‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 195 sur 441 · VICTOR HIT.O · texte numérisé non relu

VICTOR HIT.O

Dessin de His..el i/Illzacii, d'aprèa le médaillon en bronze gravé par l'artiste.

t- nts d'un enthousiasme oublié. Paris qui se groupe autour de les grands hommes et les acclame et les honore jusque dans la mort, c'est un beau spectacle, inoubliable, qui se renouvela trois fois dans le cours de 1885. <!'est, tout au début de l'année, Chcvreul centenaire que l'on féte, à qui les étudiants amis portent une adresse, la reconnaissance de la science, les vœux d'une plus grande longe" vité encore. Et le vieillard, paternel envers cette jeunesse fringante et studieuse, accepte ces hommages avec ces hochements de téte sceptiques et ces clignements d yeux malins qui semblent défier le squelette à longue faux de la fable. Il a conscience peut-être que son rôle ici-bas n'est pas complètement terminé ; les années qu'il donna à l'élude, les découvertes qu'il fit faire à la science, les travaux qu'il accomplit en-

Cnsr une année bien remplie, qui paye à l'histoire, aux arts, aux lettres, un large tribut. L'Ame populaire s'y manifeste et I on aime ces réveils intermit-

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Dessin de P. Meawart. — (Bibliothèque Nationale.)

core et les inventions qu'il poursuit, lui assu- sique en flotte encore dans les oreilles de rent une survie plus longue que la vie active ceux qui l'ontentcndue, voici qu'une immense

même... Mais la faible voix du vieillard, clameur, dès le lendemain, envahit Paris : il douce, confiante, s'est lue à peine et la mu- a oublie la science, il a oublié ses bienfaits

qu'il faudrait trop attendre: il lui faut des saluent, avec le drapeau rouge, l'aurore d'une

satisfactions plus immédiates et des promes- société nouvelle battant en brèche « le capises à plus brève échéance; et ceux qui tal », et donnant à chacun une part égale de

jouissances, l'attirent. Or le drapeau rouge s'est déployé : il flotte en tète d'un modeste convoi, suivi d'une foule compacte et farouche qui accompagne au cimetière la dépouille d'une femme : cette femme a droit aux honneurs de la société égalitaire, car elle est la mère de Mlle Louise Michel, qui rendit à la cause d'inappréciahles services, et qui, en ce moment même, subit à Saint-Lazare le châtiment de son dévouement. C'est presque une émeute, qui, heureusement, se calme d'ellemême, sans barricades, sans fusils, avec le concours de quelques brigades de gardiens de la paix. — Une semaine s'écoule, puis c'est un deuil moins bruyant: Edmond About vient de mourir. Écrivain de race, journaliste passionné, auteur de l'Homme ù /'oreille cassée et de tant d'autres histoires charmantes, directeur politique du A7.V* Siècle, qu'il a su créer et faire prospérer, Edmond About ne compte guère, dans le monde des lettres, que des sympathies. Normalien, contemporain de Sarcey, il avait conservé dans l'Université ces relations étroites qu'inspirent souvent le caractère et l'intelligence. Sa mort soulève des regrets unanimes, et dans le long défilé qui passe devant son cercueil, au Pèrc-Lachaise, y jetant des fleurs et y laissant des souvenirs, bien peu se font illusion sur la perte qu'ils ont faite, en cet ami si dévoué, en cet artiste si sincère, si prompt au désintéressement...

Cependant quelques travaux s'accomplissent pour l'embellissement de Paris, et la commodité de ses habitants. Travaux que d'aucuns déplorent. La vieille rue Saint-Jacques, dont les maisons noires, étroites, insalubres, dont les détours pittoresques et le pavage inégal, évoquent tant de souvenirs d'un Age disparu, est élargie ; le vieux lycée Louis-le- Grand qui forma, en quatre siècles, tant de grands hommes, qui soumit à la discipline austère tant de natures diversement capricieuses, qui connut même tant de régimes, la férule, les arrêts, les pensums interminables et les retenues énervantes, dont les chaires entendirent tant de voix savantes et illustres, le vieux lycée Louis-le-Grand est en partie démoli. Sur ses ruines on élèvera une grande bâtisse toute blanche, en pierres de taille, et des salles spacieuses et propres remplaceront les classes antiques, qui fleuraient bon le moisi et le vieux ! — L'Ecole des beaux -Arts, dont les souvenirs sont moins lointains et moins nombreux, est aussi agrandie. On lui adjoint, sur le quai Manquais, le splendide hôtel de Caraman-Chimay, et l'on y ouvre une série d'expositions : exposition des œuvres d'Eugène Delacroix,

exposition des portraits du siècle, où le public admire — fixés par des mains célèbres — les traits géniaux des héros de cent ans t. ..

line nouvelle rumeur, tout éphémère :

Jules Vallès, le vaillant protagoniste des utopies révolutionnaires, vient de mourir. Son enterrement est l'occasion d'une manifestation internationale. Dans le cortège on remarque une couronne de violettes avec l'inscription : f Cercle Socialiste allemand de Paris, » et les assistants soulignent cette provocation au chauvinisme des foules par les cris de « Vive la Commune ! Vive l'Internationale ! Vive la Révolution ! ■ C'est un toile général : sur le boulevard Saint-Michel, les étudiants conspuent certains individus qui hurlent « Vive la Prusse ! » Les pierres, les oranges, les pommes plcuvent drues et menaçantes. Les révolutionnaires ont le dessus. Un autre combat se livre rue de la Roquette, qui a la même issue. Enfin on arrive au Père-Lachaise, où M. Henri Rochefort prononce une courte allocution, et M. Vaillant un long discours. Satisfaits et flattés dans leurs aspirations les plus audacieuses, les manifestants saluent une dernière fois, de l'immortelle sanglante, le mort, et se retirent en bon ordre. — Le 24 février, anniversaire d'une révolution plus efficace, nouvelle manifestation, non moins platonique, en l'honneur cette fois de Ledru-Rollin, l'un des fondateurs de la République de 1848. On inaugure sa statue sur la place Voltaire et les immortelles s'exhibent encore en couronnes rouges et jaunes.

Pour quelques semaines, le calme renaît ; on va voir, au Cercle de la librairie, l'exposition des oeuvres de Gustave Doré et à l'Observatoire, une exposition d'électricité, qui intrigue et soulève les admirations, — Le 23 avril, une bataille littéraire se livre : l'Académie française reçoit M. Ferdinand de Lesseps; celui-ci remercie l'Académie en un discours sobre et général, mais il oublie presque de prononcer l'éloge sacramentel de son prédécesseur, M. Henri Martin : et M. Ernest Renan, qui lui répond, commet le même oubli... Mais voici, pour les lettres, un événement plus retentissant: les journaux publient de mauvaises nouvelles de la santé de M. Victor Hugo. La consternation est partout. Rientôt tout espoir disparaît, et le 22 mai, celui qui, depuis plus d'un demi-siècle, occupa la première place dans les lettres françaises, le dramaturge d'Hernani, de Iiuy- Blas, de Marie Tudor, l'audacieux néophyte de la préface de (Jromnell, le chantre de la Légende des Sièclesel de l'épopée napoléonienne, le romancier de Xotre-lhime de Paris, l'histo-

rien sévère de Sapotèon le l'élit, le politicien fougueux donl l'indépendance a conquis toutes les admirations, Victor Hugo, dont le nom seul évoque l'histoire littéraire et politique de cinquante années, Victor Hugo meurt. C'est un deuil universel, un deuil pour la pensée. Les. Chambres décident que des funérailles nationales lui seront faites, et le Journal officiel du 28 mai publie l'ordre du cérémonial Le corps du poète sera exposé sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile, élevé à la gloire des armées du premier Kmpire ! Il sera porté, au Panthéon, sur le corbillard des pauvres, selon le désir exprès du vieillard, et aussi il n'y aura pas de cérémonie religieuse : c'est le seul regret que Victor Hugo laisse sur celte terre et les journaux royalistes et réactionnaires ont des mots respectueux pour l'exprimer. Le 29 mai, le délilé du peuple commence devant le cercueil du grand homme; le l"juin, la cérémonie funèbre s'accomplit; «les discours sont prononcés à l'Arc de Triomphe et au Panthéon. — C'est un spectacle grandiose, tout Paris s'est porté sur le parcours du cortège : l'émotion et les sympathies populaires accompagnent le poète jusqu'à son dernier repos ; il eût aimé celte manifestation calme, un peu théâtrale, où plus de curiosité et d'étonnément que de vraie douleur présidait. — Le

M. LE NOYCil

Pn-sident du S. nat Né a Genève en 18iii, iK'cèdé en tv<:.

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Peintre (1936-1893).

U'après une photographie.

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canon se tait, les derniers accords de la Marche funèbre de Chopin s'étei.snent; on oublie la mort récente du poète : dans l'éloignement des jours, il semble qu'il soit mortdepuis des années...

L'été passe, avec ses plaisirs ordinaires, les Salons, la revue du 1-i juillet, les bains de mer, la campagne. Paris cesse de vivre. Le 27 août, cependant, nouvelle manifestation funèbre en l'honneur de l'amiral Courbet, mort pendant l'expédition de Chine, et dont la dépouille est portée, en grande pompe, aux Invalides, où des cérémonies grandioses s'accomplissent. Après, le corps du héros est transporté à Abheville, sa ville natale, où a lieu l'inhumation. Puis c'est un événement politique qui occupe les esprits : il est procédé au renouvellement des membres de la Chambre des députés. Trente-huit républicains , à Paris, sont élus au scrutin de liste. On ne se réjouit pas trop longtemps de ce succès ; on s'amuse du mariage civil, à la mairie du huitième arrondissement, de la princesse Marie d'Orléans avec le prince WaJdemar de Danemark, et l'on fait un événement < bien parisien > de la vente aux enchères du mobilier religieux de l'église du Panthéon, désaffectée !

A la lin d'octobre, tout Paris s'entretient du cas du berger Jupille, mordu par un chien enragé, et soigné et guéri par M. Pasteur. C'est la première fois que, grâce aux mé- Ihodes^nouvelles de M. Pasteur, un être humain guérit de la rage. Il y a vraiment de quoiVémerveiller et^l'on n'y manque pas.

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