LE GÉNÉRAL BOULANGER
Revenant du Palaift-liourtxin, le I» avril.
Deuin d"iipf*» ulnra d« M. l'aul D>-ik. (Uibliothtque NjiKin.il. ■.)
funérailles île l'un îles rlieTs de ta Commune, que ses anciens compagnons d'aitnes appelaient encore « le général Eudes », «orvirent do prétexte à un commencement d'émeute. La lutte qui n'engagea, sutla place Voltaire, entre une bande de perturbateurs et les agents de police, n'eut pas de conséquences sérieuses, mais elle produisit sur In partie la plus paisible de la population parisienne une impression d'autant plus inquiétante qu'un certain nombre de corporations ouvrières venaient de se mettre en grève. Le grand tournoi international annoncé pour le mois de mai de l'année suivante n'était pas encore près de s'ouvrir, mais il portait déjà ses fruits. Une grève de terrnssiers est la préface nécessaire dune Kxposition universelle, de même qu'une grève de cochers en est l'inévitable ornement, lincourasés par l'augmentation des tarifs de main-d'œuvre volée par le Conseil municipal de Paris dans le* séries de prix de la Ville, au moment où les travaux étaient en
pleine activité, les terrassiers abandonnèrent du jour au lendemain les chantiers du Cbamp-de-Mars, et le succès de la grande entreprise, où non seulement une question d'nmourpropre national, mais encore d'énormes intérêts matériels étaient engagés, parut un instant compromis. Les coi (leurs et les garçons limonadiers se mirent à leur tour en grève, sous prétexte qu'ils étaient exploités par les agences de placement, et organisèrent sur les boulevards et dans le quartier des Halles de bruyantes manifestations.
Le conflit qui s'éleva entre le parquet et la préfecture de police, sur l'interprétation des circulaires ministériel les, qui essayaient de tracer une limite fatalement nébuleuse et arbitraire entre les moyens de propagande autorisés par l'esprit de la loi et les atteintes délictueuses à la liberté du travail, eut naturellement pour effet d'aggraver le désordre. Sur cinquante-trois arrestations, le ministère public n'ayant ordonnéque trois poursuites, la préfecture de po-
U ul.-i \ r I. s HE K, l'A. I l>K*OUlÉliE
A la sortie du dîner offert par le général Boulanger à ses omis, au Café Riche.
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lice s'abstint de sévir contre de* perturbateurs qui étaient remis en liberté le lendemain et, pendant quelques jours, les violences commises contre les personnes furent seules réprimées. Suivant leur profession, les gréviste^ furent laissés libres de renverser des tombereaux ou de saccader des cafés de fond en comble ; ces moyens de propagande par le fait étaient assimilés à de simples conseils que de» Ouvriers avaient le droit de donner à IcurB camarades pour lesdissuader de reprendre le travail.
Si les désordres, encouragés par les dissentiments survenus entre les autorités chargée! de les réprimer, ne firent pas de plus rapides progrès, c'est que pendant les derniers mois de Tannée 1888 la population parisienne était absorbée par des préoccupations trop graves pour prendre au tragique les pellesel les pioche brisées par les terrassi<-i - ;i grève, et le* tables de ca fés renversées par I» garçons limonadiers en état d'insurrection ouverte contre les bureaux de [•lacement. Le boulangisme était-il à la veille de triompher? Pouvait-on prévoir les conséquences de la grande bataille électorale qui allait s'engager à Paria au lendemain du jour ou M. Ilude, dont la santé ir révocablemcnt atteint'' depuis plusieurs mois ne se rétablissait pas sous le ciel de l'Algérie, laisserait un siège de député vacant dans le département de la Seine ? Les fi*ufs que les boulangistes lançaient à la tétc de leurs adversaires dans les réunions publiques de la rue Blomet firent éclater une note gaie sur des événements qui prenaient une tournure tragique. Ces projectiles contaient un peu cher, mais ils étaient moins dangereux que des cailloux el plus distingués que des pommes cuites. Ils avaient surtout l'avantage d'olfrir un nouveau débouché aux produits de I "agriculture. Pendant quelques jours il ne fut question, dans les cercles facétieux de In capitale, que du commerce des œufs pour réunions publiques.
Ln dehors de ce> intermèdes, qui venaient
de loin interrompre la fastidieuse monotonie des discours prononcés dans h-s meetings, les divertissements ne manquaient pas à la population parisienne pour se distraire du bruit provoqué par le livre de M. Numa Gilly et des ruines causées par l'effondrement de la Compagnie de Panama. Avant d être officiellement ouverte, l'Exposition annoncée pour |H«i» faisait déjà sentir ses effets bienfaisants. Les habitants de la capitale oubliaient les tristesses d'une année féconde en scandai- - . t en désastres en allant voir au jardin des Tuileries si la belle Fathma était digne de sa renommée, et en allant assister aux exercices de gymnastique exécutés par le prisonnier qui s'évadait chaque jour, à heure fixe, de la Bastille reconstituée sur l'avenue de Suffren. Si les périodes de terreur et de révolution sanglante ont en général pour ellet paralvser la fécondité littéraire d'un pays. une agitation politique assez intense k mais contenue dans des ^ limite^ suffisamment étroites pour necomprumetlre aucun grand intérêt économique ou social provoque presque toujours une recrudescence d'activité intellectuelle chez un peuple. Le boulangisme f w t 1 a Fronde mise à la portée de la troisième Hépublique. L'année 1888, qui marqua l'apogée de la popularité du nouveau Roi des Halles rendu à la vie sous les traits du • brave vil éclore une abondante lloraison de chefs-d'œuvre. Peut-être Yllistoire du Peuple d'Israël, de llenan, et les Institutions politii/ues île l'ancienne France de Kustel de Coulantes eurent-elles quelque peu à souffrir des grandes batailles électorales, mais si les ouvrages de haute érudition n'obtenaient pas tout le succès dont ils auraient été dignes, en revanche le public se passionnait pour les livres de combat. Le Journal des Concourt el l'Immortel de Daudet déchaînèrent des tempêtes, et Toute/a Lyre, de Victor Hugo, publiée par le* exécuteurs testamentaires du grand poète, fit nioin* <Je bruit que ta Terre, de Zola.
Ci. L.UUDIK-L.M'.IIAVK.
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Cravée |<ar Maximilicn BuCRuenis.
i Mme* du LtiKinbourg. i
général