient et deseeiiilaienl l'escalier de la sacristie comme on descend celui de l'Opéra el soulignaient de leurs allégros le roulement solennel de l'orgue M le boIo du violoncelle paternel.
J'ai vu le moment Ou. sous le [torche envahi, la voilure des mariés allait écraser tout ce monde de petites amies accourues, curieuses, avides,
rêvant aussi «le succès et d'éclats de rire dans la maison de Molière el de mariages a la Trinité, — à la Trinité ou & Pâques, — et il s'en est fallu de peu, vraiment, qu'on ne dételai les chevaux de la calèeheclqu'on ne porta lies mariés en triomphe — Les deux suisses aux chapeaux dorés, — car il y a deux sortes de suisses à Paris, les suisses en or et les suisses en argent, le galon d'or coulant plus i heraux époux, — les deux superhcshullcbardiers ont dd trouver qu'à ce sacrement il manquait un peu de solennité. Mais, bah! quand un
mariage aurait un petit air de kermesse, l'idylle en a-t-ellc moins de charme ? (in s'est donc amusé ; c'était alerte, vif el jeune, et c'esl bien ainsi qu'on peut imaginer le mariage de Donne.
Jules Cl.A HKTIK.
(La Vie à l'ariê, 1880)
Labiche, académicien.
M. Labiche est enfin de l'Académie Frand' .lient . peu de ses confrères ont un bagage littéraire ou théâtral qui puisse être comparé au sien.
.Né à Paris en 1815, le 5 mai.
il lit ses études a u collège H ou rbon: mais, après avoir obtenu la licence en droit, ne se sentant pas le
moindre gûulni pour le barreau, ni pour la magistrature, ni pour la cbicane.il s'adonna à la littérature cl écrivit d'abord îles nouvelles, dont la première, parue dans l'Etmr, porte ce titre : Ijes plus beltentmilleitplnt fausut* D'autres Turent imprimées dans iV Chérubin, lu lin nette France lu Henie tirs îluàtns. où parut ta Tirelire île Ilot mu Knlre temps, il publia un roman, la Clrf des champs, qui n'est pas saus mérite.
Lorsque thmialés eut fondé If Juif Errant, Kmile Labiche i fit insérer une nouvelle qui eut un grand succès. Uuns h ratifie de Lauterbrun*
FIT ASSASSINS 11 Ail AT Collection Mb> M M-iiKMH.)
PAU 18 SOUS LA TROISIÊMK RtiPUHLlQUK
lira. Mais nuire jeune auteur rêvait de Taire du théiltre.
Il avait vingt-irois ans lorsque fui représenté au théâtre du Panthéon un drame en tr >is actes, VAtneai ÎAiHbet, dont le succès fui tel que le rafotier du thèrtlrc lit peindre sur ses panneaux les principales scènes de ce mélodrame, presque tragique. En celle même année i«:w, sa verve férondedonnaitau
Luxembourg la Peinedutalion,dranie-vaudeville en trois actes; au théâtre Saint-Marcel, la Foryf de* Chàlniijniers, elenfin au Palais- Itoval, .VohuVhi' de f'.iiijllin on l'Homme infiniment poli.
C'est le 2 juillet 1 «3* que Labiche remporta sur celle dernière scène, où son nom devait être tant de fois an-lanic. sa première victoire.
Ku même temps que lui triomphait son interprète Crassol, dont c'étaient les débuts, Grassol à qui smi inimitable ijnoufi/nonf valut une juste gloire qui n'a pas encore sombré dans l'oubli. Dès lors, Labiche ne pouvait plus être qu'auteur dramatique.
Il le fut abondamment et brillamment. Avec ses
collaborateurs, Lefrand Marc Michel. Dclaeour, Martin, Variu.
C I ai r \ i Ile. Leveaux, N\\on, il fit jouer plus de cent cinquante pièces,
Ircsors d'ingéniosité, de philosophie et d'habib-té professionnelle.
Quand, en l'année 1870, les malheurs de l'invasion s'abattirent sur notre povs, Kmile Labiche était maire d'une petite commune que les Prussiens enveloppaient de tous cotés. Pendant cinq semaines, il resta sans nouvelles du vote de la France, l'ennemi interceptant toutes les communications. Avec un entêtement patriotique qui ne laissa pas de lui faire courir parfois certains
dangers, il opposa à l'envahisseur une résistance qui, pour être toute passive, n'en fut pas moins efficace, soustrayant ses administrés aux réquisitions, ne livrant ni un pain, ni une boite de paille, ni un demi-setier d'avoine.
Il faut l'entendre raconter ses souvenirs de guerre et de théâtre, brièvement, sans phrases, avec une verve qui en eut fait un comédien de
Il KCa N N A 1 S S A N C
Prix de Rome. — Premier
K I) I I.VSSK KT Itf. TKI. RM A 01 K
prond-pru de peinture. — Tableau de Doc cet,
- l.coli' dM H. iin-Aci».
premier ordre, Du comédien, en effet, il a le geste large, le masque imberbe, extrêmement mobile, aux traits fortement accentués Sa conversation fourmille de mots imprévus, de réflexions profundes sur l'art dramatique, la littérature, l'agriculture même. Car la plupart du temps, le nouvel académicien habile la Sologne, au milieu de pavsans qui le considèrent comme un dieu et eu la société de qui se ploil ce Parisien raffiné , ce lettré, ce philosophe. Anonyme
LE VIEI X f.tKIS. — HÔTEL M D 4 Rit Y
nue tiP. la IVMIBNM, n* 0 Cri li.'.l»), construit p»r U Ou Berry, Fui lnLitr |»r le financier lerru.liot, <|ue loa a af>p,lè imuveol le . i&jatier du fMtle dc
fnnmtr
Une manifestation au Théâtre- Français.
ItKIluisKNTATIoX OV. « D.l.MKL RocilAT ».
romme il est passionné, il tente tout simplement d'enlever Léa ; il a compté sur l'amour, mais sans son entêtement prolestant.
A bout de courage, il finit par lui proposer de céder, mais & la condition que leur mariage religieux sera tenu secret. Léa s'indigne alors de voir l'homme dont elle estimait le caractère recourir à une pareille lâcheté. Kilo le citasse presque.
Au cinquième acte, c'est la séparation Kocliat el Léa se sont mariés en Suisse où le divorce existe; ils se séparent.
Voilà la pièce
Disons maintenant l'accueil qui lui a été fait. Dés le second acte, après la cérémonie du mariage civil, ridiculisé par l'auteur, des protestations ont éclaté de toutes parts; l'émotion était liés vive dans la salle et dans les couloirs
An quatrième acte, la salle entière a sifflé éiiergiquement ; les cris : ■ Assez! Assez! • se sont fait entendre Au moment où Rochal consent » a aller au temple, pourvu que l'on n'en saclie rien ». un vif mouvement d'indignation s'est produit
Le cinquième acte terminé, M Dchtunav, liés ému, est venu annoncer le nom de l'auteur. Alors une triple bordée de sifflets a relenli.
L'exécution était faite.
Mais le public a tenu à séparer les artistes de la pièce qui s'écroulait sous la réprobation générale.
Les interprètes ont été rappelés el applaudis avec enthousiasme. — M. Delaunav. M. Tbiron et Mlle Harlel qui débutait, ont été l'objet d'ovations particulières et méritées.
A wiutfiur.
Lk héros est un libre penseur; il est avoral, député, orateur, aimé des foules «l'est lui qui est chargé de porter la parolfi dans ht fêle du centenaire de Voltaire à Fernejr. En roule, il a Tait connaissance de deux Américaines, et devient amoureux fou de l'une d'elles. Léa II demande sa main et l'obtient Le mariage sera civil Nous assistons alors au mariage de Hm lial etde Léa Voila donc miss Léa mariée.
L'ne singulière personne
que celte miss Léa, élevée par une vieille tante, pro- Leslanle enragée! Comment
s'imagine-l-clle que Hocha!
qui, pour rien au monde, ne se marierait à l'église, le fera plu» facilement au temple? Toujours est-il ijue Léa et sa tante veulent qu'on aille au temple.
Rochal s'y refuse , et
sachant DU rail t>c 1880. — Rubert the Dtvii, monté par Rossiter.
'.Collection .4u(<-ui(-Lo»jfA«ii,jii.)
U fort
Expulsion des Jésuites de la rue de Sèvres.
Lk 29 mars dernier, le gouvernement, mis en demeure par la Chambre des députés, représentant la nation, d'arrêter l'envahissement clérical et de mettre un frein aux attaques du clergé contre la République, décrétait, en vertu des lois existantes :
1" (Jue dans un délai de trois mois l'agrégation ou association non autorisée dite • do Jésus » devait évacuer les établissements quelle occupe sur la surface du territoire de la République:
2" <ju également dans un délai de trois mois les congrégations ou communautés religieuses non autorisées devaient faire les diligences à l'eiTet d'obtenir la reconnaissance légale, faute de quoi elles xcraient dissoutes.
La 2fl juin, le délai de trois mois accordé par le gouvernement était écoulé; en conséquence, l'exécution des lois existantes contre les jésuites et les congrégations non autorisées a commencé.
Hier malin, au lever du soleil, MM. Clément cl Dulac, commissaires de police, se sont présentés de nouveau rue de Sèvres avec la mission de procéder à la dispersion des jésuites. Cinq ou six cents personnes environ étaient massées dans la rue. I n groupe de sénateurs et de députés cléricaux se pressaient devant la porte M. Clément les a écartés et a sonné.
— Qui est là 1
— I.e commissaire de police.
— Mais....
— Ouvrez, au nom de la loi!
La porte s'ouvre, mais les deux magistrats se trouvent dans un vestibule, en face d'une seconde porte fermée A double tour. Le ras était prévu. Les commissaires de police avaient pris la précaution d'emmener un serrurier qui se mit en devoir d'ouvrir cette porte.
Pendant qu'il se livrait à cette opération. MM. Clément et Dulac avertissent les jésuites qu'ils ont a leur donner lecture d'un arrêté de la préfecture de police. Le P. Pitot, supérieur, est présent, accompagné d'un huissier chargé de constater < la violation de domicile ». M. Clément lit l'arrêté de dispersion des jésuites. Pendant ce temps-là, le serrurier travaille toujours. A chaque coup de marteau qu'il donne a la porte pour enlever la serrure, les protestations des jésuites recommenrrnl ; on lui crie du dedans: • Serrurier, vous n'avez pas a obéir! Serrurier, vous tombez sous le coup de la loi! Serrurier. \ous serez poursuivi! Serrurier, vous commettez un délit qui ne sera prescrit que dans dix ans! *
M Dulac. qui csl plus fort que les jésuites sur le «Iode, riposte que le serrurier est absolument couvert par l'ordre qu'il a reçu de l'autorité
D'ailleurs, il parait que le serrurier est un incrédule, car les cris ne l'arrêtent pas; il continue sa besogne, la serrure saute et.j enfin, les commissaires de police pénètrent dans l'établissement.
Au moment où les commissaires de police v
La nurcliamle ii'.iMie..l«.
I > - i l i il» «(.liai m l'Ain»
l e marvliand de cannea.
entrèrent, tous les religieux, suivant un plnn arrêté a l'avance, fiaient rentrés dans leurs cellules.
Les commissaires de police, étant enfin montés, commencèrent leur besogne de dispersion qui n'a pas duré moins de trois heures
Ils ont dil frapper a Irente - cinq cellules cten expulscrsuccessivement chacun des Pérès qui s'y étaient enfermés.
Les cellules sont situées aux premier et second étages, et donnent . aux deux étages, sur un long corridor.
Les choses se passaient ainsi : M Clément frappait à la porte. Le l'ère criait :
«Qui est 14 ?i M. Clément se nommait.
Le l'ère ouvrait la porte M. Clément lui expliqua i 1 1 n missiondoni il était chargé. Le Père répond a i l qu'il n'obéirait qu'a lu force. .Mors, sur un signe, deux agents lui mettaient In main sur l'épaule et le l'ère disait tragiquement : « Messieurs, vous
venez d'attenter a tua personne CVsl bien. Je cède à la force. • Là-dessus, ie l'ère, prenant son chapeau et son petit bagage, se laissait emmener.
Un seul des jésuites, le 1* H us, a refusé d'ouvrir sa cellule. Il u fallu avoir recours au serrurier.
Les jésuites sont sortis de leur établissement
I. 1 M M OU T A I.ITK ligure >•» haul-rclii T (niur l« u.inhr m J« Jcio lievoiuj.
velus de leur babil ecclésiastique. La plupart s'en sont allés à pied : sur leur passage, les dames du « nolilc faubourg Saint-liermnin • se précipitaient sur la chaussée, s'agenouillaient, embrassaient les mains des religieux et demandaient
leur bénédiction.
Les mêmes scènes se sont produites dans les autres mai- Bons religieuses de Paris. Il a fallu partout recourir & la force ou A son simulacre Les religieux ont, dans toutes ces visites de la loi, représentée par les commissaires de police, protesté par leur altitude et par leurs [>a rôles énergiques contre ce qu'ils considèrent comme la violalion de leur domicile et une alleinte porlée à leur droit de vivre en commun cl de pratiquer leur règle.
(Juelques- UflCS de ces expulsions ont été accompagnées de murmures delà pari des assistants ou des passants attroupés. A ce moment à la sortie des expulsés,
(Cmu'iure <iu IVrc Lâchai*'.)
Mort et funérailles d'Offenbach.
(0 et t» octobre.)
Hun matin, t» octobre |s*0, à quatre heures, Jacques Offéiibach, le [compositeur bien connu, est mort subitement.
l'A RI S SOUS LA TROISIEME REPUBLIQUE.
La veille, dans l'après-midi, il assistait à la présence de la troupe des Variétés; le soir, rentré lecture du Cabatvl des litas, fuite par ses collabo- chez lui, il se sentit pris d'un malaise; la goutte, rateurs pour les paroles, MM. Blum et Toché, en dont il souffrait depuis longtemps, remontait vors
le cœur.
Quelques heures plus tard il succombait.
Oflênbarb était dans sa soixan~ liérnc année.
N'é à (Pologne, il était venu a Paris en 184i et s'était fait naturaliser français.
Successivement violoncelliste concertant, chef d'orchestre au Théfltre-Fra nrais, directeur des UouflVs- Parisiens et directeur de la Collé, il a produit jusqu'à sa mort, sans paraître jamais fatigué, un nombre incalculable de morceaux de toutes sortes.
A ses derniers instants, il travaillait encore à la parti lion des Conte»
d'Hoffmann, qu'il allait achever et qui est, parait-il, d'un ordre vraiment supérieur.
Ses obsèques ont eu lieu vendredi.
A dix beures, le char funèbre, suivi d'un nombre considérable de personnes appartenant au monde littéraire, artistique et théâtral, quiltailla maison mortuaire, 8, boulevard des Capucines.
Les couronnes avaient été offertes par les théâtres ou le maestro a remporté tant de succès; sur leurs rubans se lisaient les titres des pièces d'Oflenbach.
Les cordons du poèle étaient tenus