PLA.X DES BARRICADES ÉLEVKKS P A II LKS INSURGÉS EN
Dressé d'après les documents do l'époque, par Alexandre Mutilai t. — (Collection Charles Simond.)
y faisaient un bruit infernal. Les deux avant-scènes du rez-de-chaussée restaient inoccupées; dans les autres se trouvaient en grand nombre des journalistes et quelques femmes venues pour critiquer le physique et la tournure des < dames «le nos nouveaux gouvernants ». Une loge concentrait particulièrement l'attention du publie; celle qui l'occupait, une femme du monde, à n'en pas douter, avait arboré une toilette de soirée rehaussée d'une parure de splendides diamants; tandis que ses égales au point de vue social s'étaient fait, cela sautait aux veux, un point «l'honneur île s'habiller avec la plus stricte simplicité. Il m'a été impossible à l'époque de découvrir le nom de cette dame; oneques ne l'avais vue avant et ne l'ai revue depuis.
Shneillaise, dont les spectateurs des galeries reprenaient en chœur le refrain ; le bâtiment en tremblait sur ses bases, et, malgré le tapage effroyable, encore percevait-on distinctement comme un écho formidable la grande voix de la foule chantant au dehors : • Aux armes, citoyens . • Les auditeurs de la loge officielle donnèrent le signal des applaudissements et. au lever du rideau, une comédienne en péplum et en cothurnes nous déclama les rameuses strophes Puis le rideau tomba et l'auditoire se précipite au fover, ou plutôt peut-être au dehors, car la circulation resta assez libre dans l'intérieur du théâtre. Parmi ceux qui se promenaient de long en large au foyer, j'aperçus la dame aux diamants appuvee aux bras d'un individu d'allures
assez vulgaires, mais revêtu d'un uniforme somptueux. Il me sembla reconnaître aussi le ministre d'Amérique, mais je ne l'alTirmerais pas.
L'enlr'acte finit; je regagnai ma place. Cette fuis, le rideau se leva sur une scène de comédie qui ne pnrut intéresser que médiocrement les spectateurs; le clou de la soirée était évidemmentlcduo annoncé de Mme Ulgaldeet d'un ténor dont j'ai oublié le nom. C'était. < liuchotait-on autour de moi, un amateur de grand avenir
Mais a peine Mme llgaldc avait-elle lancé ses premières notes, qu'un clairon des francs-tireurs de la Commune parut sur le devant d'une loge vide et sonna la charge L'effet fut saisissant. L'auditoire te leva romme un seul homme et courut aux portes.
Kn moins de cinq minutes la salle était vide.
Cependant, j'avais laissé passer l'avalanche humaine, et lorsque je sortis a mon tour, on m'assura que c'était une I ausse alarme ou plutôt une simple plaisanterie. Personne I ou le foi s ne rentra au théâtre.
Ainsi se termina la grande représentation île gala de la Commune, et tout observateur attentif pouvait dès lors prévoir sans peine le prochain dénouement de la sanglante aventure insurrectionnelle.
Le clairon myslinValeur venait, im nnscieinment peut-être, de sonner son glas de mort.
(Un Anylau n Paru )
Une visite a l'ossuaire de l'église Saint-Laurent.
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oi s avons pu pénétrer dans le curieux ossuaire qui vient d être découvert dans les substruclions de l'église Saint-I.aurent
_____ Cette trouvaille, rapprochée des bruits sinistres qui coururent il y a quelques années, et surtout les circonstances singulières dans lesquelles elle s'est produite, ont donné lieu a une enquête qui cclaircira sans doute ce mystérieux événement.
La crypte où se trouvent les squelettes est située derrière le chœur, audessous de la chapelle de la Vierge, qui occupe le petit bâtiment circulaire faisant le coin du faubourg Saint- Martin et de la rue Sibour. On enjambe desdécombres, puis on descend un petit escalier de pierre rapide et sombre; on pose le pied sur une terre molle ou grasse : c'est l'entrée du caveau Tout d'abord une odeur étrange me saisit à la gorge, odeur *ni genrrt», et que j'appellerai sépulcrale Mes veux ne s'habituaient pas encore ù la lueur vacillante d'une bougie fichée dans la terre
Celle lueur frappait obliquement sur le crâne dénudé d'un squelette donl elle aecusail avec exagération les saillies et les dépressions.
Les mai-hoires étaient démesurément ouvertes, comme si le mort eût voulu dans un suprême effort lancer un appel desespéré Autour de lui
r*ms en 1871.
— Evtuki: M' HAtvCIIÉ MCI i' wni.wn.iu.-
- Colleili.». lî. Oh««
tout était sombre. Bientôt, cependant, on apporta d'autres bougies et je pus m»- remlre compte «le la conroriiialion du caveau et de son funèbre contenu
C'est un hémicycle voûté, percé de deux soupiraux fort étroits qui ont été bouchés A une époque relativement récente.
On y pénètre partroisentrées formées au moyen de deux piliers en arceaux.
Le côté droit seulement a été déblayé ; à gauche, la terre recouvre encore les squelettes peu profondément enfouis, car à chaque instant le pied se heurteùquelque affreux débris.
Quatorze squelettes ont été ainsi mis A découvert, mais ils recouvrent une seconde couche de cadavres et peut-être une troisième.
Ils ont été ensevelis sans bière, dans de l'bumusou terre de jardin, et recouverts de chaut.
Us sont s mu. triquement pressés, et avec un ensemble de dispositions qui i m cliquerait que l'opération a été faite eu udc seule fois et avec la préoccupation de
faire tenir le plus grand nombre de cadavres dans un espace restreint.
La plupart sont des squelettes d'hommes, reconnaissables surtout par la forme du crâne et la formation de l'os iliaque; leur taille varie de 1 m 80 à I m. 70.
L'inhumation, paraissant de beaucoup postérieure au décret de la première Révolution qui interdit l'ensevelissement dans les églises, doit avoir été sinon criminelle, du moins illégale.
MIELLE i.t- PATHIAHCHKS. — yUAHTIER SAINT-MKDARI». tl'jprt* un «lr»»iu de M. Albert M»«.m».i. — .Collection Albert M.ii.-n m.)
Un témoin, parmi les infiniment petits, vient corroborer cette opinion : c'est un insecte que vient de t rouver un entomologiste qui nous accompagne, et r/Mi *r nourrit exelnsitrment Je ligaments: il est peu probable que cetlc bestiole se soit imposé un jeune
i de quatre-vingts
ans.
Fn outre, près de la tète d'un squelette de femme déterré non loin d'un des piliers de la triple entrée, on a trouvé un peigne d'écaillé, dont la fabrication ne peut remonter fort loin, et qui a pu être orné de matières précieuses
En inspectant les murs du souterrain, on voit qu'il a .10 servir de prison, A une époque fort antérieure à l'enfouissement de ces cadavres.
Nous avons, A l'aide d'une allumette -bougie, déchiffré quelques grossières inscriptions:
Harkum 1713.
Jkan Srrce
Valent
Ces noms sont placés en face de l'ouverture du soupirail qui donnait sur la rue Sibour. ancienne rue de la Fidélité.
Les murs du
caveau portent des traces de crépi qui dénoncent une restauration qui ne doit pas remonter à plus de quelques années.
J'ai remonté le petit escalier de pierre en haut duquel on m'a fait remarquer une excavation pratiquée sous la maçonnerie en brique du calorifère, et dont la récente construction est de toute évidence.
Là ont été retrouvés sept cadavres: leur enfouissement ne peut absolument remonter à plus
de quelques années, et la situation anormale de leur sépulture prouve surabondamment qu'il y a eu crime.
(juel est l'assassin 1 Quelles sont les victimes? Il y a, renfermé dans une armoire, le squelette d'une jeune femme encore orné de magni liques cheveux blonds; les commères qui assiègent les alentours de l'église parlent de la ■ — fille d'un marchand de vin du quartier; on ne sait quel rondement accorder a ce bruit qu'éclaireira l'ins- Iruclion
Toujours estil qu'il y a la un fait m y s t c rieux, illégal, dont la justice est saisie, el c'est d'elle que les citoyens doivent attendre les éclaircissements qui leur sont dus.