‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 196 sur 441 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

l'eu d'oeuvres à l'actif de(l'intelligence en celte année. Parmi les rares témoignages d'art qu'elle nous lègue : \& Madeleine de M. llenner, la Lèda de M. Tony Ilobert-Kleury, V Adoration des Mages de M . Hou guereau ; parmi ses produclions littéraires. Henninal de M. Émile Zola.

Cruelle Énigme de M. Paul Bourget, les Confession»

d'Arsène lloussaye et leB Lettres de Jules de Concourt.

1885 fut une année féconde en duels : il y en eut jusqu'à vingt - sept.

Quelques - uns firent couler des flots d'encre, bien pluB que de sang.

Le I" janvier, à la suite d'une altercation au cirque Mollier. le général Loisillon et M. Alphonse de Aidama échangeaient deux halles sans résultat. Les conseillers municipaux sont plus adroits :

MM. Lyon-Allemand et Vaillant, deux frères ennemis en socialisme, mais qui se réconcilient, vont sur le terrain et le premier blesse son adversaire au bras. Ainsi finit aussi la rencontre entre M. Emile André et M. Tavernier, celle entre M. Georges Dacosta et le peintre Alary-ltuellc . celle entre MM. Hugonnet fl Honhoure, entre MM. Ca-

«'rxiiif. ««i» '"mi l>l» iiM iiiikc»» Hr. luiiitis DiHii.it»! >• lir&rte [*r llrpri PART.

<)luiée il u Lu ienibour|f.)

mille Dreyfus et Albert Goullé, puis entre MM. Dreyfus et Lebaudy. Gavroche, qui ne perd pas l'occasion de placer un mot. glisse en passant son quolibet narquois :

•-^ . • Tant de gt-ns qui se battent

pour se donner le bras! »

Et comme rien ne se passe à Paris sans une pointe de gaieté, le dernierduel de l'année est la plaisante affaire Spinosa, où l'offensé ne trouve personne au rendez- vous convenu.

Les grands mariages dé* fraient la chronique mondaine. Le 19 janvier, la princesse Trouli' tskoï épouse, dans a i hapelle russe de église Daru . le prince Bobrinsky ; le 11 février, le prince Colouna épouse Mlle Mackay; le 47 octobre, mariage du comte Charles de La Rochefoucauld avec la princesse Charlotte de la Trémoille ; le 19 no-

vembre, mariage de la princesse Catherine de Bourbon, petite-fille de Ferdinand II, avec le comte Stanislas Zamoîski ; le 17 décembre, mariage, à Saint- Augustin, du commandant de Percin avec Mlle Ephrussi ; le ^décembre, mariage, à l'Elysée, du neveu de Il .Jules Gré vyr M* Fou rneret, uvec MlleSarlin.

Gomme clôture de l'année, le 31 décembre, au Palais-Royal < la reprise du Train de plaisir. En roule pour l'avenir!

Jacijues i>k Noi'A n>>

LA«Olll l'OMITANT LA FOHCE l'iir l>) «I M in Hronic funJu p*r U iiniv.n Ihi.luut frrr<«

LA liA.NSK

l'ar Gustave Dôme.

< tlronir f. m du par 1 lii«bnull (r. r. * »

i.e POUt n'iÉNA D'après une estampe ancienne. — (Bibliothèque Nationale.)

LES ÉCHOS DE PARIS

de ses héros. Kl pourtant, quels chefs-d'œuvre que le Roi det Montaijnet, et Tolta, et Gfrmaine! Le polémiste, en revanche, et le causeur étaient incomparables. Je donnerais toutes les tragédies de Voltaire, que le vieillard de Femej aimait fort, pour sa Correspondance et sou Candide Dans l'iruvre d'About, les pamphlets alertes et les Lettres d'un hou jeune homme à m cousine Madeleine sont un peu comme la Correspondance de ce vollairien d'Athènes. C'est là qu'il court sur tout sujet comme à la baïonnette et qu'il enlève le morceau comme on emporterait une redoute au tarntata du clairon gaulois. Telles de ses pages, improvisées au hasard d'un événement ou d'une polémique, sont destinées à devenir classiques, et le stvlc bien français d'Edmond About fait, après la lecture des pseudo-orfèvres de la décadence, l'effet d'un peu de cette neige blanche qui couvre encore le toit où il repose et qui, prise dans le creux de la main, rafraîchirait la lévre brûlée par les liqueurs bizarres ou les alcools frelatés. Il a mieux que la couleur, ce merveilleux siy\e d'About, il a la lumière, cite force des choses, Edmond About a marqué sa place au premier rang. Il est de la famille de Lesagc cl de Mérimée. . Il a vécu toujours sur la brèche, toujours vibrant, vaillant, le rictus aux lèvres, l'esprit à la bouche et le cœur sur la main. Se moquant

Edmond About

Un espril français ! Je ne vois pas de plus bel éloge à faire d'un écrivain. About fui si Français, de cœur et d'ongles, que ce qui restera de supérieur dans son oeuvre, ce sont ses chroniques et ses causeries Le romancier était charmant, mais on retrouvait toujours la personnalité même, l'esprit, le charme d'About dans ses personnages, il ne s'oubliait pas assez en coulant les histoires

LA TUEUSE DC BAGNE. BolLEVASb UE CUCHÏ

Dessin d'après nature. — (Bibliothèque .Nationale.)

PARIS DE 1800 A IBOO.

LES B»CLEVAIU>S BOULEVARD l>ES ITALIENS. — ATTENDANT L'oMMUl s

Eau-forte do Martial Potiiémokt.

(Cultcclioa V. l'roulè.i

des forts, bravant les puissants, secourant les petits, ne riant jamais de la misère des autres, ayant rendu plus de services encore qu'il n'en

LE PATISSIER JILIEN. — PLACE I>E LA BOlflsE l> aprè< une ou-foiïe de .Màrtl.il I' otuIhot,

0,l|,rli«n Victor Proulr./

avait demandé, il se hâtait, après avoir ri de tout, d'embrasser ses enfants comme s'il prévoyait qu'ils seraient sitôt obligés de le pleurer. Ci-glt une des forces de l'esprit français depuis vingtcinq ans, et les éloges que ce polémiste aura recueillis sur sa tombe prouvent que Figaro n'a pas toujours raison et que la République des Lettres n'est paB celle des loups.

Il est vrai qu'il est nécessaire de mourir pour que l'apaisement se fasse, et, nu total, ce diable de Figaro n'a pas tout à fait tort.

Et maintenant, au moment où je vais envoyer ces feuillets à l'imprimerie, la rue qu'il habitait voit passer, dans l'horrible brouillard jaune de ce triste matin, des fleurs, des couronnes qu'on porte à son cercueil, et elle retentira, tout a l'heure, du bruit des chars comme en ces soirs de fêles où les voitures roulaient chez mon voisin, fêtant joyeusement le N'oél alsacien ou le nouvel an autour de la table de famille !

Ju.es Clarktik.

(Li Vie de Porto.)

LES DOILEVARI'S LES ÉLÉGANTES M n LE BOL'LEVAKIi DES ITALIENS

Eau-forte de Martial I'otiiémont.

(Collection V. IV ut . i

Affaire Ballerich.

-y- ES bureaux du Cri du Peuple sont situés à l'entresol de la maison portant le a" 106 J— * de la rue de Richelieu.

Une pièce carrée, servant d'antichambre, précède une salle où se lient le garçon de bureau et dont la porte s'ouvre en pressant un boulon filé dans un bcc-dc-cnnc.

De celte salle, on entre à gauche dans le bureau du secrétaire de la rédaction, lequel communique avec le cabinet du directeur et la grande salle de rédaction.

Vers onze heures du soir, deux hommes, dont l'un vêtu en officier de paix, entraient rapidement dans la cour de la maison où sont établis les bureaux du Cri du Peuple, cl demandaient brusquement à la concierge :

— Où est Vallès?

LK lU'C l> AUMALB

Portrait humoristique l'ar André Oru,

— Je ne connais pas les rédacteurs du Cri </« Peuple par leur nom. répondit la concierge; maison vous donner* le renseignement

que vous demandez au bureuu du journal qui est situé au 'premier étage.

Avant même que la concierge eut lini de parler, les deux hommes, qui n'étaient autres que les frères Ballerich, s'étaient précipités dans l'escalier dont ils gravirent les marches à la hâte.

[ Us se ruèrent dons l'an-

ti chambre sépai les i»u-

reaux par une simple rloison, et ne parvenant pas à ouvrir la porte . dont la serrure est à secret, ils l'enfoncèrent à grands coups de pied et firent sauter le panneau qui vola en éclats.

En proie à une grande surexcitation, ils se précipitèrent dans une petite pièce où se tient le garçon de bureau, en criant : • Mort à Vallès! •

L'officier de paix, en grand uniforme , l'épie d'une main et le revolver de Pautrc, se rua dans la salle de réception ; "Il étaït suivi par ion frérequi brandissait un poignard et un revolver. Tous deux, en une seconde, étaient dans la pièce qui sépare le secrétariat de la salle de rédaction.

— Où son

Mort à Paris h

U'tpro I» pliotogTunliie de Hiver.

jrLES «.HKVIK.

Portrait humoristique

Pif André OtU.

ces canailles? crièrent-ils. Il nous les faut!

Le garçon de bureau, nommé Oldfield, essava de les arrêter; dans la lutte, il reçut un coup sur l'u-il gauche.

Oldfield mis hors de combat, les deux frères se dirigèrent vers une petite porte vitrée sur laquelle on lit: « Secrétariat. • Là , se trouvait M. Massard, secrétaire de la rédaction, qui, au bruit, était sorti de son cabinet; et, à la vue de

ces deux hommes dont l'un tenait une épée nue, il se réfugia dans le cabinet du directeur.

A ce moment! M. Duc.

un îles rédacteurs du journal, connu sous le nom deQucrcv. sortit de la salle de rédaction et se trou va en présence îles deux frères il). Us bondirent sur lui en brandissant leurs armes.

Plusieurs détonations retentirent alors coup sur coup. Le commis-

lir.NHI ROCHEFOIIT

Portrait humoristique l'ar André Ou i.

soire de police déchargeait son revolver sur.M. Uucrcy, tandis que son frère marchait sur lui l'épée haute.

M. Quercv réussit en se baissant à esquiver les balles, qui allèrent se perdre dans la muraille, et, longeant la cloison, il parvint jusqu'au bureau de direction en traversant toute la salle d'attente sous le feu des envahisseurs Il avait pu sortir de sa poche le revolver qu'il avait l'habitude de porter, comme toutes les personnes à qui leurs occupations ne permettent de regagner leur domicile qu'au milieu de la nuit. Celle circonstance fortuite lui a certainement sauvé la vie, car il put ainsi riposter aux décharges réitérées des deux frères Ballerich. U lit plusieurs fois feu sur eux.

L'ofGcier de paix, qui agitait son épée en hurlant, rejoignit M Uuen\y et lui eu porta sous

({) Les frères Ballerich étaient l'un commissaire de police à Sainl-nuen.

l'autre ofOcier de paix du IX* arrondissement de Paris Leur mère avait été assassinée rue deCreuclle. Us s'étaient juré de la venger et avaient résolu du s'en prendre d'ahord aux journalistes et entre autres à Jules Vallès, qui rédigeait le C-i kiiile z«la </« peuple, peu favorable Portrait humoristique à la police. Vu André Qiu.

VNMIK (.11.1.

2 mai. — Dessin de Vci

I* A ft 1 b Jj£ iBuU A 4B00.

l'aisselle ui> ■ oup qui lui Ul un» blessure as.se, grave. taudis que le «ouiiuivsaire de police lu uuùuleuait par les épaules

M Ouen » avait vu venir !•• «oup. Eu voulant l'éviter, il glisha mu l«- parquai di e et tomba, euiraiiiaul dans* sa • Lut' !•■ «.uiuunssaire de police; le* deux kulUtUCC roiib'iMii ti ItW

» Il I tl I •> 1 im 1. 1. M MIII..IK Al Km Y l'HV itll HOHMI lld Ihh... — (non I l'nv

Tableau do M. Alevi» Ainmi:, — (hrola

A ir muiiiiiil. M Ouerrv put <•>' croire perdu, • ni' («lutin que I nlIlrliT «le p/ilV leillMIl «le le Irnpper île nouveau iUrc Mil) epee, l'autre lui lintlllll le l'Mliitli «lu m. ii «unie sur le Iront, pour lui faire sauliT 1(1 cervelle

M iJiiiïv» | •■•< «•• .nier le revolver dont U bail)) «ill.i se perdre ilalm Id boiserie l'iil». »e relevant.

il s.ilsll elli'l ^iqnellieul |'e| luirai lui «les III ait IN

«le lolll.UT de p«ll\ ri lté servit «le telle urine pour »e ilelemlie a «ou loUT «'outre M'A deux

agresseur-, tout eu rompant jusqu'à la porte par laquelle il t> ediappa.

Les compositeurs arrivèrent bientôt au secours des rédacteurs.

Le melU'ur eu pages. M Huhl, Baiuit ICder de pais qui dirigeai l ton arme vers les nouveaux vcuus. le désarma et le parai j ta.

CVsî au djomeut où l'officier pressait sur la détente que M. LubJ lui tordit le j»o>i'uct et lui arradia sou revolver Le compositeur Gootooel et les aulres 1vj>«-criipbes niiiitri«.erent Je «-oui linéaire de

police

M. Ha] lerich jeune, loffieierde paii. avait reçu trois Lalles dans le corps : nue audessus du sein gauche, uue à la cuisse et l'autre dans le dos

Son frère, dout l'exaltation était

eSrajrante, criait, eu le r o v a u t étendu :

— Mou frère!

DK>U pauvre frère '.

Je le vengerai! Je ic rei rouvert i, Vallès!

A «e moment .

un brigadier, suivi do plusieurs agents, accourait «■u criant : • Où est noire officier?

Il nous a quilles en disant qo il voulait tuer Jules Vallès. .Nous n'avons pu le retenir, ni le rejoindre à temps »

Ou mil rapidement les RpcnU au courant du

i II u A DU RTE

«le peinture, des Beaux-Alis.)

crime qui venait de s'accomplir, cl ou les somma «le ne Un' eu « tnt d 'arrestal ion les deux assassins

Malgré la répugnance a porter la main sur ses Ml périmes hiérarchiques, le brigadier ne put. en pi esein e du flagrant délit, refuser d'obéir À relie injonction cl il emmena les deux coupables.

I.'oliieier «le paix s'evauouit dans l'escalier. Il fallut le porter jusqu'en Las.

On uvnit envovè chercher un nacre par deux agonis.

M. Norbert Uullerieli, dont l'uniforme était peine. On fil monter son frère à coté de lui cl on déchiré et souillé de sang, y fut placé non sans arriva nu poste de la rue Drouot.

PARIS DK 1800 A 1900.

Sigurd, 2* ACTE, 1*' taiii.ku D'après ta niaquotle de Lavas m»:. — (Bibliotlièquo de l'Opéra.)

l'nc heure et quart après l'événement, le oom- <lem< nl; une large tache rouge se voyait sur le missaire de police, M. Itolly de Balnègrc. se pré- plastron de sa chemise , un peu au-dessus du senta et pinça un agent a la porte pour empêcher -eiu gauche. De temps en temps, il cherchait à

se redresser en disant : • Ah!

les canailles!... les canailles 1...»

A M. Caubet, chef de la police municipale, lequel était arrivé tout de suite, il disait :

f Ayez soin de mon frère! i

Pendant ce temps, M. Charles Ballerich était toujoursen proie à la folie; maintenu à grandpeine par deux gardiens, il poussait des hurlements, des cris inarticulés; puis, aux questions qu'on lui adressait, il répétait : « Laissez-moi; je veux les massacrer!... »

Tous les efforts des personnes présentes ne faisaient qu'accroître son exaspération et augmenter l'agitation qui commençait a s'emparer de son frère.

Aussi M. C.aubet s'empressat-il de faire conduire le blessé a l'hôpital Saint-Louis.

A minuit, six gardiens de la paix enlevaient la civière où gisait leur ofticier et s'acheminaient vers la rue Bichat.

tout le monde de sortir.

On lui remet alors les pièces à conviction : l'épée tordue, le revolver et un poignard enlevés à l'officier et au commissaire de Saint-Ouen.

.M. Quercy, dont le calme ne s'est pas démenti, raconte la scène que nous venons de décrire. Il affirme que MM. Ballerich ont tous deux déchargé leurs revolvers contre lui.

Le commissaire de police le prie de changer de vêtements et de chemise, ces vêtements devant servir de pièces a conviction.

Chose étrange, il ajoute qu'il est obligé de l'emmener au poste de police.

Aussitôt arrivé auf poste de la rue Drouot, M. Ballerich, l'oflicier de paix, avait été placé sur un lit; un médecin immédiatement mandé a du constater la gravité des blessures.

M. Ballerich se plaignait sour-

Sijunf. — Rôle de SiGtao D'après la maquette du costume.

. Ulbliolhcquc Je p ra .1

Les Funérailles de Victor Hugo.

DE L'ARC DK TniOMl'IlF. DE ^ ÉTOILE AU PANTHÉON

Voir le défilé était un spectacle saisissant et superbe ; mais voir la foule, étudier, [quartier par quartier, comme rue par rue, ce Pari» debout, frémissant, ému,

c'était assurément quelque chose d'aussi poignant, d'aussi impressionnant et d'aussi beau.

Du haut de l'avenue des Champs- Elysées, l'immense déroulement du cortège, entre deux muraillehumaines: au loin, vers la place du Carrousel, le fourmillement îles êtres, l'éclat ruisselant des casque-, les étincelles vaguement aperçues des épées, des cuirasses et de* casques frappait par une grandeur absolue, un calme profond. Puis, c'était stupéfiant ces entassements d'hommes, de femmes, le long de l'avenue, ces silhouettes sur les toits, ces hommes grimpés dans les marronniers comme des insectes énormes. Iles hranchettes, des feuilles vertes tombaient qui devenaient aussitôt des parures.

Rue de Balzac, la perspective montueuse de la rue permettait de plonger dans une sorte de mer humaine refoulée là comme des vaguesdans une anse de rochers.

L'armée, superbe, avec ses drapeaux saluant, ses soldats au port d'arme, complétait sur la place de la Com-orde. avec les statues voilées de crêpe et les faisceaux de drapeaux, un tableau inoubliable. Mais c'est la vue des berges de la Seine, du haut du pont île la Concorde, qui était inouïe, incroyable. Des barques, les rames levées pour le salut, des chalands, des bateaux noirs de monde, une sorte dégrève immense dont chaque caillou était une face humaine. I n double ourlet de spectateurs dont le premier rang, sans bouger, avait de l'eau jusqu'aux chevilles — quelques-uns relevant leur pantalon jusqu'au geiioj Au-dessus de ces hommes et de ces femmes, nombreux comme des grains de sable, une sorte de corbeille : des gens hissés dans la benne de la grue qui sert à embarquer les tas de sable et restant la, suspendus entre ciel et terre, dans l'espace. Puis, tout à coup, sur ce tas d'êtres pressés, encaqués. mais respectueux et sileneieui, audessus de ces masses qui bordaient la Seine ou qu'on apercevait, à travers les marronniers, le long des terrasses des Tuileries, partout, sur les ponts, là-bas. sur les marches du Corps législatif

Sit/urd. — Le roi lic.NTHr.n D'après la niqucllc du costume.

4 liibliMlJtt ipio de 10|»-r».)

Sitjurd. — lift l M Mil Ut

D'après la maquette du costume.

(WMlmMjW .1-- 1 ' r - , .

en deuil, un vol blanc de pigeons mis en liberté et allant à travers l'azur porter au loin la nouvelle de cette marche triomphale.

Ils me rappelaient, ces pigeons, les passereaux que, lorsqu'il donnait des fêles de Noël, rue de Clichy, Victor Ilugo rendait à l'air libre devant un tribunal d'enfants votant à regret pour la délivrance de ces captifs, qu'ils eussent voulu garder dans leurs pcliles mains.

A l'entrée du boulevard Sninl- Germain, c'esl un aulre aspect. Les marronniers , plus épais et plus rapprochés , laissent , dans leur pénombre verte , apparaître les pales lumières des réverbères allumés sous les voiles noirs. La foule se resserre ; elle devient plus populaire. Elle applaudit, elle acclame.

Le cortège apparaît, plus serré, dans un ruissellement superbe. La haute lyre violette des comédiens se dresse par-dessus les tètes et, là-bas, se balance devant nous la palme d'or de la couronne des auteurs dramatiques. Les églises Sainl-Thomas-d'Aquin, Sainl-Cermain-des-Près, sont comme ourlées de curieux. On tremble à voir de tout petits enfants posés dans un chéneau, sous les toits, comme dans un nid. Des spectateurs ont grimpé sur les jambes , sur les épaules de la statue de Diderot, comme, tout a l'heure, sur le piédestal des statues de la place de la Concorde : le bon Diderot sourit et laisse faire. Mais partout les fronts se découvrent, le cri de :

Chapeau bas / domine tous les autres.

Le peuple applaudit, dans le cortège de Victor Hugo, tout ce qui lui rappelle le poète, l'écrivain.

On a applaudi l'Académie, les théâtres. On a dit : « Vive la Société des Gens de Lettres! > L'hommage passait par-dessus nos tètes et allait au Mort.

Nous entrevoyons des affiches de l'Odéon, cernées de noir. Une sorle de philosophe a trouvé un étrange moyen de voir noncbalummenl défiler le cortège : il a accroché & deux marronniers un hamac frangé et, étendu là, il regarde...

Sarah, laite d'indoleace

Se t «Lan ce,..

C'est une Orientale en action.

Mais le long boulevard est franchi, avec sa houle humaine. Les bouffées de musique nous arrivent, pur-dessus le grand murmure de cette mer humaine. L'air des Girondin» alterne avec l'hymne de Méhul. Les plumets blancs et rouges

l'A R I S DE 1800 A 1900

Le Cid. À' ACTE, i* TABLEAU D'après la maquette «lu décor. — (liibliotliéquc de l'Opéra.)

sur le passage du corbillard. L'n vieil ouvrier fait le signe de la croix. Une femme n'agenouille. Nous entrons, par un mouvement tournant, dans le boulevard Saint-Michel. La voie, plus large, donne au défilé un aspect plus grandiose encore cl lous les fronts se découvrent <|uund, devant le Luxembourg, nous apercevons la statue de Victor Hugo improvisée : — flugo assis et pensif, le Hugo des Conlemplolioiit,

Puis, lù-bns. au bout de la rue Soufflet, par une ascension triomphale, c'est le Panthéon drapède noir avec ses deux trépieds géants envoyant au venl leurs flammes vertes. Il y a là tout un peuple Au premier rang, des enfants dont les petites mains applaudissent le poète des petits. La percé»' de la rue Saint-Jacques avec ses hautes maisons, ses vieux balcons de 1er forgé, est un coin extraordinaire Kl nous nous ristournons pour voir déboucher, sur cette large rue, le noir corbillard, simple et saisissant : tous les fronts se découvrent, l ue clameur le suit, le précède, l'enveloppe comme d'une acclamation.

Kl, du haut des marches du Panthéon semées, jonchées de couronnes, c'est une émotion sans pareille que celle qui nous saisit lorsque nous apercevons, dans le flamboiement de ee soleil de juin, les drapeaux, les couronnes, les bannières, ee corlège triomphal ! 'foute notre jeunesse tient l omme enfermée dans celte place. Voici l'École de droit et, en face, la mairie où nous allions au-

des musiciens de la Carde de Paris oscillent, làbas, comme des champs de marguerites et de coquelicots Chose curieuse, des fronts se signent

/.<• v.id. — fin\ Dttora

D'api it la maquette du costume.

iUit.lioUii<|ur de FQf4n.|

trefoîs — oui, debout, là — lire, affichés sur la muraille, les feuilletons dramatiques de Gautier et les romans de hum;»*, le Chnutur </c Siiuvmjiue. où vous aviez votre pari, je crois, mon bon liberville. A l'horizon, avec leurs floraisons printaniéres, leurs verdures fraîches, les arbres duLuxembourg et sous le cataf al que orné d'un drapeau tricolore voilé de deuil — lui — le grand mort dormant, au milieu de cette tempête d'enthousiasme, de son dernier sommeil.

Jl LES

Claretie.

(La Vit à Paris.)

Le t. ut — iti - 1 . h i ■ . : ;.

D'après la maquette du costume.

( Itil>Hotbi>|U« d< l'Ojri • '

L'Affaire Marchandon.

(18 avril.)

y enquête ouverte sur l'assassinat de la rue de Sczo continue.

Dans la pensée des magistrats instruc-

teurs, le vol a dû accompagner le crime. La vic- ! i me. Mme Cornet, n'avait au doigt qu'une bague antinévral^ique et non son alliance, ainsi qu'on l a dit a lort. Quoi qu'il en soit, ou ne peu! encore se

rendre compte de ce qui a été volé.

En tout cas, l'assassin, s'il a dérobé des valeurs, n'a pu s'emparer des bijoux de Mme (lornet, pour la plupart ornés de brillants d'un grand prix, l'ne amie de la victime était venue en eiïel hier dans la matinée, et a indiqué au juge d'instruction un placard secret où la vieille dame avait coutume de placer ses bijoux.

Dans la salle à manger se

trouve un buffet h place garni d'un service en argent massif ciselé de l'ondiehéry, ainsi qu'un grand nombre de boites renfermant des couverts en urgent ; aucun de ces objets n'a été volé.

La fuile de lient? Martin, le valet de chambre nouvellement engagé par Mme Cornet, rend cet

Le Ciil. — Ouatai D'après la maquette du costume.

Bibliothèque «!>' l'Opéra.)

Edouard de Reszkk Dans le rôle de M ahcel, des Itntjuenoit. Né à Varsovie en 1850. M. Edouard de Reszke débuta en Italie en 18"G et à l'Opéra de Caris en t885.

Mademoiselle Calvé Née à Madrid en 1864, débuta à Bruxelles eu 1382, et au TlicAlro-llalien de l'aris en 1884.

l'ARlfc Ut l&OV A Ittuu

l'illntl'jt gii^ullll ti*4 Kl .ilni-|ii I » ili: l'aria I II IttS i \|i.Ul> |>U1 I' A II t. Il Ml.

noir, d nu puiiUlon uric. d'un chapeau de feutre irt <i»- bottint*.

A quatre Usures, il sorlit pour acheter un habit : sou nlwBUCe fut de Confie duré*', car il aida lu cuisinière m mettre le couvert vt u sept heures iJ servit Mme '..omet

' èUul l'habitude cher Mtue Ltirmt quf ton» Ici domestiques inoiiUsseut <*•• coucLer a neu! lieuics. heure où elle reu Irait dan* sa chambre: lu bonn<- moulu avant-hier soir lit première et le >•■!•' <ii- chambre . . |U< .- ii..!. i— ipre»

< '<•*! h w moment que l'on suppose que Henry Mttiiiii a «i u se ' «/ lier dan* le cabinet de toilette «le Miij»' <onjel

L'otiMwiOj «prés avoir accompli son crime, a enfermé i double tourna victime dan* la chambre el en • emporté la clef ea prenant la fuite.

I ■ bouteille de vin ù demi vidée el les deui verres, de même «pie lu croisée ouverte sur la rue <lf liiul eela n'avait été fait que pour dépister Ih justice

llenrj Martini dont le véritable nom est Marrlianiluli, été arrêté A huit heures, u Compiégne. ottei un maîtresse, l lotte dernière a été également luise eu état d'arrestation.

individu évidemment siuqHicl, et les ugciiU de lu burclù lu recher-

cucut nctivauieul

M Km Un U interrogé lu logeu c du i laquelle il demeurait el il u constate que llunrj Martin rttatt luit Uwvrtfe tutu lu uuiii d'AUxaudre Michel; il préleudaitauprés de l.t logeuse avoir

UCeupè de loit belle» |duce> et

avoir î*lè notaïuutvut valet d«j

illumine du cuuile de Ueuuloilll.iulpoul ; l'i'la e : tout u lait iiuvaet

t cille l'ide ce utoiaqiui ll< ni v Martin. 1 assa-vMiu prèauuie de Mme « omet, est ullci m.v nie au Lui eau de plu>ciuciil de lu rue lielalioidc . il produisit un ccililleal l'iiifotiftlaul qu'il avait servi comme Vttli t de i liambre ciiei le eajdtitiue lire: le ville, a l.voii.dc plu», il dit avoir luit une année de >c rvi< i- daua I iiiluuL lie.

lient s Mat lin cal entre eu |d«i e chez Mme O'i'Uel le tù, à deux heure* de I api es midi. Il devait rveevuK quatre wa.i> fraiica |w»r

ino.-> ÇtâUMM.' |iar lululilc. c Cl le ncuJ dcoic.tlopie -|ui convint a Mine i.i>iii. :. »ui nue Ircoleitw

qUOJi lui avait pu-, lilis, «puice yc, dirait •• lie. 14 >tiiït ftiuf/it. i ■i r NU rtif hvHHitf <i i?itV..4-

V »Oll eiilice en |4.u.c. lienrv M>n:iU ' la.l lul-l.a.' l >U Vtf»lwU

li (uni KM IMS .''.'(, . • • 14 J J'ii miii • mu..' i

Janvier.

3. — Arrestation de Carrct, complice de Oamahul, dans l il ronimii Ir 27 novembre 188*, i Gre-

nelle, sur la personne de Mme veuve Ballerlch, mère d'un commissaire de police cl d on officier de pais.

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