‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècleChapitre 230 sur 441 · GÉNÉRAL BOULANGE · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL BOULANGE

D'après ud<< photographie.

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hommes de bon sens et de bonne foi qui se préoccupaient avant tout de l'avenir de la France, mais elle a été féconde en événements

qui tenaient à la fois du vaudeville et du drame. Ln assistant à ce spectacle, il ne serait pas venu à l'esprit du philosophe le plus pessimiste et le plus maussade de s'écrier : « La France s'ennuie ! »

La capitule surtout ne s'ennuyait pas; elle vivait dans les couloirs du Palais de Justice. Les changements à vue de l'affaire Wilson ménageaient chaque jour quelque nouvelle surprise à la curiosité du public. Les décors, la mise en scène et les rôles assignés aux divers personnages de la pièce se trnnsformaientavec une rapidité qui eut fait honneur à l'imagination «l'un Maquel ou d'un Alexandre Dumas, l ue magistrature passionnée pour les inventions nouvelles, qui abusait du téléphone pour surprendre les secrets d'un prévenu ; un juge d'instruction qui interrompait l'interrogatoire d'un inculpé pour aller dîner amicalement avec lui dans un restaurant en renom et lui signifier, en se levant de table, un mandat d'arrêt qui était mis immédiatement & exécution; un duel homérique entre la Cour de cassation et la Chancellerie; les accusateurs métamorphosés en accusés ; un magistrat n'ayant qu'une galerie à traverser pour comparaître devant une juridiction disciplinaire en sortant de son cabinet, où il

PAIUS DE 1800 A 1900.

continuait à signer des ordres d'emprisonnement, tel était le spectacle émouvant et varié que les oscillations de ta justice française offraient à l'Europe pendant les premiers mois de l'année 1888

La curiosité publique se lasse de tout, même des procès à surprises ; autant la population parisienne avait attendu avec une anxiété fiévreuse et passionnée le dénouement des déliais de première instance qui s'étaient terminé- par une condamnation sévère prononcée contre le gendre de M. Grévy, autant elle accueillit, quelques semaines plus tard, avec une indifférence parfaite, l'arrêt d'acquittement qui fut rendu par la Cour d'appel. L'agitation artificielle qui avait été organisée et grossir un «'était peuàpeo à partir du joi elle avait ce d'être utile i des calcul- el à île- intérêts de parti.

D'ailleurs, la rentrée en scène du pénéral Boulanger aurait suffi pourabsurber l'attention publique l)épouilléde.-on gradeel de son uniforme, leh< ros clianté par Paulus était devenu pour le gouvernement un adversaire d'autant plus redoutable qu'il n'était plus retenu par les lien- d»' la discipline militaire. Il était l'homme le plus populaire de France Dans les départements, il remportait une série d'éclatante- victoires électorales et il était acclamé dans les rues de Paris La propagande par la chanson en plein air était devenue un peu moins active que pendant l'année précédente, mais les camelot- des deux sexe- vendaient avec autant d'entrain que par le passé, sur la voie publique, les journaux qui célébraient les louange.') du brave général. Les jeunes cumeloUs, à la voix claire et stridente, qui di-tribuaient sur le boule-

E r O E N K LABICHE

MÉDAILLE EXÉCt'TÉE PAR RI.XfiEL t**tLLgACH (Coll.clioo de rjrf.J

vard les portraits du héros chanté par Pautus, obtinrent un brillant succès de curiosité : elles furent les Amazones du boulangisme. Le candidat universel, qui n'avait qu'à se présenter pour être élu avec un égal enthousiasme dans les départements du nord, 'du midi et du centre, n'était pas moins populaire dans les salons ipic dans les rues de la capitale : sa photographie, accompagnée «l'une signature autographe, faisait prime dans les ventes de charité du faubourg Saint-liermain.

Toujours lui ! lui toujours! La population parisienne ne vivait que par lui et que pour lui. Paraissait-il au Bois do Boulogne, monté sur un superbe cheval alezan qui emphçait le légendaire cheval noir obligé de prendre quelques jours de repos

àraisondeson grand \\ âge, celte nouvelle se répandait avec la rapiditédel'éclair.

de l'une à l'autre extrémité de la capitale, et une légion de reporter* se mettait en campagne pour connaître le nom du successeur, ou plu lût du suppléant de Tunis. Jamais, peut-être, un homme n'excita un fétichisme plu- aveugle et plus iiiflicile a justifier. Ses adversaires avaient beau le traiter de • Saint-Arnaud de caféroncert >oi de « César à lunette- bleue» ». ces injures n'entamaient pas la popularité de celui qu'un de ses admirateurs avait, dans un incomparable élan d'enthousiasme, appelé « le Kilt de Jeanne d'Are ».

L'agitation ne peut se prolonger pendant quelques moi- dans les rues de Pari- sans faire monter les éléments anarchistes el révolutionnaires à la surface. Aux manifestations en l'honneur du « brave général » et aux monomn a-sez iuofTcnsifs des étudiants ne tardèrent pas à succéder des désordres plus graves. Les

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